Joe Biden vs Donald Trump : portraits croisés des candidats de la prochaine élection présidentielle américaine

Joe Biden vs Donald Trump : portraits croisés des candidats de la prochaine élection présidentielle américaine.
06 juin 2020 à 14:18 - mise à jour 06 juin 2020 à 14:18Temps de lecture4 min
Par Johanna Bouquet avec AFP

Cette fois c’est officiel, Joe Biden est le candidat démocrate désigné qui affrontera Donald Trump pour l’élection présidentielle 2020. Il vient de franchir le cap des 1991 délégués pour lui assurer sa nomination.

Plus que jamais, dans le contexte actuel, c’est une élection dans une Amérique polarisée qui s’annonce. Pour Donald Trump, Joe Biden est un "endormi" qui est en politique depuis un demi- siècle et qui n’a rien fait. Pour son adversaire, Donald Trump est celui qui détruit l’âme de l’Amérique.

Et alors que des manifestations ont éclaté dans l’ensemble du pays à la suite de la mort de George Floyd, les Américains sont nombreux à réclamer un changement en profondeur de la société.

A eux à deux, les candidats ont 150 ans (Joe Biden à 77 ans et Donald Trump en 73 ans).

Ce sera donc un combat entre seniors pour l’Amérique de demain.

Des candidats que tout oppose

Joe Biden et Donald Trump sont tous deux des hommes, blancs, septuagénaires. Voilà pour les ressemblances. Pour le reste, les deux candidats ne pourraient pas être plus opposés.

L’un n’avait jamais fait de politique avant de défier tous les pronostics et de s’installer dans le bureau ovale pour quatre ans. C’est un businessman qui a hérité de la fortune familiale et qui est accessoirement une star de la téléréalité.

Son adversaire, c’est la troisième fois qu’il tente sa chance à l’investiture démocrate. Et il le sait, c’est sûrement sa dernière chance d’accéder à la fonction suprême. Joe Biden est issu d’une famille d’ouvriers et c’est une figure de la scène politique américaine. Il a été le vice-Président de Barack Obama en 2008 et il le restera aussi pendant son deuxième mandat. Il a été sénateur du Delaware pendant 36 ans.

Le programme du candidat démocrate repose notamment sur la question de la sécurité sociale et la régularisation des armes à feu. Or, Donald Trump a toujours soutenu une version extensive du port d’arme. On se souvient quand, lors de la fusillade d’une école à Parkland, en Floride, il appelait à armer les professeurs. Et surtout, le président actuel des Etats-Unis s’est efforcé, dès son arrivée au pouvoir à détricoter l’Obamacare (système de sécurité sociale mise en place pendant le mandat de Barack Obama).

"Il s'agit vraiment de deux types de leaderships", analyse Capri Cafaro, ancienne parlementaire démocrate et experte de l'American University.

Après on sait aussi que lors d’une campagne présidentielle, l’argent est très certainement le nerf de la guerre et d’autant plus aux Etats-Unis. Pour l’heure, le budget dont dispose Donald Trump est bien plus supérieur à celui de son opposant. Mais il faut aussi rappeler que Joe Biden a déjà du débourser une certaine somme pour la campagne des primaires démocrates. Une enveloppe que n’a pas eu à débourser l’actuel locataire de la Maison blanche, puisqu’il est candidat à sa propre réélection.

Contexte explosif

Si du côté des républicains Donald Trump bénéficie encore du soutien de son parti, on ne peut pas dire que Joe Biden fasse l’unanimité dans son camp. Il avait soutenu l’intervention en Irak en 2003, il était proche des sénateurs pro-ségrégationnistes dans les 1970, selon l’AFP et il est jugé beaucoup trop modéré par une frange de son parti qui en appelle à des politiques plus axées à gauche, notamment les partisans de Bernie Sanders.

Mais le contexte actuel pourrait redonner des couleurs à Joe Biden. La crise du coronavirus a plongé la première puissance mondiale dans le chaos, révélé les inégalités d’accès aux soins de santé, notamment dans les populations noires, et fait que des millions de personnes se sont retrouvées au chômage du jour au lendemain. Dans la gestion de la crise, et surtout dans le retard et l’obstination de Donald Trump à n’y voir qu’une "grippette", le président est pas mal critiqué.


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Et désormais, c’est tout un pays qui manifeste contre les discriminations raciales depuis le décès de George Floyd, un Afro-américain de 36 ans.

"La question du racisme et de la justice étaient déjà bien avant vouées à être au cœur de la campagne", affirme Hakeem Jefferson, politologue à l'université de Stanford. Et ce car "Donald Trump est arrivé au pouvoir en soufflant sur les peurs raciales".

Là-dessus était venue s'ajouter la crise du Covid-19 qui a tué de façon disproportionnée les Afro-américains. "Je ne crois pas qu'on aurait pu être plus en colère", confie ce professeur noir à l'AFP.

Si les deux rivaux présidentiels ont chacun dénoncé l'homicide de George Floyd, leurs réactions ont été sur le reste aux antipodes. 

Donald Trump s'est présenté en président déterminé à restaurer l'ordre, quitte à recourir à l'armée, face à un Joe Biden connu pour son empathie, qui accuse son rival d'avoir transformé les Etats-Unis en un "champ de bataille" et promet de tout faire pour "guérir les blessures raciales".

Affaire ukrainienne et procédure de destitution

Un des éléments qui participera aux très certainement au débat de cette élection, c’est aussi l’affaire ukrainienne qui a bien failli coûter son poste à Donald Trump. Et qui ne concernait nul autre que la famille Biden.

Une affaire qui avait pris une telle ampleur qu’elle avait poussé les démocrates à lancer une procédure de destitution contre Donald Trump.

Petit rappel du contexte : un lanceur d’alerte, membre des services de renseignement américain dévoile un coup de téléphone particulier que le président Trump aurait donner au tout jeune et fraîchement élu président ukrainien Volodymyr Zelenski. Il lui aurait demander de mener une enquête sur les activités du fils de Joe Biden, Hunter. Le problème c’est qu'à cette requête, Trump assorti l’octroi ou non d’une aide militaire de 250 millions de dollars.

Au cours de cette campagne, on risque bien de voir les deux hommes s’écharper sur cette affaire qui les a touchés tous deux personnellement. L’un car elle s’attaquait à sa famille, l’autre qui a dû subir l’humiliation d’une procédure de destitution.