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Insurrection à Washington: jugé inapte ou face aux tribunaux, que va devenir Donald Trump ?

Que va devenir Donald Trump?
07 janv. 2021 à 11:08 - mise à jour 07 janv. 2021 à 11:08Temps de lecture5 min
Par Jean-François Herbecq

Ce mercredi 6 janvier 2021 restera une date unique dans l’histoire des Etats-Unis, avec l’invasion du Capitole par des manifestants trumpistes. Après cette journée de confusion, les regards se portent sur celui qui semble avoir déclenché voire orchestré ce qui est qualifié d'"insurrection" par l’ancien président George W. Bush et de "coup d’Etat" par les experts. Quel est donc l’avenir de Donald Trump ?

Il reste 13 jours de présidence Trump. Il est président des Etats-Unis jusqu’au 20 janvier. Mais la vague de démissions à la Maison blanche et la pression venue de l’intérieur même du parti républicain en font un homme plus qu’isolé. Il n'y a pas loin du Capitole à la roche tarpéienne, disaient les Anciens...

Trump est-il fou ?

Certains membres du gouvernement américain discutent de la possibilité d’écarter Donald Trump du pouvoir après le coup de force de ses partisans au Congrès. Le 25e amendement de la Constitution américaine autorise le vice-président et une majorité du cabinet à déclarer le président "inapte" à exercer ses fonctions. Les démocrates de la commission judiciaire de la Chambre des représentants demandent à Mike Pence d’invoquer le 25e amendement "dans l’intérêt de la démocratie". Pour eux, le président sortant "est malade mentalement et incapable de gérer et d’accepter les résultats de l’élection de 2020".

Une procédure peu adaptée, juge cependant la politologue Nicole Bacharan : "Le délai avant le 20 janvier est très court. La procédure du 25e amendement n’est pas exactement ce dont on a besoin, car Donald Trump n’est pas fou. Il est irresponsable en tant qu’homme politique. C’est un homme autoritaire, qui ne veut pas céder le pouvoir. Ce n’est pas franchement de la folie. Mais il sera paralysé à la Maison blanche, car ses ordres ne seront pas suivis."

Même avis de la part du professeur de l’ULB Serge Jaumain : "Utiliser le 25e amendement est essentiellement quelque chose qui a été prévu lorsque le président est tué ou lorsqu’il est très gravement malade et dans l’impossibilité d’exercer ses compétences. Il faut savoir qu’on a déjà évoqué ceci voici à peu près deux ans, mais c’est très difficile puisque le vice-président doit d’abord déclarer cela avec un certain nombre de membres de l’entourage de Trump. Et il aurait la possibilité de le contester. Ici, à moins de quinze jours de la fin de son mandat, je pense qu’il semble difficile d’imaginer que le vice-président ira dans ce sens-là."

Cette procédure pourrait toutefois oblitérer les possibilités d'une candidature de Donald Trump à l'élection présidentielle de 2024.

Poursuites judiciaires

La politologue Nicole Bacharan rappelle que le seul autre moment de l’histoire des Etats-Unis où on a eu un refus de reconnaître le vainqueur d’une présidentielle, c’est lors de l’élection d’Abraham Lincoln. Cela a entraîné la Guerre de Sécession. "C’est un effort pour renverser par la force le résultat d’une élection. C’est ce qu’a demandé Donald Trump".

Le Washington Post évoque un "acte de sédition". Que risque le président sortant ? Une procédure d'impeachment peut être lancée en cas de trahison, de corruption ou autres crimes et délits majeurs mais vu la fin proche du mandat, c'est improbable. Mais un ​impeachment aboutit aussi à l'interdiction d'exercer de futures fonctions fédérales et les démocrates pourraient s'en servir pour l'empêcher de se présenter en 2024.

Nicole Bacharan estime que Trump risque des poursuites judiciaires. "Il accumule les actes illégaux. Ce coup de fil invraisemblable qu’il a donné aux autorités de Géorgie, autorités républicaines. Il a exigé : 'Trouvez-moi, fabriquez-moi 11.000 voix'. Et tout au long de sa présidence, il a accumulé des actions de ce genre. Et appeler ses partisans à marcher sur la Capitole, c’est complètement illégal". Et cela pourrait donner lieu à des poursuites au pénal. Le crime est passible d'une amende et de plusieurs années d'emprisonnement. Mais le résultat d'une telle procédure est incertain.

Ici aussi, un dossier judiciaire de plus serait un obstacle à la suite de sa carrière politique. Alors que son immunité présidentielle touche à sa fin, Donald Trump devra faire face à une dizaine de poursuites civiles et pénales engagées à son encontre ou dirigées contre la Trump Corporation pour fraudes, malversations, agression ou harcèlement sexuel.


►►► A lire aussi: Insurrection à Washington : retour sur les images fortes d'un Capitole en ébullition


A la manière de Néron ?

Pour Pauline Manos, présidente de Democrats Abroad en Belgique, l’insurrection était bien "pilotée par le président sortant". "Pendant des années, le parti républicain, dont Trump était la culmination, a tenté d’éroder la confiance envers les institutions démocratiques", explique Pauline Manos.

Selon Benoît Frydman, philosophe et professeur à l’ULB, on assiste à la chute de la Maison Trump : "Trump finit un peu comme Néron, cet histrion narcissique qui dit 'Puisque je dois finir, que le monde périsse avec moi.' Il entraîne les républicains dans sa chute".

Benoît Frydman souligne que d’autres républicains continuent à contester la validité de l’élection, "ce qui crée une situation dangereuse pour la démocratie". "Trump va prendre la tête probablement avec des médias qu’il aura financés lui-même, d’une frange insurrectionnelle et d’un mouvement qui peut continuer à se radicaliser".

L'investissement de Donald Trump dans le monde des médias conservateur est une hypothèse sérieuse. Les spécialistes ont identifié au moins deux "networks" existants correspondant à ses vues, One American News Network (OANN) et Newsmax. Il pourrait aussi bien sûr créer sa propre chaîne.

Faire éclater le parti républicain

Les critiques envers Trump ne proviennent pas que de ses adversaires démocrates. Elles fusent aussi dans les rangs républicains.

Le risque d’un éclatement du parti républicain existe donc. Pour Nicole Bacharan, "que des hommes comme Lindsay Graham qui depuis des semaines soutiennent la démarche absolument irresponsable de Donald Trump ne soient plus dans le même parti que des gens qui acceptent de perdre parfois des élections. C’est au sein du parti républicain que le ménage doit être fait".

Nombreux sont en effet ceux à l’intérieur du parti républicain à le critiquer. Comme l’ambassadeur américain auprès de la Belgique et de l’Union européenne Ronald Gidwitz : "Je suis choqué et dégoûté par la violente attaque contre le Capitole américain. Je pleure la perte de vies humaines et condamne ceux qui, par leur rhétorique extrême et insouciante, ont provoqué cette agression. L’incitation à l’action et l’agression de la foule étaient une attaque contre le cœur de la démocratie et un affront aux valeurs et idéaux démocratiques sur lesquels les États-Unis étaient bâtis."

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