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Cinéma - Belge

"Juste Un Mouvement" : un film en train de se faire

"Juste Un Mouvement" : un film en train de se faire
29 oct. 2021 à 08:59 - mise à jour 29 oct. 2021 à 21:432 min
Par Adrien Corbeel

Dans son ambitieux portrait du militant Omar Blondin Diop, le cinéaste Vincent Meessen mélange fiction et documentaire pour mieux évoquer son sujet. Un hommage réussi pour un film difficile d'accès.

Comment évoquer la vie et le combat de quelqu'un en moins de deux heures ? Comment lui rendre hommage adéquatement sans enfermer sa pensée et son existence ? Ces questions sont au centre de “Juste Un Mouvement”, documentaire multiforme consacré au militant marxiste Omar Blondin Diop. Décédé dans des circonstances troubles dans une prison de l’île sénégalaise de Gorée en 1973, il fut une figure emblématique du mouvement contestataire qui défia le président sénégalais de l'époque, Léopold Sédar Senghor. Activiste dans son pays d'origine mais aussi en France, il inscrivit son nom dans l'histoire du septième art avec le film de Jean-Luc Godard, “La Chinoise”, sorti en 1967, dans lequel il joua son propre rôle, celui d'un étudiant situationniste.

C'est sur le modèle de ce film au propos politique brûlant et aux audaces cinématographiques multiples que s'appuie “Juste Un Mouvement”. Mélange de fiction et de documentaire, le long-métrage de Vincent Meeseen est, comme “La Chinoise”, un film en train de se faire. Aux nombreux témoignages des proches d'Omar Blondin Diop, qui nous éclairent (un peu) sur sa personnalité, le cinéaste mêle des images du tournage, des mises en scène élaborées et même des séquences dans lesquelles "Juste Un Mouvement” est projeté à des spectateurs. Où se situe la fiction ? Que regarde-t-on ? Les questions sont multiples, et leurs réponses sont loin d'être évidentes, tant le film donne peu de contexte, passant de séquences en séquences sans clarifier des éléments-clés qui permettraient de mieux comprendre de quoi il est vraiment question.

Pour pleinement apprécier “Juste Un Mouvement”, mieux vaut d'ailleurs être bien renseigné sur la politique sénégalaise des années 70, le maoïsme, le cinéma de Jean-Luc Godard et les situationnistes. Ce qui, gageons-le, ne sera sans doute pas le cas de la majorité de spectateurs du film. Il serait cependant injuste de présenter “Juste Un Mouvement” comme une œuvre complètement opaque. Le long-métrage fonctionne un peu comme un puzzle qu'avec un peu de patience il est possible de partiellement reconstituer. Au fur et à mesure, les idées défendues par le film émergent, nous laissant entrevoir une réflexion stimulante sur l'art, la vie, la politique et tout ce qui ce lui unit.

Il est clair que les manœuvres cinématographiques du film ont pour but de rendre compte de la pensée toujours en mouvement et toujours en question d'Omar Blondin Diop. À cet égard, “Juste Un Mouvement” est sans doute un hommage réussi, une œuvre radicale fidèle à son sujet, qui parvient à aller au-delà de ce qu'un documentaire plus traditionnel aurait fait d'un tel personnage. Mais ce qui en fait un hommage réussi est aussi ce qui en fait un film difficile à appréhender, et parfois laborieux, particulièrement pour celles et ceux qui ne sont pas familiers avec son sujet.

 

Première bruxelloise à Bozar, le 31/10.
Projection au Centre culturel Jacques Franck (Saint-Gilles) le 18/11

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