Football

Knysna, le fiasco de l’Equipe de France, a 12 ans… et c’est toujours aussi surréaliste

20 juin 2022 à 13:41Temps de lecture3 min
Par Antoine Hick

20 juin 2010. Il y a pile douze ans. Vice-championne du monde en titre et parmi les favorites du Mondial sud-africain, l’Equipe de France connaît l’une des pages les plus sombres de son histoire : le fiasco de Knysna.

Une semaine surréaliste. Une semaine lors de laquelle le temps s’est arrêté, les caractères révélés et les tensions accumulées. Jusqu’à l’implosion et le bouquet final, brutal mais bizarrement attendu. Récit.

Il est plus ou moins 23 heures au moment où les Bleus quittent le terrain du Cape Town Stadium le 11 juin 2010. Les têtes sont basses, les mines fermées, la tension palpable. Un à un, les Français s’éclipsent dans les couloirs du stade, sous la bronca déjà infernale des Vuvuzelas locales.

Quelques minutes plus tôt, c’est impuissants qu’ils se sont heurtés à un bloc uruguayen plus compact que prévu. Incapables de se montrer dangereux, ils concèdent donc déjà un match nul décevant. Le début des ennuis.

Parce que si ce résultat n’a rien d’infamant face au futur demi-finaliste, c’est la manière qui inquiète. On ne le sait alors pas encore, mais ce groupe vit mal. Certains gros caractères bouillonnent intérieurement et ne digèrent pas les choix du toujours plus contesté Raymond Domenech.

Les maux bleus

Raymond Domenech, coach des Bleus en 2010.

Confirmation six jours plus tard. Face au Mexique, les Bleus pataugent toujours autant dans la semoule, incapables de créer, incapables de jouer ensemble et de se sublimer pour leur coach. Déjà au bord de l’implosion, le groupe éclate finalement à la mi-temps. Un soir de juin 2010, calfeutré à l’abri des caméras et des regards, enfui dans les vestiaires du Soccer City Stadium de Johannesbourg.

Genèse de ce fiasco interne, la prise de parole du grand manitou, Raymond Domenech. Visiblement peu satisfait de ce qu’il a sous les yeux, le coach s’en prend directement à Nicolas Anelka, lui reprochant de ne pas assez chercher la profondeur.  “C’est ça, toujours moi…” obtient-il en retour.

“Oui, toujours toi, c’est toi qui ne cherches pas la profondeur à ce que je sache”, réplique un Domenech qui ne sait pas dans quel guêpier il s’engouffre. Déjà bouillante, la cocotte-minute Anelka explose pour de bon face à cette attaque frontale. Et c’est Domenech en personne qui le raconte sans doute le mieux dans son livre : “Patrice Évra a alors essayé d’éteindre le feu qui couvait. Mais Anelka ne s’est pas calmé et a lancé : "Enculé, tu n’as qu’à la faire tout seul ton équipe de merde ! J’arrête, moi." Je n’ai pas tout entendu. La fin de la phrase m’a échappé dans le brouhaha. J’ai été moins choqué par l’insulte que par le tutoiement qui cassait une barrière, celle de la hiérarchie. […] Anelka avait tué le groupe. "

19 juin 2010 : Nicolas Anelka exclu de l'équipe de France

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Qui est la taupe ?

Thierry Henry et son coach Raymond Domenech.

Tué, ce groupe l’est bel et bien. Mais il reste un match et demi à jouer. Et un blason à redorer. Mais le moral n’y est plus. Hors de lui, Anelka est exclu du groupe… et remplacé par André-Pierre Gignac à la mi-temps du match face au Mexique. Une rencontre que les Bleus balanceront quasiment sans vergogne après la pause (0-2), enterrant quasiment avec cette défaite les maigres ambitions de 8e de finale qui leur restaient.

Mais en interne, le pire est à venir. Les propos d’Anelka ont fuité dans les médias et le groupe se lance donc dans une improbable chasse aux sorcières. Qui est le traître ? Qui a balancé cette dispute interne ? Dans une conférence de presse surréaliste, Patrice Evra, armé de son bagout légendaire, avance qu’il faut “éliminer le traître”.

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C’est grève, docteur ?

Sydney Govou au moment de monter sur le terrain au Mondial 2010.

Un traître qui assiste, probablement avec un timide sourire aux lèvres, au spectacle collectif du lendemain. Scandalisés par l’éviction du groupe de Nicolas Anelka, les 22 joueurs restant décident d’un commun accord de faire grève.

Ils refusent donc de descendre du bus au moment où ils sont appelés à s’entraîner en fin d’après-midi. Sur les plateaux télé, qui diffusent ce moment hors du temps en direct, c’est la consternation. “On est au-delà du ridicule” confie Emmanuel Petit, champion du monde 1998, reconverti consultant pour l’occasion.

La suite est lunaire. En bon capitaine de route, Patrice Evra rédige un communiqué au nom du groupe qu’il transmet à son ennemi public numéro 1, Raymond Domenech. Tout penaud, le coach, dernier capitaine d’un navire qui prend l’eau de partout, se présente face aux caméras. Pendant deux minutes, il déballe… tout ce qui lui est reproché avant de parachever son laïus d’un flegmatique “Merci Messieurs, au revoir” et de déguerpir.

Quelques jours plus tard, les Bleus se pointent finalement sur le terrain pour affronter l’équipe locale, l’Afrique du Sud. Volontairement ou pas, les Français balancent leur fin de match et s’inclinent finalement 1-2.

1 point sur 9, 1 petit but marqué en trois matches, deux défaites, un coup de sang, une grève et une lettre adressée au coach, n’en jetez plus la coupe est pleine. “C’est presque surréaliste” avancera le journaliste Laurent Luyat, un peu K.O en plateau. Surréaliste, c’est sûr, ça l’a été… Et c’est presque un euphémisme.

20 juin 2010 : La grève des joueurs de l'équipe de France

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