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Juul, le vendeur d’e-cigarettes au design léché, envisage de se retirer du marché européen et asiatique

Juul, le vendeur d’e-cigarettes au design léché, envisage de se retirer du marché européen et asiatique
03 sept. 2020 à 13:364 min
Par RTBF

Le fabricant de cigarettes électroniques Juul Labs Inc. a déclaré qu’il prévoyait une nouvelle série de licenciements et qu’il envisageait d’interrompre ses ventes en Europe et en Asie, annoncent plusieurs médias ce jeudi dont le Wall Street Journal. Cette annonce pourrait signifier le retrait de la marque de 11 pays et une réduction de la présence de la start-up sur ses principaux marchés qui sont les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. Quel impact cette annonce aura-t-elle sur les vapoteurs belges de Juul ?

Juul a déjà supprimé environ un tiers de ses 3000 employés au début de l’année 2020 et a déjà interrompu les ventes de ses "vaporisateurs" à haute technologie dans plusieurs pays. L’entreprise, autrefois en pleine croissance, a réduit ses activités pour lutter contre une forte baisse de ses ventes.

Des doutes liés à la pandémie

Selon M. Crosthwaite, le CEO de la start-up, cette décision est due à "une profonde incertitude dans le monde entier" en raison à la pandémie de coronavirus et à une crise économique en cours.

Interrogé par Fox Business, le patron de Juul a également cité la forte concurrence des cigarettes "ordinaires", notant qu’il est "apparemment devenu plus facile de vendre des cigarettes combustibles que des produits à base de vapeur sur certains marchés".

Cette restructuration "permettra à Juul Labs de continuer à investir dans la science et dans ses capacités à fournir des preuves, les technologies de contrôle d’accès et les futurs produits sur nos principaux marchés qui constituent la grande majorité de notre activité", a écrit M. Crosthwaite. "Bien que ces investissements ne fournissent pas de revenus à court terme, ils nous aideront à gagner la confiance et à construire une société sur le long terme afin de faire progresser le potentiel de réduction des risques pour les fumeurs adultes et de lutter contre l’usage du tabac chez les mineurs".

Juul, l’e-cigarette qui suscite la controverse

Juul, c’est cette marque d’e-cigarette controversée qui a débarqué il y a un an sur le marché belge. À l’aide d’un design novateur et attractif, Juul ressemble à une clé USB. Pas de bouton pour l’allumer, il suffit d’inspirer dans l’appareil ultra-compact pour produire de la fumée et vapoter. Une simplicité d’usage qui a été servie par une stratégie marketing agressive envers les jeunes américains et des taux de nicotine potentiellement élevés.

En effet, l’appareil est compact grâce à une petite batterie et est commercialisé avec des produits contenant un taux élevé de nicotine et avec un ressenti qui a l’air fort bas, selon un connaisseur du produit. Il nous indique d’ailleurs que les consommables vendus par Juul en Europe ont été limités à 20 mg/ml alors qu’aux Etats-Unis le taux de nicotine est proche de 5%, soir 60 mg/ml.


►►► À lire aussi : Juul, l’e-cigarette au parfum de scandale débarque en Belgique


Six mois après son arrivée chez nous, les e-cigarettes Juul n’avaient pas explosé sur le marché belge, mais les consommateurs se sont néanmoins multipliés à mesure que le nombre de points de vente augmentait.

Entre-temps, les Etats-Unis ont lancé une offensive contre le vapotage et la marque a dû retirer une part importante de ces recharges aux saveurs aromatisées de la vente outre-atlantique.

Des villes comme New-York ou Washington mais aussi l’Etat de Calfornie ont également pris les risques de la "vappe" chez les jeunes à bras-le-corps et poursuivi Juul en justice en l’accusant de cibler sciemment les jeunes dans ses campagnes publicitaires.

Quel impact pour les vapoteurs belges de Juul ?

Cette annonce d’un éventuel retrait du marché européen, si elle est confirmée, ne devrait pas avoir de conséquences pour les consommateurs belges du produit étant donné que le fabricant américain s’était déjà retiré du marché dans notre pays.

Un vendeur d’e-cigarettes à Bruxelles indique à la RTBF que la marque se retirait petit à petit depuis un petit temps déjà, alors qu’elle n’était présente sur le territoire que depuis moins d’un an.

Pour lui, la réelle nouveauté du produit résidait dans la composition des 'e-liquides' commercialisés avec l’appareil. Selon ce spécialiste, ces liquides qui permettent d’alimenter la vapoteuse sont composés avec le "sel" de nicotine, une forme pharmaceutique de nicotine qui réagit comme une cigarette, qui monte rapidement au cerveau et avec une absorption rapide de la nicotine. Celle-ci induirait une accoutumance plus forte que les autres 'e-liquides'. Cette forme de nicotine serait plus proche de celle de la cigarette traditionnelle.

D’ailleurs, le gérant de cette boutique située en région bruxelloise nous indique que c’est l’une des raisons pour laquelle ils avaient pris la décision de ne pas vendre les produits de la marque Juul : "On n’a jamais fait du Juul parce que c’est un produit qui est fait par l’industrie du tabac, avec un actionnaire comme Philip Morris. On a décidé de ne pas vendre ces produits car ils sont plus addictifs et on préfère s’orienter vers des produits conçus par le monde de la "vappe" qui fait plus attention à la qualité de ses produits".

Des "pods" compatibles pour contourner les produits "originaux"

Par contre, ce magasin vend des recharges compatibles avec les vapoteuses "Juul", des "pods" qui contiennent le produit qui alimente la vapoteuse en liquide, et qui se transforme ensuite en fumée. "Nous ne vendons pas les produits commercialisés par Juul mais des 'pods' compatibles qui viennent du monde de la "vappe" avec des produits contrôlés en France".

Ces "pods", indispensables pour vapoter avec l’appareil produit par Juul ne seraient pas protégés en Europe. "À mon avis ils n’ont pas réussi à faire déposer le 'pod' et à empêcher la production de produits compatibles", indique encore le gérant du magasin.

Cette possibilité pour le consommateur de contourner les produits originaux pourrait également être une autre explication aux difficultés rencontrées par la start-up américaine en Europe.

Investigation : "Cigarette électronique : le grand enfumage"

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