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Journée mondiale du droit à l’avortement : des situations très inégales selon les pays

Journée mondiale du droit à l’avortement : des situations très inégales selon les pays
28 sept. 2021 à 15:425 min
Par Jean-François Herbecq avec Françoise Wallemacq et AFP

Un Etat vient légaliser l’avortement, un autre en restreint l’accès. Quarante-trois ans après l’Italie qui l’enclave, la petite république de Saint-Marin a approuvé dimanche, au cours d’un référendum, à une très large majorité la légalisation de l’avortement, un tournant pour ce micro-état à forte tradition catholique. Au Texas, par contre une législation entrait en vigueur le 1er septembre 2021, très restrictive, interdisant l’avortement une fois que les battements de cœur de l’embryon sont détectés, soit environ six semaines de grossesse.

Deux cas particuliers dans un monde où le droit à l’avortement reste très loin d’être accessible pour beaucoup de femmes en cette journée mondiale du droit à l’avortement. L’occasion de faire le point sur l’interruption volontaire de grossesse dans le monde.

Encore quelques avancées en Europe

En Europe, l’interdiction totale est l’exception : l’avortement est ainsi totalement illégal à Malte (où en cas d’infraction la peine encourue va de 18 mois à trois ans de prison) tout comme à Andorre, au Vatican et jusqu’à il y a peu à Saint-Marin.

Dans cet Etat, ce dimanche, les habitants ont décidé par référendum de dépénaliser l’avortement, qui était auparavant passible de 3 ans de prison pour les femmes, et de 6 ans pour les médecins : 77,3% de "oui", pour donner aux femmes le libre choix d’avoir recours à l’IVG jusqu’à douze semaines de grossesse.

Après cette période de trois mois, l’avortement ne serait autorisé qu’en cas de menace pour la vie de la mère ou lorsque des anomalies ou malformations détectées chez le fœtus "comportent un grave risque pour la santé physique ou psychique de la femme".

En Irlande, pays très catholique, l’avortement n’est légal que depuis 2018, suite à un référendum historique. Un an plus tard, il a également été autorisé en Irlande du nord, seule partie du Royaume-Uni où il restait interdit. L’IVG est légale en Grande-Bretagne depuis 1967. 

Par contre, en Pologne, autre bastion du catholicisme, l’IVG est quasi interdite depuis un an. Elle n’est permise qu’en cas de viol, d’inceste ou si la vie de la mère est en danger. Résultat, les Polonaises avortent chez elles, en avalant des pilules abortives commandées sur internet, ou alors, elles sont obligées d’aller à l’étranger. Parfois, elles se retrouvent dans des situations dramatiques. Ainsi, une jeune mère a appris à la 17ème semaine de grossesse, que son enfant était atteint de cyclopisme, c’est-à-dire qu’il n’avait qu’un seul globe oculaire. Son médecin lui avait caché ce "détail".

En Belgique, l’avortement est autorisé depuis un certain temps déjà. Chez nous, une femme sur 5 sera concernée par un avortement dans sa vie. L’IVG est autorisée jusqu’à 3 mois de grossesse, et ce délai peut être rallongé en cas de malformation du fœtus ou de risque pour la mère. Si le délai légal des 12 semaines est dépassé, la solution la plus fréquente est d’envoyer la femme vers les Pays-Bas. Là, l’IVG peut y être pratiquée jusqu’à 22 semaines de conception.

Les Pays-Bas, destination de la dernière chance pour de nombreuses femmes

Les Pays-Bas attirent aussi beaucoup de Françaises en recherche d’IVG. En France comme en Belgique, l’IVG est possible jusqu’à 12 semaines de conception. Un projet de loi prévoyait de rallonger ce délai à 14 semaines.

Mais le Sénat dominé par les conservateurs, a voté contre. Depuis le projet de loi a été repoussé sous le tapis, d’où il ne ressortira certainement pas avant les élections.

Chaque année, de 4000 à 5000 Françaises sont obligées d’aller se faire avorter à l’étranger, aux Pays bas donc, ou encore en Espagne ou en Grande-Bretagne.

L’accès à l’avortement demeure très inégal dans le monde

Ce sont globalement les femmes d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Océanie qui bénéficient des législations les plus libérales, acquises parfois très récemment.

En Argentine, le texte autorisant l’IVG jusqu’à 14 semaines a été adopté en décembre 2020 par le Congrès. Jusqu’ici, l’avortement n’était permis qu’en cas de viol ou danger pour la vie de la mère.

La Nouvelle-Zélande n’a dépénalisé l’avortement qu’en mars 2020. En Australie, l’Etat du Queensland a légalisé l’avortement en octobre 2018 et seule la Nouvelle-Galles du Sud, Etat le plus peuplé du pays, continue à proscrire l’IVG.

En Corée du Sud, la plus haute juridiction a ordonné en avril 2019 la levée de l’interdiction de l’avortement, jugée anticonstitutionnelle, et demandé une évolution de la législation très restrictive (IVG possible en cas de viol, d’inceste ou de menace pour la santé de la mère).

En Afrique, l’avortement est quasi inexistant. L’IVG est interdite dans une quinzaine de pays : Congo, Djibouti, Egypte, Guinée-Bissau, Madagascar, République démocratique du Congo, Sénégal.

Pareil au Honduras, Nicaragua, Surinam, Haïti et République dominicaine en Amérique ; Philippines et Laos en Asie ; Palaos en Océanie.

Le Salvador a adopté dans les années 1990 une législation draconienne qui interdit l’interruption de grossesse en toutes circonstances, même en cas de risque pour la vie de la femme. L’avortement est théoriquement passible de deux à huit ans de prison mais, dans les faits, les juges considèrent toute perte du bébé comme un "homicide aggravé", puni de 30 à 50 ans de prison.

Accès restreint à l’IVG

Dans de nombreux pays, l’avortement est soumis à des conditions extrêmement restrictives.

Ainsi, l’IVG est accessible uniquement en cas de danger pour la vie de la mère en Côte d’Ivoire, Libye, Ouganda, Soudan du Sud, Irak, Liban, Syrie, Afghanistan, Yémen, Bangladesh, Birmanie, Sri Lanka, Guatemala, Paraguay ou encore Venezuela.

La Chine, très libérale sur le sujet, cherche à présent à réduire les avortements qui ne sont pas "nécessaires médicalement", car le pays le plus peuplé du monde tente de relancer son taux de natalité et d'encourager les couples à avoir plus d'enfants.

Le gouvernement de Pékin a publié de nouvelles directives sur la santé sexuelle des femmes, stipulant que les professionnels de santé doivent "promouvoir les examens pré-maritaux, des bilans de santé pré-grossesse" et "réduire les avortements qui ne sont pas nécessaires médicalement".    Contrairement à une bonne partie du reste de l'Asie, l'avortement est légal et très accessible en Chine. Mais, après des décennies de politique de l'enfant unique, sur fond de préférence traditionnelle pour les bébés garçons, des contrôles stricts visent à empêcher l'avortement sélectif en fonction du sexe qui avait conduit à un déséquilibre des genres et à l'abandon des petites filles

Au Brésil, l’accès à l’IVG est également très limité, en cas de viol, risque pour la mère ou grave malformation du fœtus.

En 2017, le Chili a mis fin à près de 30 ans d’interdiction totale de l’IVG, désormais autorisée en cas de risque pour la vie de la mère, viol et non-viabilité du fœtus.

Au Mexique, la Cour suprême a déclaré, le 10 septembre 2021, inconstitutionnelle la loi de l’Etat de Coahuila assimilant l’avortement à un meurtre, ouvrant la voie à une jurisprudence nationale. Dans ce pays, l’avortement avant 12 semaines est légal. Mais une dizaine d’Etats mexicains avaient pris en 2007 des dispositions pour obliger à "protéger la vie dès sa conception".

Aux Etats-Unis enfin, l’avortement a été autorisé par un arrêt célèbre, "Roe versus Wade" de la Cour suprême en 1973. Les femmes ont le droit d’avorter tant que le fœtus n’est pas viable, soit jusqu’à 22 semaines de grossesse.

Mais récemment, le Texas a adopté une loi qui interdit l’avortement dès que les battements de cœur de l’embryon sont détectés, soit a environ 6 semaines de grossesse. La seule exception est l’urgence médicale mais pas en cas de viol ou d’inceste.

Le gouvernement fédéral a porté plainte pour obtenir le gel de la loi texane. La Cour suprême a refusé d’intervenir pour l’instant dans ce dossier, invoquant des "questions de procédure".

Manifestation de Femen au Texas en 2021

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