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Julie Zenatti : "Nous allons révolutionner le monde de la chanson française"

Julie Zenatti : "Nous allons révolutionner le monde de la chanson française"
06 avr. 2015 à 09:385 min
Par Christophe Bourdon

Le rendez-vous est fixé quelques jours après la réunion à Los Angeles de Jay-Z et ses amis. Les journalistes sont triés sur le volet, et accueillis par quatre cerbères qui procèdent à une fouille corporelle intégrale. Car nous ne sommes pas là pour rire. Le carton d'invitation, délivré en mains propres par un coursier à la rédaction, le précise bien : " Vous allez assister à un événement qui va changer la face de la musique ".

 

Nous pénétrons avec impatience dans le lieu magique du rendez-vous : la crêperie " Le joyeux biniou ", située en plein cœur de Paris. Nous montons au premier étage. Ils sont tous là, souriants, détendus, le regard assuré. Eux, ce sont les Jay-Z, Madonna, Coldplay et Kanye West de la chanson française.

Ils sont assis côte à côte, à la même table, devant une crêpe au Nutella posée sur une jolie nappe en papier à carreaux rouges et blancs. Le serveur apporte une petite bolée de cidre. Grégoire se lève et propose un toast : " Je lève mon verre à toi, plus moi, plus eux, plus tous ceux qui le veulent "

 

Très emballée, Julie Zenatti lance un fervent " Nous allons révolutionner le monde de la chanson française ! "

 

Shy'm se penche vers Tal et murmure " C'est qui ? ".

Tal : " C'est Julie Zenatti. "

Shy'm : " Ah... "

Tal : " Et toi, tu es qui ? "

Shy'm : " Je suis Shy'm. "

Tal : " Ah "

Shy'm : " Et toi, tu es qui ? "

Tal : " Je suis Tal ".

Shy'm : " Ah. Et tu t'appelles vraiment Tal ? "

Tal : " Ben ouais. Toi, tu t'appelles bien Shy'm, non? ".

Shy'm : " Ah ouais "

 

Zaz veut se mêler à leur conversation. Shy'm et Tal lui font comprendre que c'est déjà assez compliqué comme ça.

Patrick Fiori se lève à son tour et s'approche d'un pupitre. Derrière lui s'affiche une présentation en Powerpoint. Patrick Fiori : " Comme vous pouvez le voir, en matière de technologie, nous n'avons rien à envier à nos collègues américains ". Les autres artistes applaudissent à tout rompre. M Pokora lance un petit " Wou ! " de circonstance.

 

L'inoubliable interprète de " Belle " et de... euh... de " Belle " enchaîne : " Les américains ont lancé Tidal, un système de streaming qui permet d'écouter des chansons et de regarder des clips en haute qualité. Nous voulons faire de même. Notre but est clair : se réapproprier enfin ce qui fait l'essence-même de l'artiste. "

 

Black M, la légende du rap à qui l'on doit le très engagé " Sur ma route ", s'exclame : " Ouais ! Le talent, man ! "

Emmanuel Moire se penche vers lui : " Ben non, couillon. Nos droits d'auteur. T'étais pas là à la réunion préparatoire ? "

Black M baisse d'un ton : " Ah ouais, merde, nos droits d'auteur, je suis con ou quoi ? "

Emmanuel Moire : " Je t'aide : la réponse n'est pas " ou quoi ".

 

Patrick Fiori continue : " Mais nous, c'est du jamais vu ! Et je suis fier de vous annoncer que c'est une idée que nous avons eue tous ensemble. "

 

Lââm arrive des crêpes et des bols de cidre. Un journaliste la salue : " C'est gentil d'amener ça pour vos amis. Vous faites aussi partie du projet, donc ? " Lââm : " Non, non, je bosse ici, pourquoi ? "

 

Patrick Fiori demande le silence : " Le suspense a assez duré. Il est temps de dévoiler notre idée. Mesdames et messieurs... Nous sommes fiers de vous présenter... "


Il appuie sur un bouton. Le Powerpoint s'éteint. " Ah merde. Quelqu'un s'y connaît en technologie autour de cette table ? "


Personne ne bronche. Kendji Girac prend la parole : " Patrick, si tu me le permets, je vais continuer à ta place. Nous avons eu une idée originale, donc. Nous avons créé une platerforme payante qui permet de télécharger des sonneries de nos chansons pour les téléphones portables. A notre connaissance, cela n'existait pas jusqu'à présent "

 

Un journaliste lève la main : " Ça existe depuis des lustres votre truc. " Kendji Girac semble déstabilisé. " Ah bon ? Ah mince... Euh... En même temps, j'avais bien dit " A notre connaissance ", hein ! "

 

Il se rassied, l'air dépité.

 

Julie Zenatti, toujours aussi dynamique, bondit de son siège. " Ok ! Ça existe peut-être déjà. Mais c'est pas grave ! Car nous, nous proposons des abonnements à 20 euros par mois ! Qui peut en dire autant ? "

 

Le même journaliste reprend la parole : " Ben... La plupart des sites de téléchargements de sonneries sont payants. Donc, j'ai envie de vous répondre que tout le monde peut en dire autant "

 

Julie Zenatti fond en larmes. Jusqu'alors silencieux, Garou se lève. " Ok... Ok... Mais nous, on ne demande pas aux gens de payer 20 euros par mois. Nous, les 20 euros, on les donne aux gens qui téléchargent nos chansons ! Que répondez-vous à cela, monsieur le journaliste ? "

 

Le journaliste : " Ah oui... Là, j'avoue que c'est assez innovant. Mais pourquoi vous faites ça ? "

 

Amel Bent et Jenifer répondent d'une même voix lucide : " Ben tu ne crois quand même pas qu'il existe des personnes qui seraient prêtes à payer 20 euros par mois pour se taper des chansons qui se ressemblent toutes et qui n'ont aucune saveur, aucune intelligence et aucune profondeur. "

 

Corneille finit sa crêpe et prolonge la réflexion, la bouche pleine : " Sachez que nous avons déjà testé le projet en contactant 1000 personnes par mail à qui nous avons proposé notre abonnement. Nous n'avons rien laissé au hasard ".

Un autre journaliste lève la main : " Et quels ont été les retours ? "

 

Corneille hésite : " Ben... On n'en a eu aucun. Mais bon, on est persuadés que ça va décoller. Ce n'est qu'une question de temps. Je ne vois pas pourquoi quelqu'un refuserait de recevoir 20 euros par mois en échange d'une chanson de Marc Lavoine, de Calogero ou d'Alizée. Pas vrai ? "

 

Nolwenn Leroy tempère : " Corneille, je me permets de te reprendre. On a bien reçu un mail de réponse sur les 1000 que nous avons envoyés. "

Corneille : " Ah, pardon, je n'étais pas au courant. Et l'internaute disait quoi ? "

Nolwenn : " Lol "

 

Le Powerpoint se rallume. Patrick Fiori reprend les rênes de la présentation : " Sachez en tout cas que nous croyons très fort en ce projet. Et nous lui avons donné un nom fort, à la dimension internationale, puisqu'il mélange le mot " ring ", qui veut dire " sonnerie " en anglais avec le mot " artist ", qui veut dire " artiste " en anglais. Mesdames et messieurs... Nous sommes fiers de vous présenter le premier système de téléchargement de sonneries pour téléphones portables... Un système à notre image, qui reflète bien ce que nous sommes... Le ringart ! "

 

Les artistes bondissent de leur siège et applaudissent à tout rompre. Claire Keim se jette dans les bras de Lorie.

Un journaliste lève la main : " Mais... Euh... Vous ne trouvez pas que Ringart, ça fait tout de suite penser à " ringard " ? "

 

Les artistes se taisent. Un tableau représentant un phare se décroche du mur. Patrick Fiori : " Mais... euh... Non... Non ! Je viens de vous le dire : c'est le mélange du mot " ring " et du mot " art ". Le ringart ! Ça n'a rien à voir ! "

 

Les plombs sautent dans la salle. Les journalistes profitent de la semi-obscurité pour partir. C'était la présentation officielle du Ringart, un nouveau système à l'image du paysage musical français.



Christophe Bourdon

 

(Ndr : Il va sans dire que Christophe n'a jamais pu entrer en contact avec Julie Zenatti et que cette interview sort tout droit de son imagination débordante)

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