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Tout le Baz'Art

Joëlle Scoriels : les rencontres, c’est le sel de la vie… le poivre et le piment d’Espelette aussi !

Joëlle Scoriels en compagnie de Frédéric François
20 mai 2021 à 09:01Temps de lecture6 min
Par Pascale Navez

Alors que la saison de Tout le Baz’Art s’achèvera sur la rencontre avec Frédéric François, le chanteur de charme aux 50 ans de carrière, dans le cadre du 75e anniversaire de l’accord "des hommes contre du charbon" de 1946, entre la Belgique et l’Italie, Joëlle Scoriels fait le bilan de cette première année à la tête du magazine culturel de La Une. Une année de découvertes et d’émotions partagées, en présence d’artistes belges inspirants dans chacune de leurs disciplines.

Comment as-tu vécu cette première saison de Tout le Baz’Art en période de confinement ?

Joëlle Scoriels : Eh bien, en vérité, je l’ai vécue plutôt très bien. Parce que, chaque fois qu’on a rencontré un artiste, c’était comme si on s’élevait un peu au-dessus des contraintes imposées par la pénible conjoncture. Les artistes, c’est ce qu’ils font : ils nous décrochent du sol bête, froid et collant sur lequel est vautré notre quotidien. Donc, à chaque tournage, on a vécu des moments délicieux.

Mais je ne voudrais pas, en présentant les choses comme ça, donner l’impression qu’on n’a eu affaire qu’à des artistes heureux. Les musiciens, par exemple, sont vraiment en rade. Leurs disques sortent – quand l’inspiration n’est pas bouchée – mais, à l’heure où je vous réponds, on sait tous qu’ils pleurent toujours la scène. Je me souviens aussi de l’intervention de Bernard Yerlès lors de la grande soirée culturelle de Noël, sur la Une ("Alors on sort" spéciale Noël) : il a dit un texte ironique et assez désespéré, et son mal-être était hautement tangible.

Bref, pour répondre à la question : des rencontres formidables, oui ! Mais, comme on s’en doute, la toile de fond n’a pas manqué de couleurs sinistres, pour dire la vérité.

Tout le Baz’Art d’Alice on the Roof
Tout le Baz’Art de Bernard Yerlès

Quelles ont été les contraintes de tournage ?

Chaque fois qu’on l’a pu, on a ôté les masques ! En prenant toutes les précautions de rigueur, en respectant les distances et les mesures d’hygiène. Quand on a tourné avec Guillermo Guiz, début novembre, on a porté les masques durant tout le tournage. Et on a eu beau passer une journée pleine de joies diverses, quand on regarde, après coup, cette émission où tout le monde semble muselé de bout en bout, c’est un petit peu affreux. Bref, on lutte pour estomper les marques de cette époque assez maudite pour les acteurs de la culture !

Tout le Baz’Art de Mustii
Tout le Baz’Art

Quelles sont les personnalités croisées qui t’ont particulièrement frappée ?

Ah, la question impossible ! Essayons… "Frappée" d’une espèce d’affection évidente : face à Bouli Lanners, Alice On The Roof, Saule, Bernard Yerlès, Mustii, Guillermo Guiz, Virginie Hocq, Philippe Geluck,… – parce que ça fait quelque temps que j’ai l’impression de les connaître ; ils font partie de nos vies à tous. " Frappée " d’admiration pour des personnes dont je connaissais moins intimement le travail, lequel est fascinant : le plasticien Johan Muyle, la circassienne Anna Nilsson, la poétesse Lisette Lombé, ou encore cet avocat de Comines-Warneton, passionné de jazz, qui nous a fait découvrir les artistes de sa région…

Parce qu’il faut se souvenir que le principe de l’émission, c’est que chaque invité nous présente trois, quatre, cinq personnes qui l’inspirent, dans quelque domaine que ce soit. Ça nous a permis de rencontrer des personnalités aussi attachantes qu’un croque-mort comédien, un peintre à la bombe, un sculpteur de marbre de Carrare, un vieux danseur sur stilettos, une masseuse, un garde du corps, un marionnettiste, des cinéastes, dessinateurs, musiciens, comédiens – dont un certain Christian Clavier, au détour d’une libraire d’art, à Ixelles.

En résumé, sans vouloir faire ma Micheline Drucker, j’ai été très, très souvent touchée, impressionnée, émue : vraiment. C’est la chance inouïe de ce genre d’émission de rencontres. Les rencontres, c’est le sel de tout, et le poivre, et le piment d’Espelette, et le gras.

Tout le Baz’Art de Lisette Lombé
Tout le Baz’Art de Lisette Lombé

Outre Tout le Baz’Art, quelles sont tes autres casquettes et projets ?

Tout le Baz’Art, c’est un rythme bimensuel. Je contribue à la préparation de l’émission, et au montage a posteriori ; ce qui me laisse le temps d’écrire et enregistrer l’agenda culturel quotidien de La Une, la petite capsule "Alors on sort ?", diffusée juste après le "13h" et juste avant le "19h30" : c’est une position stratégique, idéale pour donner envie aux spectateurs de "consommer de la culture". On sait bien que les artistes n’ont jamais eu autant besoin que soient mises en lumière leurs créations, donc je suis fière d’y participer modestement. Les cinq capsules de la semaine sont ensuite montées en une compilation diffusée le samedi, que je présente depuis le très télégénique Design Museum situé au pied de l’Atomium.

Jérôme Colin a aussi la gentillesse de me demander, depuis quelques années, de participer à sa merveilleuse émission de radio, "Entrez sans frapper" : toutes les deux semaines, je suis une des gladiatrices de sa "Bagarre dans la discothèque", et j’écris aussi pour lui une chronique linguistico-foutraque, subtilement intitulée "Lalalangue" (ma mère pense mordicus que je devrais faire éditer tous mes petits textes ; moi je m’amuse surtout dans la matière des mots, que j’aime depuis toujours – j’ai étudié la "philologie romane", parce que j’avais ce boentje pour la langue française, ses chausse-trapes, ses errements, et les inépuisables mélodies qu’on peut composer sur la base de quelques centaines de mots).

Outre ces rendez-vous récurrents, j’ai la chance d’animer de temps en temps de fort jolis événements, tels que la "Fête de la musique", ou le grand prime de Noël "Alors on sort", que co-présentait Adamo en décembre dernier, et où se sont enchaînés des artistes belges sensationnels.

Tu deviens ainsi l’ambassadrice de la culture sur La Une. Un rôle qui te ressemble ?

Ce qui me ressemble, c’est d’admirer. C’est ce que je dis tout le temps : je crois que c’est dans la discipline "admiration" que je suis le plus douée. J’envisage mon métier comme un simple travail de médiation, entre un artiste et le public. Je ne suis pas mue par le besoin maladif d’être vue, ni de faire des pirouettes rigolotes devant la caméra ; je tente simplement de rester spontanée, face à des artistes qui m’inspirent des joies profondes et des fascinations sincères.

La culture et l’art font-ils partie de ton quotidien ?

Je ne voudrais pas avoir l’air d’être ce que je ne suis pas ! En "temps de paix", je ne passe pas tous mes loisirs au théâtre et au musée. Je cours beaucoup, grâce à mes nombreux plaisirs professionnels et mes obligations parentales (ou l’inverse ?). Cependant je lis avec gourmandise, j’aime flâner parmi des œuvres, et je dessine un tout petit peu quand j’ai une bribe de temps (c’est rare) – j’avais fréquenté l’atelier de dessin de La Cambre durant deux ans, après la philologie romane, et depuis lors j’ai l’impression d’avoir quelque chose à faire avec mes doigts, du fusain et du papier.

Donc je "consomme" avec modestie ; mais j’ai hérité de mes parents le goût de la culture, et celui d’en parler, sans complexes, même si je ne suis " spécialiste " en rien !

Ce qui me paraît important, vis-à-vis du public de La Une, c’est de persister à aborder tous les sujets culturels avec simplicité, en posant des questions parfois naïves qui permettent de démythifier certains domaines qui pourraient sembler plus pointus. Et comme je suis naturellement naïve, ça se passe plutôt bien.

Quelles sont les rencontres futures que tu rêverais de faire dans tes prochaines émissions ?

Il y en a un million ! C’est la culture belge qui est au centre de mon travail, alors je choisis : Yolande Moreau, Damso, François Damiens, Loïc Nottet, Amélie Nothomb, Virginie Efira, Alex Vizorek, Noé Preszow – j’en passe de toutes les formes et de toutes les couleurs… Le vivier est riche ; et l’avantage de "Tout le Baz’art", c’est que, puisque l’émission consiste en une espèce de carte blanche artistique, on redécouvre nos invités par la bande (par la bande d’amis), à la faveur des coups de cœur qu’ils partagent avec nous.

Comment rendre la culture populaire ?

Je n’ai pas envie d’avoir l’air atrocement présomptueuse, mais je crois qu’une émission comme "Tout le Baz’art" répond très exactement à cette question ! Parce que, grâce à nos invités plutôt connus, on part à la rencontre d’artistes qui ne bénéficieraient pas forcément d’une exposition médiatique (je pense à un galeriste photo, à un sculpteur hainuyer, à un dessinateur de BD gaumais, à une activiste du quartier Saint-Léonard à Liège…) ; mais comme on les découvre par le truchement d’une figure (plus ou moins) populaire, ça fluidifie complètement l’appréhension de leurs univers respectifs. Il est très rare, dans mon expérience, qu’un domaine artistique reste obscurément hermétique, pour autant qu’on ait affaire à un transmetteur désireux de toucher le grand nombre.

Un bon exemple, c’était, durant la diffusion des petites "Bulles de Tout le Baz’art" (une adaptation de l’émission en capsule quotidienne, l’été dernier), le choix de Plastic Bertrand de nous faire rencontrer Sasha Drutskoy, un peintre d’origine russe exposé à La Louvière… Là, je me dis qu’on remplit vraiment notre mission d’offrir à notre public de la découverte, sous l’agréable patronage d’une personnalité charismatique.

Voilà, j’insiste : je mesure ma chance de présenter un aussi joli programme, léger et profond, cervelle et papillon !

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