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Kiosque de Fosses-la-ville : l’arrêt du conseil d’Etat suspend sa démolition au grand dam des autorités communales

10 août 2022 à 12:48 - mise à jour 10 août 2022 à 12:57Temps de lecture4 min
Par Lucie Dendooven

L’affaire du kiosque rebondit à Fosses-la-Ville, la ville des Chinels. Depuis deux ans, les autorités communales de Fosses-la-Ville et les habitants de la commune se livrent à une guerre de tranchée. Son enjeu : un kiosque à musique néoclassique inauguré en 1937 et offert à la ville par Mme Delmotte Lemaître. Ce kiosque est classé en 1998 et considéré comme un objet architectural unique en son genre. Mais s’il agite autant les esprits, c’est parce qu’il est l’âme du folklore fossois. Les Chinels et les clowns du carnaval de Fosses s’y rassemblent à la fin du laetare pour y danser leur rondeau final depuis près d’un siècle. Ou plutôt y dansaient car depuis deux ans, le sort du kiosque est entré dans la tourmente. Les autorités communales ont décidé en février 2020 de démonter ses colonnes et le haut du chapiteau parce que l’édifice présentait des fissures et risquait de poser un problème de sécurité pour les habitants.

Des bulldozers devant le kiosque de Fosses-la-Ville

Le dernier épisode de cette saga se joue le 28 juillet dernier sous les yeux d’une riveraine qui assiste médusée à l’arrivée de trois engins des services travaux dont un bulldozer sur la place du marché. Ils sont là pour détruire le dernier gros morceau du kiosque : son socle, son habillage de briques, et le petit escalier menant à sa plateforme octogonale.

Elle décide soutenue par l’ASBL communauté Historia d’interpeller en urgence le Conseil d’Etat. Aujourd’hui, l’arrêt du Conseil d’Etat est tombé : il suspend la démolition du socle du kiosque mais aussi la régularisation du démontage de sa partie haute faite en février 2020. Le conseil d’Etat motive sa décision, sur plus de trente pages, et sa conclusion est sans équivoque et très ferme : il estime que l’exécution du permis de démolition va compromettre encore davantage la reconstruction du monument, le cas échéant à l’identique, et ainsi causer une perte irrémédiable.

Pour le bourgmestre un arrêt incompréhensible. Pour les défenseurs du patrimoine une contre-attaque aux actes antidémocratiques de la commune

Le patrimoine wallon en péril

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Virgil Declerq, président de l’ASBL Communauté Historia soutient et accompagne les fossois dans leur lutte pour leur patrimoine depuis deux ans. Il commente cet arrêt du Conseil d’Etat : " Il y a à la fois un intérêt historique et culturel à maintenir ce monument dans la ville. Par ailleurs, la population s’est vue imposer des choix politiques et personnels sans qu’il n’y ait de réelle concertation avec elle.

La commune de Fosses-la-Ville devait, en principe, réaliser une étude de la base du kiosque et le restaurer mais les autorités communales, sans prendre en compte l’avis des citoyens, sans enquête publique, sans avis affiché, ont décidé de démolir la partie basse du kiosque. Ce sont des actes antidémocratiques et illégaux. Le conseil d’Etat se pose aussi beaucoup de questions sur la manière de faire du fonctionnaire délégué et de la ministre wallonne du Patrimoine. Il se demande comment le monument a pu être déclassé. "

De son côté, le bourgmestre de Fosses-la-Ville, Gaetan de Biltering ne comprend pas cet avis rendu par le conseil d’Etat. Il estime que le permis de démolition était tout à fait légal et tout au contraire, la commune s’est montrée particulièrement conciliante en arrêtant ses travaux pour laisser le temps au Conseil d’Etat de rendre son avis.

Le bourgmestre ajoute : " Je ne comprends pas sur quoi le Conseil d’Etat a statué et je pense que les personnes qui ont introduit ce recours en urgence ne constituent qu’une poignée de personnes qui ne représentent pas la population et nous font perdre du temps, de l’énergie et beaucoup d’argent. "

L’histoire du pot de fer contre le pot de terre

Cette poignée de personnes, comme la qualifie le bourgmestre de Fosses-la-ville, se bat tout de même bec et ongles depuis deux ans pour maintenir cet ouvrage patrimonial au cœur du centre-ville de la commune. Il s’agit, notamment, du comité folklorique des Clowns de Fosses-la-ville.

800 habitants de la commune avaient, également, signé une pétition en mars 2020 contre le démontage de la partie supérieure du kiosque, exécutée en 2020. Certains habitants comme l’historien local, Aurélien Huyzentruit s’étaient déjà ému sur le caractère illégal, déjà à l’époque de la procédure : " L’Agence wallonne du Patrimoine stipulait clairement que le bâtiment n’était pas en ruine et qu’il ne pouvait, en aucun cas, être détruit. Elle proposait des mesures conservatoires en vue d’une rénovation du bâtiment "

Cet historien se repose sur un projet de rapport de l’Awap, le gendarme du patrimoine, transmis à la commune en 2020. Il stipulait clairement que la stabilité du kiosque n’était pas mise en cause et que sa démolition ne pouvait pas avoir lieu. Toutefois, l’Awap ne s’opposait pas à condamner l’accès du kiosque. Quelques jours plus tard, sans suivre cet avis, la ministre De Bue avalisait la décision du bourgmestre. Quelques mois plus tard, la ministre allait plus loin encore, elle faisait déclasser le kiosque.

L’arrêt du conseil d’Etat rejoint deux ans plus tard l’avis de l’Awap. Ces éléments seront-ils suffisants pour contraindre la commune à reconstruire le kiosque dans son état premier ?

Une chose est sûre, cet arrêt du Conseil d’Etat risque de mettre un cran d’arrêt au projet de rénovation urbaine lancé par le bourgmestre. Il consiste à relier la place du marché à la place de l’Eglise et à raser l’ancien hôtel de ville, un bâtiment fin 19e siècle.

Marjoline Dubois est conseillère communale dans l’opposition est à l’instigation de la pétition qui a rassemblé plus de 800 signatures. Depuis deux ans, elle espère sauver le kiosque mais aussi son centre-ville. Elle considère cet arrêt du conseil d’Etat comme un énorme soulagement : " Enfin, deux ans après nos premières actions, cet arrêt va dans notre sens. Depuis le début, le bourgmestre ne comprend pas le grand attachement de la population au kiosque et à notre ancienne maison communale. Nous n’en serions pas là aujourd’hui s’il avait mieux écouté sa population."

Prochaine étape pour Marjoline Dubois et l’Asbl Communauté Historia, la demande de reclassement du kiosque et de toute sa zone périphérique dans laquelle se trouve l’hôtel de ville.

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