Sous couverture

Jean-Pierre Gibrat : La BD, c’est comme une chanson, on doit être concis, elliptique et on n’a pas droit à l’erreur

Jean-Pierre Gibrat entouré de Thierry Bellefroid et de Lucile Poulain sur le plateau de "Sous Couverture"

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25 nov. 2022 à 12:00 - mise à jour 27 nov. 2022 à 08:25Temps de lecture3 min
Par Sous Couverture

Une fois n’est pas coutume, place à la BD dans cette dernière émission de novembre dans Sous Couverture. Thierry Bellefroid et Lucile Poulain reçoivent en effet, le dessinateur et scénariste Jean-Pierre Gibrat qui vient leur présenter le sixième tome de Mattéo (Ed. Futuropolis), cette saga commencée en 2008 où il suit le parcours d’un personnage élevé dans le pacifisme qui va participer à tous les conflits majeurs du début du siècle dernier.

"Mattéo"- Tome 6 de Jean-Pierre Gibrat. Ed Futuropolis

En 1914, Mattéo est le fils d’un réfugié espagnol anarchiste et en tant que tel, n’est pas mobilisé. Cependant, il voit bien que sa condition d’homme à qui on a offert le gîte et qui est exempté des obligations militaires quand les choses deviennent difficiles, attire un début d’hostilité de la part de la population. En outre, il est amoureux d’une jeune fille qui n’a d’yeux que pour un aviateur. Avec une telle aura qu’à côté, on paraît bien piètre. Pour gagner l’estime de sa belle, Mattéo prend conscience qu’il doit prendre des risques et participer également à la reconquête de l’Alsace-Lorraine.

Mattéo raconte la destinée singulière d’un homme qui, de 1914 à 1940, de la guerre de 14 à la Seconde Guerre mondiale, en passant par la révolution russe, le Front Populaire et la guerre d’Espagne, traverse époques tumultueuses et passions exacerbées.

J’ai une espèce de conviction sourde que les grandes décisions qu’on peut avoir dans sa vie, et en particulier dans des moments cruciaux comme par exemple, en 40-42, on devient résistant ou on reste chez soi, ou on reste observateur. C’est lié évidemment à une prise de conscience de l’événementiel, de ce qui se passe autour de vous, mais c’est lié aussi à l’affect […] Pour moi l’affect a toujours une importance qui n’est jamais mise en avant, mais qui est quelquefois majoritaire dans la décision.

A quoi tient le destin de quelqu’un ?

Le jeune Jean-Pierre suit des études sans histoire et se découvre un vrai goût pour le dessin et l’histoire mais les matières littéraires laissent à désirer. Il passe tout de même son bac philo et entame des études en art plastique et dessin publicitaire. Il se lance rapidement dans la bande dessinée mais ne se fait pas confiance pour raconter des histoires. Il travaille donc avec des scénaristes et notamment à Jackie Berroyer qu’il rencontre fin des années 70.

Ce n’est qu’une vingtaine d’années plus tard, alors qu’il ne trouve pas de projet intéressant, qu’il se met à raconter ses propres histoires… Son premier album solo Le Sursis sort en 1997, se vend à 500.000 exemplaires et le fait connaître du grand public.

En fait, quand vous racontez vos propres histoires, tout va dans le même sens et tout devient plus puissant, plus juste.

Depuis, Jean-Pierre Gibrat n’est plus un extraordinaire dessinateur, il est aussi un grand scénariste. Il a d’ailleurs été récompensé du Prix du dessin d’Angoulème en 2006 pour Le Vol du corbeau.

Dans la bande dessinée, on ne dispose pas de la place qu’on peut avoir dans un roman. J’enfonce une porte ouverte en disant cela, mais c’est pour expliquer pourquoi je compare plus facilement une bande dessinée avec une chanson. On doit être concis, elliptique et on n’a pas le droit à l’erreur. C’est passionnant

Malgré l’avènement du numérique, Jean-Pierre Gibrat continue à travailler en couleurs directes et il lui faut une dizaine de jours rien que pour le dessin et la couleur d’une planche. Les férus de BD ne s’y trompent d’ailleurs pas puisque ses planches originales sont très prisées sur le marché de l’art. En 2014, un immense dessin de Jean-Pierre Gibrat s’est ainsi envolé à 67 000 euros chez Christie’s et l’une des plus belles planches de sa série Le Vol du corbeau est partie le même jour pour 26 000 euros.

Envie d’en savoir plus sur cet auteur polymorphe qu’est Jean-Pierre Gibrat ? Rendez-vous ce dimanche 27 novembre à 22h55 sur La Trois en compagnie de Thierry Bellefroid et Lucile Poulain dans Sous Couverture !

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