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Kirill Martynov, rédacteur en chef adjoint de Novaïa Gazeta : "Il n’y a plus de presse libre en Russie"

Kirill Martynov, rédacteur en chef adjoint de Novaia Gazeta
31 mars 2022 à 14:51Temps de lecture2 min
Par Jean-François Herbecq avec Th. Destreille

Kirill Martynov, rédacteur en chef adjoint de Novaïa Gazeta, est venu à Bruxelles expliquer au Parlement européen pourquoi son organe de presse a suspendu sa publication.

Lundi, ce journal indépendant a constaté qu’il n’y avait "pas d’autre solution" face à la "censure militaire" que de mettre ses publications entre parenthèses jusqu’à la fin de l’intervention en Ukraine.

Journaliste, un métier à risque en Russie

Des pressions, des menaces individuelles, des lois compliquant les levées de fonds et l'absence d’investisseurs mais aussi des lois punissant la pratique du journalisme avec des peines de 5 à 15 ans de prison...  Et cela va jusqu’au meurtre : il ne restait guère d’autre solution pour Novaïa Gazeta.

Le journal publie depuis près de 30 ans des enquêtes d’investigation sur la corruption et les violations des droits humains en Russie. De l’aveu même de son rédacteur en chef adjoint a choisi une position antiguerre : "Nous sommes profondément contre cette guerre et nous risquons des poursuites pénales si nous continuons", explique le rédacteur en chef adjoint. "C’est trop risqué pour nous".

A Novaïa Gazeta, nous avons perdu 6 journalistes en 20 ans

En 2021, ce travail a coûté la vie à plusieurs de ses reporters : "Des centaines de journalistes ont déjà quitté la Russie… Car ils ne se sentent plus en sécurité. Les journalistes peuvent être tués! A Novaïa Gazeta, nous avons perdu 6 journalistes en 20 ans. Et c’est une menace qui plane à nouveau maintenant."

Ces sacrifices ont valu à son rédacteur en chef, Dmitri Mouratov, le Prix Nobel de la Paix. 

Novaïa Gazeta tirait à environ 100.000 exemplaires, son site, entièrement gratuit, revendique 40 millions de visites par mois. En mars, les autorités ont également voté plusieurs lois réprimant de lourdes peines de prison ce qu’elles considèrent comme de "fausses informations" sur le conflit.

Kirill Martynov estime en guise de boutade qu’il ne faut plus craindre pour la liberté de la presse en Russie, car il n’y a plus de presse libre, une situation inédite même pour la Russie. Il y voit une expérience unique : "Le président Poutine mène la plus grande expérience possible dans son propre pays : comment transformer un pays plus ou moins moderne, ouvert sur le monde en l’isolant complètement et en détruisant ce que nous avons construit pendant des décennies."

Des avertissements de la censure

Kirill Martynov se félicite cependant d’avoir pu résister "comme dernier média indépendant de taille dans tout le pays" pendant plus de 30 jours que durait déjà cette guerre avant de raccrocher.

Mais depuis quelques jours, la pression était devenue trop forte. "Nous avons reçu des avertissements de l’agence russe de la censure. Pour des motifs très futiles. Nous n’avons pas mentionné la qualité d''agent étranger' en parlant d’une organisation", une formule exigée par la loi en Russie. Le journal a reçu un premier avertissement le 22 mars, puis un deuxième lundi. "Ce n’était qu’un prétexte", explique Kirill Martynov.

Le site d’information continue à fonctionner, "la meilleure solution", note Kirill Martynov qui espère reprendre l’édition papier dans un mois. "La seule façon de continuer à faire du journalisme en Russe, c’est dans l’anonymat, sur de nouvelles plateformes".

Selon Kirill Martynov, le conflit en Ukraine pourrait mener à la chute de Vladimir Poutine. "Mais je ne suis pas sûr que le prochain dirigeant de la Russie sera meilleur", ajoute-t-il…

Kirill Martynov, rédacteur en chef adjoint de Novaïa Gazeta explique pourquoi son journal suspend sa publication

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