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Monde

Kiev entre désillusion et détermination: l'analyse dans Matin première

Kiev dans la nuit du mardi 18 février
19 févr. 2014 à 06:373 min
Par Thomas Nagant

Des scènes de guérilla urbaines toute la nuit, c'est ce qu'on a pu observer sur tous les écrans. La situation s'est en effet considérablement dégradée en Ukraine, et plus particulièrement à Kiev, où l'on compte désormais au moins 25 morts et des centaines de blessés.

Alexis Sigov, militant de la place Maidan, était sur place. Il raconte ce qu'il s'est passé. Les opposants continuent à tenir la place, affirme-t-il. "Il faut dire qu'ils ne la tiennent plus que par leur propre corps, car la plupart des tentes ont été incendiées". "Tout Kiev a été paralysée" mardi, souligne l'activiste. Tous les alentours de Kiev sont bloqués pour éviter que des gens ne viennent grossir les rangs des manifestants. Selon lui, il y a une sorte d'état d'urgence de fait qui s'est installé.

Situation "totalement incontrôlable"

Alexis Sigov confirme le grand degré de violences, avec usage d'armes et de blindés, qui a régné sur le centre-ville de Kiev toute la nuit. "C'est une situation totalement incontrôlable des deux côtés", dit-il. "J'ai essayé hier encore, j'ai enlevé mon casque et je suis allé m'adresser à la police; mais il y a une telle haine de leur part... Ils ont dit 'on a des collègues qui sont gravement blessés, en ce moment on nous apprend qu'il y a des morts parmi la police' ". Le militant dit comprendre leur point de vue : "Chaque mort des deux côtés ne va faire qu'augmenter la haine..."

Selon lui toujours, des gens ont été payés -il les désigne comme des "bandits"- et déployés dans le centre-ville pour empêcher les activistes de rentrer chez eux. Il leur impute la mort d'une personne et de nombreux blessés. "Un état incontrôlable de tous les points de vue", conclut-il.

Pas de réel dialogue, un ultimatum

Alexandra Goujon, de son côté, confirme le récit d'Alexis Sigov : "On a vraiment des manifestants qui se battent avec leur corps, ce qi entraîne évidemment des blessés et des morts". Mais, souligne-t-elle, "ce qu'il faut aussi retenir de cette nuit c'est une rencontre assez tardive entre Ianoukovitch (le président ukrainien, NDLR) et les leaders de l'opposition". Pas vraiment un "dialogue" selon elle puisque le président a fait savoir aux opposants qu'ils devaient se désolidariser des manifestants qu'il appelle des "radicaux, voire même des terroristes".

Alexandra Goujon rappelle qu'il y a déjà eu des affrontements au début 2014; l'éruption de violence de mardi étant aussi liée aux actes posés par des manifestants exaspérés par l'absence de réelle concession du pouvoir, sous couvert de dialogue. "Ianoukovitch continue dans sa stratégie de maintien au pouvoir et de vouloir éventuellement se faire réélire en 2015". "Face à cette absence de dialogue réel -en fait il y a des rencontres mais qui ne conduisent jamais à des solutions politiques réelles- et bien il y a des manifestants qui se sont rendus près du Parlement où devait être prise une décision sur la réforme constitutionnelle; et à ce moment-là des affrontements ont éclaté entre visiblement les éléments les plus radicaux et les forces de l'ordre en riposte". Les autorités en ont conclu qu'elles n'avaient plus face à elles des manifestants mais des gens prêts à tout pour prendre le pouvoir, et ont ainsi justifié leur tentative de prendre le contrôle de Maïdan.

Prêts à donner leur vie

"On a le sentiment que les gens ont un tel sentiment de responsabilité envers leurs prochains qu'ils sont prêts à donner leur vie", affirme sur place, comme en écho, Alexis Sigov. "Moi aussi je suis prêt à donner ma vie pour les gens qui se trouvent sur la place. La plupart ne vont pas quitter la place. Ils vont rester là, comme ça, sans arme, avec des petits casques et des boucliers fabriqués à défendre la liberté. Et ce ne sont pas de jolis mots", glisse-t-il.

Le protestataire relève aussi la grande déception des manifestants envers les leaders politiques de l'opposition, qui n'ont pas su défendre les gens. Et puis aussi une réelle désillusion envers "l'Europe officielle". "Il y a énormément de journalistes qui écrivent des mots de soutien, mais on sait déjà que Bruxelles, Berlin, Paris resteront sans réagir et vont continuer à dire que la situation est grave et qu'ils la surveillent; mais pour moi c'est tout simplement irresponsable".

Pour autant Alexis Sigov ne veut pas prédire le pire. "Chaque heure peut tout changer", dit-il. Mais il y a une sorte de désillusion derière la détermination de ceux qu'il appelle "les combattants". "On ne peut pas aller plus loin, on a épuisé tous les moyens possibles... Je prends quelques heures de repos puis je reviens", lâche le jeune homme.

Cette détermination à poursuivre coûte que coûte, Alexandra Goujon dit l'avoir déjà ressentie plusieurs semaines auparavant. Elle explique que si les leaders de l'opposition appellent la population à rejoindre la place, c'est parce qu'ils estiment que plus il y aura de monde, plus cela dissuadera les autorités de lancer l'assaut final. Et elle remarque que la nuit n'a pas permis à la police de prendre le dessus. Les prochaines heures pourraient donc voir à nouveau la foule rejoindre Maïdan...

T.N.

 

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