Sous couverture

Joseph Incardona : Ecrire, c'est ma façon à moi de faire de la politique

L'écrivain Joseph Incardona entouré de Thierry Bellefroid et Lucile Poulain

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C'est Joseph Incardona, un écrivain italo-suisse que Thierry Bellefroid et Lucile Poulain accueillent ce dimanche 30 octobre dans Sous Couverture. Il vient leur présenter son dernier roman Les corps solides qui vient de paraître aux éditions Finitude.  Lauréat du  Grand Prix de littérature policière 2015 pour Derrière les panneaux, il y a des hommes (Ed. Finitude), Joseph Incardona a longtemps été catalogué "auteur de polars". Pourtant, l'écrivain revendique une place plus atypique, un peu floue entre le roman noir et le gothique.

"Les corps solides" de Joseph Incardona aux éditions Finitude

Anna vend des poulets rôtis sur les marchés. Ancienne championne de surf, elle est veuve et élève seule Léo, son fils de treize ans dans un mobile-home le long de l'Atlantique. Une vie simple mais sans histoire.

Mais quand elle perd son camion-rôtissoire dans un accident, le fragile équilibre est menacé, les dettes et les ennuis s'accumulent.
Il faut trouver de l'argent. Il y aurait bien ce " Jeu " dont on parle partout, à la télé, à la radio, auquel Léo incite sa mère à s'inscrire. Gagner les 50.000 euros signifierait la fin de leurs soucis. Pourtant Anna refuse, elle n'est pas prête à vendre son âme dans ce jeu absurde dont la seule règle consiste à toucher une voiture et à ne plus la lâcher.

Mais a-t-elle vraiment le choix ?

Un attrait pour le tragique

Écrire sur le bonheur ? Pas vraiment le truc de Joseph Incardona. Lui, ce qu'il aime, c'est d'utiliser la fiction pour dire des choses sur le monde, pour donner son point de vue de citoyen. En s'intéressant à cette mère célibataire au bord de la précarité dans son dernier livre, Joseph Incardona ne propose rien de moins que la critique acerbe d'un système qui broie les individus. Le jeu télévisé absurde qu'il y met en scène n'est d'ailleurs pas sans rappeler "On achève bien les chevaux" de Sidney Pollack tiré lui-même du roman d'Horace McCoy.

Une noirceur, une dimension tragique que le romancier helvétique explore dans tous ses romans mais aussi au théâtre ou dans ses scénarios :

Il y a quelque chose qui m'intrigue et que j'ai du mal à comprendre, un terme qui est revenu dans ma vie de façon tardive, c'est la malveillance. J'essaie parfois de me mettre dans la peau de gens malveillants pour mieux comprendre. Écrire des livres, c'est pouvoir être multiple, incarner éventuellement cette malveillance sous différentes formes. Jean-Patrick Manchette disait que c'est un lieu, une époque, des circonstances sociales et historiques qui font qu'on devient un criminel, on ne naît pas criminel.

Trop d'imagination pour être journaliste !

On se dit malgré soi, qu'il faut avoir pas mal roulé sa bosse pour creuser un tel sillon. Et de fait...

Fils unique d'une mère suissesse et d'un père sicilien, il arrive en Suisse à l'âge de neuf ans. Ses parents font les saisons et déménagent tout le temps.

J'ai dû m'inventer des mondes car j'étais souvent seul.

Après le lycée, il entreprend des études de sciences politiques et pour les financer, il enchaine les petits boulots aussi variés que vendeur de détecteurs de faux billets, figurant pour la TV ou restaurateur de bateaux. Il se verrait bien journaliste mais il n'en a pas la rigueur car à force de s'être inventé des mondes dans son enfance, il a tendance à s'éloigner des faits et à se laisser emporter par son imagination. Son rédacteur en chef lui conseille de se consacrer à l'écriture. C'est le déclic. Que vient confirmer la lecture de Sexus d'Henry Miller...

Les années rock'n roll

Jean Ziegler lui avait proposé d'être son assistant en socio à l'université de Genève. Mais l'envie de se consacrer à l'écriture est plus forte. Il quitte sa compagne, son boulot, la Suisse et débarque à Paris avec un sac, sa guitare et son ordi avec l'unique volonté d'écrire. Et c'est ce qu'il fait même s'il ne publie rien pendant plusieurs années. Il vit dans des petits hôtels en fonction des boulots qu'il trouve, des voyages, des conneries qu'il fait aussi. Jusqu'à ce qu'il rencontre une femme, une artiste qui lui ouvre son univers et qui va le "faire naître une seconde fois en tant qu'homme, entité". Ils s'installent à Bordeaux où il rencontre son éditeur, Finitude. Depuis, il est revenu s'installer à Genève à mi-chemin entre Paris et l'Italie.

Envie d'en savoir plus sur Joseph Incardona ? Rendez-vous ce dimanche à 22h30 dans Sous Couverture sur La Trois en compagnie de Thierry Bellefroid et Lucile Poulain ! 

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