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Jusqu’où va le droit de grève ?

Philippe Walkowiak
20 oct. 2021 à 09:592 min
Par Philippe Walkowiak

 

La Justice liégeoise confirme donc que bloquer une autoroute un jour de grève constitue un délit. Des syndicalistes se retrouvent ainsi condamnés pour cela.

Pourtant, les jugements ont varié ces dernières années, rendant incertain ce qui est autorisé, toléré ou réprimé.

Entrave méchante

L’action syndicale, voire la simple liberté de manifester est-elle pour autant menacée ?

Jusqu’où peut aller ll' "entrave méchante à la circulation" ? Patrons et syndicats ont plus ou moins circonscrit en 2002 les modalités d’action " tolérables ", mais ce gentleman agreement n’a jamais pu être actualisé. Sous la présidente législature, une réforme du droit de grève a été envisagée. Sans véritable résultat. A l’image sans doute de la concertation sociale, de plus en plus difficile, comme l’illustre également le recours plus fréquent à la Justice pour intervenir dans les conflits sociaux. Une Justice qui parfois penche d’un côté, parfois de l’autre.

Désormais, l’insécurité juridique prévaut et c’est toute l’action syndicale, le principe même de manifester qui retrouve dans l’incertitude. Entrave méchante à la circulation vs entrave méchante à la liberté de manifester ? Plusieurs visions du droit de grève s’affrontent.

Restrictions ?

Faut-il y voir une atteinte à la liberté d’expression ? Y a-t-il un risque que sur la base de cette jurisprudence qui se crée, des libertés s’amenuisent ?

Ici, des manifestants ont été sanctionnés par le simple fait d’être présent à un barrage, sans être les organisateurs premiers du blocage.

L’histoire sociale belge reste jalonnée d’actions parfois violentes qui ont consacré les plus grandes avancées sociales ou politiques, de la suppression du travail des enfants au suffrage universel en passant par les congés payés ou la journée des 8 heures Avec quelques entraves méchantes à la circulation (et bien plus !) à la clé.

L’époque n’est certes plus la même mais les colères sociales demeurent. Les agriculteurs ou les camionneurs perturbent régulièrement la circulation. Les syndicats (comme d’autres organisations pour le climat, par exemple) permettent de structurer ces actions voire de conserver un dialogue.

Sans cela, les débordements risquent au contraire de se multiplier, faute d’interlocuteurs véritables. La France l’a connu avec ses gilets jaunes voire les black blocs. La criminalisation de certaines actions grève engendre ce risque. Un équilibre doit être trouvé.

Un jugement n’a jamais arrêté une colère.

@PhWalkowiak

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