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JO d'hiver - Pékin 2022

JO Pékin 2022 : parti de rien, le biathlon belge force désormais le respect au niveau international

Florent Claude sur le pas de tir de Pokljuka
04 févr. 2022 à 14:00Temps de lecture7 min
Par Giovanni Zidda

Avec 5 athlètes présents aux JO d’hiver de Pékin 2022, le biathlon est le sport le mieux représenté au sein d’une délégation belge qui a envoyé 19 athlètes en Chine. Dans un pays qui n’est pas particulièrement adapté à la discipline (Ski de fond + tir à la carabine, pour ceux qui ne connaissent pas) et où la concurrence est redoutable, on pourrait presque parler de prouesse. Surtout quand on sait que le biathlon n’existait pratiquement pas dans notre pays il y a à une vingtaine d’années. Focus sur ce sport où la Belgique a désormais son mot à dire.

Le biathlon, un sport sans tradition belge où il est difficile d’émerger

Le(s) tir(s) couché et le(s) tir(s) debout peuvent renverser le classement à tout moment
Le(s) tir(s) couché et le(s) tir(s) debout peuvent renverser le classement à tout moment AFP or licensors

Une 9e et une 11e place. Voici les meilleurs résultats obtenus par un athlète belge cette saison en Coupe du monde de biathlon. Des performances signées par notre fer de lance Florent Claude qui pourraient paraître anonymes mais qui sont en réalité loin d’être médiocres.

"Pour le spectateur belge, un top 10 ou un top 15, c’est sans doute difficile à apprécier", admet Frédéric Lahaye-Goffart, pionnier de la discipline en Belgique et consultant biathlon de la RTBF.

"Des gars qui peuvent monter sur le podium, il y en a quasi 50. La frontière est fine entre un Top 5 ou une 40e place. Le biathlon est un sport où il y a une densité énorme. Et puis comme je le dis souvent, en biathlon il faut être fort dans trois sports. D’abord en ski de fond et au tir, où il faut des qualités diamétralement opposées. Mais aussi et surtout dans l’association des deux. Il faut des années pour trouver un bon équilibre. Cela n’arrive pas fréquemment d’avoir un jour où on excelle dans les trois composantes. C’est ce qui fait la difficulté du sport mais aussi son charme."

C’est énorme d’avoir autant e Belges dans un sport réservé à certains pays. C’est une grande fierté

Frédéric Lahaye-Goffart sait de quoi il parle. Tombé amoureux des sports d’hiver après un voyage en classe de neige, il est le tout premier belge à avoir disputé une épreuve de Coupe du monde. C’était en 1999.

"Je me déplaçais en mobile home pour participer aux compétitions. Je travaillais du lundi au mercredi et puis je partais chercher la neige à travers l’Europe, pour les entraînements et les courses", se souvient ce Huttois, désormais expatrié en Savoie. "Maintenant, ce n’est plus possible de combiner cela avec un travail. Il faut être professionnel et se dédier 100% à ce sport."

Une vie que son fils Tom a choisi de mener. A 26 ans, il disputera ses premiers Jeux Olympiques. Un gamin qui n’en croit toujours pas ses yeux. "Aux Jeux, il y aura toutes les nations historiques du biathlon, avec leur tradition, leur culture et leur budget. Et parmi elles, il y a la Belgique qui saute aux yeux. C’est énorme d’avoir autant de Belges dans un sport réservé à certains pays. C’est une grande fierté", expliquait-il à la RTBF avant les Jeux.

Vivre à l’étranger, indispensable pour un biathlète belge à l’heure actuelle

France : Frédéric Lahaye-Goffart

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Comme Tom Lahaye – Goffart, les 4 autres athlètes belges présents à Pékin n’habitent pas dans le plat pays. "C’est vrai qu’en restant en Belgique, on se complique la vie", avoue Frédéric Lahaye-Goffart.

Florent Claude – Français naturalisé belge et prochain adversaire de son frère Fabien (France) à Pékin – s’entraîne entre les Vosges et Grenoble. Né en France d’une maman belge, Cesar Beauvais a lui aussi choisi la Belgique après une première expérience avec les sélections françaises. Toujours résident en France, il s’entraîne dans la région de Megève.

Originaire de nos cantons germanophones, Thierry Langer peut quant à lui profiter des infrastructures allemandes et s’entraîne du côté de Fribourg

Enfin, Lotte Lie, seule dame de l’expédition, s’entraîne dans sa Norvège natale mais représentera bien le pays de sa maman aux JO de Pékin.

Lotte Lie en action à Antholz – Anterselva en Italie
Lotte Lie en action à Antholz – Anterselva en Italie AFP or licensors

Ces cinq athlètes marchent désormais sur les pas de Michael Roesch, ancien médaillé de bronze aux JO avec l’Allemagne (2006) qui avait choisi de défendre les couleurs de la Belgique dès 2012. Une source d’inspiration pour le mouvement du biathlon belge qui avait repris un second souffle, déterminant pour son expansion actuelle.

Si la Belgique a longtemps manqué d’infrastructures, les résultats de nos représentants sur le circuit ont progressivement permis de débloquer de plus gros budgets. Ceux-ci ont d’abord permis aux sportifs de haut niveau de mettre toutes les balles dans leur camp pour rivaliser un temps soit peu avec les nations de référence. Ils ont ensuite permis à la fédération d’aménager une infrastructure dédiée au biathlon à Elsenborn et d’en prévoir bientôt une deuxième sur le site de la Fraineuse à Spa.

"C’est un plus, évidemment. Plus il y a de monde qui s’intéresse au biathlon, mieux ça sera pour la discipline. Si cela peut permettre à des gamins de devenir professionnels, je serai l’homme le plus heureux du monde", admet Frédéric Lahaye-Goffart. "Mais personnellement, je préfère avoir des athlètes déterminés plutôt qu’une infrastructure. L’engagement personnel est à la base de tout. On le voit avec ces athlètes prêts à s’expatrier."

La Belgique sur la carte du biathlon, "c’est devenu un exemple pour beaucoup de pays"

César Beauvais, dans le sillage du Français Quentin Fillon Maillet
César Beauvais, dans le sillage du Français Quentin Fillon Maillet AFP or licensors

La détermination et les résultats. C’est ce qui a permis à la Belgique de se forger un nom au fil des années.

"Quand j’ai commencé, on faisait partie de programmes de développement avec des pays exotiques, comme le Brésil par exemple", se souvient encore Lahaye-Goffart.

"Désormais, cela fait quelques années qu’on nous prend vraiment au sérieux. Des pays comme la Norvège ou la Russie ne nous prennent plus de haut. On est de moins en moins exotiques. En France notamment, où on existe aussi médiatiquement. Et d’ailleurs, on partage nos moyens avec l’équipe de France. Régulièrement, des techniciens belges préparent les skis des Français, la meilleure nation au monde avec la Norvège."

Cette touche noire-jaune-rouge dans le monde du biathlon ne suscite pas uniquement l’attention de nos voisins français. En Italie aussi, les résultats belges forcent le respect.

"J’admire ce que la Belgique est en train de faire ces dernières années", nous confie Massimiliano Ambesi, un des plus grands spécialistes des sports d’hiver en Europe et commentateur du biathlon pour Eurosport Italie depuis plus de 20 ans.

"Je suis très frappé quand je vois que la Fédération parvient à attirer certains athlètes qui avaient débuté leur carrière à l’étranger (NDLR : Santer, Roesch puis Claude, Lie, Beauvais). Cela veut dire que la Fédération travaille bien et a développé des arguments pour les attirer. Je suis assez bluffé par ce que la Belgique a été capable de faire.

Le fait que la Belgique ait un handicap par rapport à d’autres nations (concernant la pratique du sport d’hiver) mais qu’elle puisse tout de même obtenir de bons résultats, c’est vu positivement à l’étranger. Je dirais même que c’est un exemple pour beaucoup de pays."

 

Ambitions belges à Pékin : "Pas à l’abri d’un coup d’éclat" avec Florent Claude

Florent Claude en action à Rupholding
Florent Claude en action à Rupholding © Tous droits réservés

Que peut-on donc raisonnablement attendre des athlètes belges à Pékin ? "Il y a tellement de facteurs et le vent est tellement imprévisible. On n’est pas à l’abri d’un coup d’éclat", prévient Frédéric Lahaye-Goffart. Celui-ci peut surtout venir de Florent Claude, notre meilleur représenté.

Engagé sur l’individuel (20 km), sur le sprint (10km) et éventuellement la poursuite et la mass – start (courses pour lesquelles il faut se qualifier), le plus grand des frères Claude a le potentiel pour jouer les trouble-fêtes dans le top 10, non loin du podium, un objectif qui n’est jamais inaccessible vu la densité du niveau.

"Je pense être au meilleur niveau de ma carrière. Avec le vent (qui complique les sessions de tir et donne lieu à des pénalités en cas d’erreur) tout est possible", positive Claude, conscient que si les planètes s’alignent, le podium n’est pas un mirage. "Par contre, il faudra aussi accepter si ça se passe moins bien pour ces mêmes raisons" ajoutait-il au micro de la RTBF quelques jours avant de partir pour Pékin.

Pour les autres Belges, ce sera plus compliqué en individuel. Chez les dames, Lotte Lie peut graviter de manière assez stable autour de la 15e place. Pour Thierry Langer, Cesar Beauvais et Tom Lahaye-Goffart, l’objectif sera plutôt de figurer parmi les 60, voire les 40 premiers.

"Quand un Belge avec ses moyens passe le cut des 60 premiers, c’est déjà un bon résultat, une performance. Parvenir à être dans les points (40 premiers) c’est le fruit d’un énorme travail", rappelle encore Frédéric Lahaye-Goffart.

Le relais en point d’orgue avec l’interrogation Langer

Thierry Langer (à l’avant-plan), premier relayeur à Pokljuka, la saison dernière.
Thierry Langer (à l’avant-plan), premier relayeur à Pokljuka, la saison dernière. AFP or licensors

Le 3/4 de l’équipe masculine – qui veut également bien figurer en individuel – est surtout focalisé sur le relais, "le grand objectif de la fédération".

"C’est possible de créer le trouble. On peut valoir un top 8", estime Florent Claude, inquiet pour le retour de blessure de son équipier Thierry Langer. "Avec cette blessure, nous sommes dans l’incertitude", reconnaît-il.

Victime d’une fracture au pied récemment, le skieur germanophone a serré les dents pour être présent à Pékin. Lui qui avait montré un excellent niveau de ski la saison dernière et avait conquis un beau top 15 en Coupe du monde. "Je suis prêt pour skier mais c’est limite niveau timing. J’ai beaucoup travaillé pour compenser mon incapacité de skier ces dernières semaines. j’espère que cela portera ses fruits", expliquait le Germanophone à la RTBF une semaine avant le début des Jeux.

"Ce serait une consécration d’aller chercher un top 10. Le top 15 c’est quelque chose qui est dans nos cordes si on fait ce qu’on a à faire", ajoute César Beauvais.

"Le top 15, c’est le minimum syndical", confirme Tom Lahaye-Goffart. "Le Top 10 ou le TOP 8, c’est un rêve. On en est capables en fonction des opportunités qui s’offriront à nous (comprenez, si les adversaires laissent une porte ouverte avec trop d’erreurs au tir)."

Conscients de leurs limites, la plupart des biathlètes belges veut repartir de Pékin avec le sentiment du devoir accompli et surtout avec un bagage d’expérience utile pour encore progresser dans les prochaines années.

"Nous devons encore acquérir un certain état d’esprit que d’autres nations ont déjà. Pour cela, c’est indispensable de pouvoir continuer à côtoyer des champions", conclut Tom Lahaye-Goffart.

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