Karine Lalieux : "investir dans les jeunes, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement"

09 juin 2021 à 07:16Temps de lecture3 min
Par Annick Merckx

Karine Lalieux, ministre des Pensions et de l’Intégration sociale, en charge de la lutte contre la pauvreté veut, dans le cadre de la reprise qui se profile, "tout remettre à plat" et entend bien "ne pas mettre en place un nième plan de lutte contre la pauvreté". Il faut des mesures concrètes, qui ciblent les jeunes, en particulier. "La pauvreté est stable dans notre état depuis 15 ans et ce n’est pas acceptable ! Un jeune qui reste au CPAS ou au chômage aura une allocation pendant 5 ou 10 ans. Un jeune qui en sort, c’est un jeune qui a un travail et donc un jeune qui rapporte".

Et concrètement, interrogée par Thomas Gadisseux dans Matin Première, elle souhaite mettre sur pied un "statut social pour les étudiants jobistes. J’y travaillerai avec mon collègue Pierre-Yves Dermagne".

Et de rappeler : le stage d’attente au sortir des études ? "310 jours ! Si le jeune ne vit plus chez ses parents, que fait-il ? Il arrive au CPAS, quelle démoralisation… Je veux aller vers une individualisation des droits sociaux. Un jeune qui touche le RIS, a 960 euros, et plus d’allocations familiales. Ce n’est pas normal et pas suffisant pour vivre en payant ses charges".

Tout mettre à plat

Tout mettre à plat pour élaborer de mesures qui vont rapporter., dit-elle encore. "Je ne veux pas entendre parler de mesures d’austérité, Les jeunes ont besoin de perspectives : si le jeune n’a pas de qualifications, on peut mettre au point une série de dispositifs".

Parce que si la crise est en train de se terminer, si une reprise économique se profile, si les perspectives de la Banque nationale sont optimistes et que nos travailleurs vont retrouver le chemin du travail, "il ne faudrait pas oublier les travailleurs qui ont perdu leur emploi, les familles qui ont dû vider leurs comptes d’épargne. Pas question de laisser de tomber 20% de la population qui ont des difficultés financières".

Transformer des mesures conjoncturelles en mesures structurelles

Des mesures fortes ont été mises en place pendant un an et demi, dit-elle encore, pour "éviter la spirale du surendettement. Mais ces mesures conjoncturelles doivent se transformer en mesures structurelles pour lutter contre la pauvreté. 40% de personnes qui y ont droit ne recourent pas aux aides : il faut une automatisation des droits le plus possible. Non plus en fonction du statut, mais des revenus. C’est important ! Une femme qui travaille à mi-temps, et qui est en charge de famille, famille monoparentale, a 4 fois plus de malchance de tomber dans la pauvreté. C’est sur cela qu’il faut travailler car si la femme est pauvre, l’enfant sera pauvre et aura des difficultés au niveau des études : je veux rompre avec cette transmission !"

Travailler ensemble

Des efforts remarquables sont faits dans ce gouvernement, souligne encore Karine Lalieux : "d’ici 2024, l’ensemble des allocations sociales les plus basses vont être augmentées de 20% mais aujourd’hui, on voit (notamment via l’augmentation de 51% des demandes d’aide aux CPAS) que les gens n’ont pas assez pour vivre. C’est là-dessus que nous devons travailler avec l’ensemble du gouvernement. Il faut travailler ensemble, pour un meilleur accès aux soins de santé, pour lutter contre la précarité énergétique".

Revenant sur l’accord interprofessionnel, Karin Lalieux insiste, "nous serons à côté des partenaires sociaux : ça coûtera à l’Etat mais c’est du pouvoir d’achat pour les travailleurs, et ça va rapporter directement à la croissance économique".

Le plan de relance social figure dans l’accord de gouvernement, dit-elle encore. "Une grande réforme fiscale est en cours, mon collègue Van Peteghem y travaille. Investir dans le social, ce ne sont pas des dépenses, c’est investir dans l’avenir".

Port du voile : "nous n’abandonnerons pas les femmes"

Revenant sur la question du port du voile et sur la position du parti socialiste, la ministre dit avoir apprécié que Paul Magnette ait beaucoup débattu et consulté en interne. "Nous rappelons la neutralité de l’Etat et nous allons d’ailleurs redéposer une proposition pour que la laïcité de l’Etat soit inscrite dans la Constitution, c’est fondamental.

Nous voulons une société et une administration inclusives mais, en tant que femme, je dis que nous n’abandonnerons pas les femmes qui ne veulent pas porter le voile. Je n’accepterai pas des pressions dans les quartiers : ce n’est pas à un homme de déterminer comment une femme doit s’habiller et porter ou pas le voile. C’est l’équilibre à trouver dans le respect de chacun".

Sur le même sujet

Fin d’année scolaire marquée par le coronavirus : "Certaines écoles ont oublié de prendre en compte la détresse psychologique des jeunes"

"On nous dit de penser à notre avenir, et notre présent alors ?" : ces jeunes qui ne veulent plus faire carrière