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Belgique

Koen Geens n'est pas "le Mario Monti de la rue de Loi"

Koen Geens n'est pas "le Mario Monti de la rue de Loi"
12 mars 2013 à 08:143 min
Par Thomas Nagant

Même s’il va lui aussi entrer en conclave –budgétaire celui-ci- pour tenter de combler les trous du budget 2013, Koen Geens ne regrette pas d’avoir accepté le poste de ministre des Finances. "Je savais que les choses étaient difficiles, que la situation budgétaire n’était pas idéale, mais par rapport aux pays qui nous entourent, elle n’est quand même pas si mauvaise… ", estime-t-il.  "Je crois donc que je savais ce que je faisais, mais est-ce qu’on le sait jamais " ?

Trouver 2,8 milliards d'euros ne sera pas simple et engendrera forcément des mesures impopulaires. Le nouveau ministre s’est demandé lui aussi pourquoi les recettes ont à ce point "dérapé" et il conclut que c’est "assez normal " : "1,7 milliard dépend du fait que la conjoncture est moins bonne qu’on l’attendait ". Il admet par ailleurs des "prévisions quelque peu optimistes" pour certaines recettes : déduction des intérêts notionnels et déduction pour panneaux photovoltaïques, par exemple. Pour autant, combler le trou ne devrait pas se faire uniquement au moyen d’impôts nouveaux. Il faut dit Koen Geens, "un mix heureux entre recettes et dépenses". Koen Geens se dit d’ailleurs plutôt favorable à un régime de taxation mettant davantage l’accent sur les revenus du capital, "sinon maintenant, en tout cas en 2014", rejoignant ainsi des positions souvent exprimées par ses partenaires socialistes.

Une bonne nouvelle toutefois aux yeux du ministre : les résultats escomptés des opérations d’amnistie fiscale ne sont pas affectés par les nouvelles prévisions.

La nébuleuse Arco-Belfius-ACW

Depuis le début, l’opération qui avait consisté à donner la garantie de l’Etat aux coopérants de Arco (une holding regroupant des membres d’organisations proches du mouvement ouvrier chrétien) affectés par la débâcle de Dexia, était critiquée par certains. Ce traitement de faveur interpelle, au fur et à mesure que la presse du nord du pays révèle le dessous des cartes dans le dossier de l’ACW et de ses multiples ramifications. Koen Geens estime pour sa part que les coopérants dans une banque coopérative ont un statut plus proche de celui d’un épargnant. Et d’expliquer notamment que le traitement fiscal des dividendes de coopérateur s’apparente à celui des détenteurs d’un carnet de dépôt. Pour lui donc, la loi de 2009 garantissant les coopérateurs était justifiée ; et si l’ex-ministre Open VLD Karel De Gucht évoque aujourd’hui le "chantage" du CD&V pour faire adopter ces dispositions, Koen Geens croit pour sa part qu’il "regrette ce terme". En tout état de cause, souligne-t-il, "tous les actionnaires institutionnels de Dexia : Holding communal, Arco, Ethias, ont énormément souffert au moment du sauvetage de l’entreprise en 2008, en devant apporter des sommes très importantes pour sauver la banque ; par après il était raisonnable de prévoir quelque-chose pour les coopérateurs. Et donc le mot ‘chantage’ me paraît mal choisi".

Mais si le Conseil d’Etat venait à casser, comme on le pressent, cette garantie en faveur des 800 000 coopérants d’Arco, Koen Geens ne veut pas s’avancer sur une éventuelle solution de remplacement. Toutefois, dit-t-il, "il est évident qu’on y réfléchit ".

Pas de guerre avec Didier Reynders

La virulence des échanges entre l’ex-ministre des Finances Didier Reynders et le président du CD&V Wouter Beke a surpris. Pour sa part, Koen Geens dit respecter Didier Reynders. "C’est un homme intelligent, doué, qui évidemment connait beaucoup mieux les dossiers des finances que le nouveau ministre", reconnaît celui-ci. "Je crois qu’il a été irrité par les mauvaises prévisions qui avaient été faites en matière de recettes fiscales. Il doit m’en excuser parce que je n’y suis pour rien". Et il le promet : "Nous allons travailler très bien ensemble".

Koen Geens avait été qualifié par le quotidien flamand De Morgen de "Mario Monti de la rue de la Loi". "C’est un grand économiste et je ne suis qu’un petit juriste", s’est contenté de répondre le nouveau grand argentier de la Belgique, affectant ne certaine modestie. Mais, conclut-il, "je suis probablement moins technocrate que lui et plus impliqué dans le fonctionnement de mon parti… ". Simple dépanneur pour le CD&V ou réelle vocation politique naissante ? Koen Geens s’emploie à ne pas abattre ses cartes : "Je ne suis pas très habile, donc dépanner ce n’est pas vraiment mon métier ". Pour le reste, on verra plus tard.

T.N.

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