RTBFPasser au contenu

Belgique

Jean-Marc Nollet (Ecolo) à Jeudi en Prime : "En 20 ans, aucun gouvernement n’a remis en cause la sortie du nucléaire en 2025"

Jean-Marc Nollet (Ecolo) à Jeudi en Prime : "En 20 ans, aucun gouvernement n’a remis en cause la sortie du nucléaire en 2025"
02 déc. 2021 à 20:46 - mise à jour 02 déc. 2021 à 20:495 min
Par Jean-François Noulet

Jean-Marc Nollet, co-président d’Ecolo, était l’invité de Jeudi en Prime, sur la Une, après le Journal Télévisé. Son parti est membre des différentes coalitions au pouvoir au Fédéral, en Région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles.

A la veille d’un nouveau Comité de concertation, l’avis du co-président d’Ecolo a été sollicité sur la crise sanitaire et la gestion de cette dernière.

Il était aussi interrogé sur la question nucléaire, alors que le gouvernement fédéral doit, en cette fin d’année, confirmer ou pas la fermeture des réacteurs nucléaires. L’arrêt du nucléaire belge comme moyen de production d’électricité avait été mis sur les rails en 2003 alors qu’Ecolo faisait partie du gouvernement fédéral.

Ecole, Horeca ? Au Codeco, il faudra "des mesures équilibrées"

A la veille d’un Comité de concertation convoqué en urgence, le troisième "Codeco" en quelques jours, Jean-Marc Nollet, le co-président d’Ecolo justifie cet enchaînement. "La situation est difficile", "les gens sont à bout, sont fatigués, on les comprend", mais le virus est plus fort que prévu, explique-t-il. Les chiffres de l’épidémie ne sont pas bons et les deux précédents Comités de concertation n’ont pas pu, selon le co-président d’Ecolo, le prévoir. "Ce n’était pas aussi évident que ça, et notamment auprès des jeunes publics", précise Jean-Marc Nollet, faisant référence à l’augmentation du nombre de cas de contamination chez les plus jeunes.

Il justifie aussi les décisions prises lors des deux précédents Comités de concertation. "On essaye toujours de ne pas prendre des mesures inutiles. Fermer un secteur, c’est sanctionner des familles qui sont derrière", précise-t-il.

A quels secteurs le Codeco de ce vendredi doit-il toucher ? Les experts du GEMS, dans leurs recommandations, ont visé les écoles, l’Horeca, les activités intérieures, notamment. Jean-Marc Nollet préfère ne pas s’avancer avant que le Codeco ne décide demain. Cependant, pour lui, "il faut des mesures équilibrées. On a préservé l’école jusqu’à présent, on sent qu’il y a des choses qui doivent se jouer de ce côté-là, aussi. L’Horeca est un secteur qui a déjà énormément payé. Il faut aussi prendre ça en considération", explique-t-il.

Pour le co-président d’Ecolo, il est important que "les secteurs essentiels puissent continuer à vivre".

Pour Jean-Marc Nollet, il serait temps d’investir dans les soins de santé

Pour le co-président d’Ecolo, il est aussi important "d’entrer dans une phase où l’investissement dans les hôpitaux est croissant". Parce que pour lui, "une des raisons pour lesquelles on est en difficulté aujourd’hui, c’est parce qu’il y a un nombre limité de lits en soins intensifs", souligne Jean-Marc Nollet. 

Manque de lits, manque de personnel aussi. "La revalorisation salariale des infirmières et infirmiers, l’engagement de soignants aussi, la capacité pour les hôpitaux d’accueillir en soins intensifs, remettre en question des limitations semble plus que nécessaire", ajoute Jean-Marc Nollet.

L’éclatement des compétences n’a rien arrangé…

En réponse aux critiques de l’opposition qui s’interroge sur la présence d’un capitaine à la tête du gouvernement, Jean-Marc Nollet rassure. "Il y a clairement un capitaine, c’est le Premier ministre", dit-il. En revanche, le co-président d’Ecolo souligne "la difficulté institutionnelle en Belgique", avec "l’éclatement des compétences".

De ce point de vue là, chez Ecolo, on plaide pour "un renforcement des capacités d’action du pouvoir fédéral, notamment en période de crise".

Sortie du nucléaire : "J’en appelle à la réalisation de l’accord de gouvernement"

Ce vendredi 3 décembre, le gouvernement fédéral se penchera aussi sur la question nucléaire. Conformément à l’accord de gouvernement, la ministre de l’Energie a été chargée d’étudier les conséquences de la fermeture des centrales nucléaires sur la sécurité d’approvisionnement du pays et sur les prix pour les clients.

"Deux questions étaient posées. Il y a deux réponses qui sont amenées", résume Jean-Marc Nollet. En cas d’arrêt des réacteurs nucléaires, pour la sécurité d’approvisionnement, "il y aura de quoi avoir de l’électricité dans les usines, les entreprises et les familles", répond Jean-Marc Nollet. Quant au coût pour les consommateurs, il y aura "un maximum par ménage, par an de 15€", complète le co-président d’Ecolo.

En revanche, pour lui, l’autre scénario, celui où le nucléaire resterait une option via la prolongation de deux réacteurs, "vous avez entendu les responsables d’Engie (le gestionnaire des centrales), ils vont faire augmenter les prix. Ils ont besoin d’investissements, il faudra gérer les déchets", avertit Jean-Marc Nollet.

Et donc, pour le co-président d’Ecolo, "le gouvernement est en capacité de décider politiquement".

Dans la majorité, la sortie du nucléaire ne semble pas aujourd’hui faire l’unanimité. Le MR et son président Georges-Louis Bouchez reprochent à la ministre de l’Energie de ne pas avoir aussi investigué la piste d’une prolongation des réacteurs nucléaires. Pour Jean-Marc Nollet, l’accord de gouvernement était clair, "Fin novembre, un rapport devait avoir analysé les deux questions (prix et approvisionnement)". Dans ce contexte, "les réponses sont apportées et j’en appelle à la réalisation de l’accord de gouvernement. Cet accord dit que s’il y a une réponse positive à la demande sur le prix et à la demande sur la sécurité d’approvisionnement, la loi sur la sortie du nucléaire reste telle qu’elle", estime Jean-Marc Nollet.

Quant au président du MR, Georges-Louis Bouchez, "où est son alternative ? Quel est son partenaire industriel ?", se demande le co-président d’Ecolo. "Il se prend pour qui, il n’est pas l’actionnaire de cette entreprise ?", ajoute Jean-Marc Nollet, en référence à Engie, le gestionnaire des réacteurs nucléaires belges.

Du côté du MR, on épingle aussi la production de CO2, puisque des centrales au gaz seront construites pour garantir l’approvisionnement en électricité, une fois le nucléaire à l’arrêt. "C’est totalement malhonnête", rétorque Jean-Marc Nollet, qui ressort le programme électoral du MR de 2019. "Ce programme prévoyait la construction de neuf centrales au gaz. Et aujourd’hui la ministre Verstraeten réussit à réduire ce besoin à deux centrales, et le président du MR qui proposait neuf centrales aux élections aurait un problème ?", s’étonne et s’interroge Jean-Marc Nollet.

Et les nouveaux réacteurs nucléaires ?

En début de semaine, le Premier ministre, Alexander De Croo estimait qu’il fallait laisser la porte ouverte aux nouvelles technologies et décider, en matière de production énergétique, avec un horizon de 30 ou 40 ans. Comme le fait la France et comme le font d’autres pays, la Belgique devrait-elle se tourner vers la construction de nouvelles centrales, plus petites et plus performantes ?

Face à l’enjeu climatique et à celui de la transition, "il ne faut, a priori, fermer aucune porte", estime Jean-Marc Nollet. Il ajoute cependant, qu’il y a d’autres technologies envisageables telles que la géothermie profonde ou la force marémotrice. "Les nouvelles technologies, ce ne sont pas que les technologies nucléaires", précise-t-il. Les solutions sont à examiner "à condition de maîtriser le coût, d’être certain qu’il n’y ait pas de risques, qu’il n’y ait pas de déchets et qu’on puisse les réaliser dans des temps utiles et pour le nouveau nucléaire, ce n’est pas avant 2040", détaille Jean-Marc Nollet qui "rêve de solutions sans aucuns déchets", en gardant l’objectif de "100% renouvelable en 2050".

Depuis 2003 et le vote de la loi sur la sortie du nucléaire, près de 20 ans se sont écoulés. Cela a retardé la transition écologique souhaitée par les Verts à l’époque, mais rappelle Jean-Marc Nollet, "en 20 ans, aucun gouvernement, il y en a eu six, n’a remis en cause la sortie (du nucléaire) en 2025. Jamais on a changé la date finale", conclut Jean-Marc Nollet.

Jeudi en Prime

Jean-Marc Nollet - Co-président d'Ecolo

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Articles recommandés pour vous