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Jean-François Kahn à propos de Nicolas Sarkozy: "Il est dans la merde"

Jean-François Kahn à propos de Nicolas Sarkozy: "Il est dans la merde"
23 avr. 2012 à 07:06 - mise à jour 23 avr. 2012 à 10:123 min
Par Céline Biourge

"Il (Nicolas Sarkozy, ndlr) ne peut pas gagner, ce n'est pas jouable", s'exclame Jean-François Kahn. Il faudrait "un cataclysme" pour qu'il réussisse.

D'abord et surtout parce qu'il est devenu l'"otage de (Jean-Luc, ndlr) Mélenchon", le candidat d'extrême-gauche. "Il va devoir faire une campagne encore plus à droite et du coup, il va perdre l'électorat de (François, ndlr) Bayrou", le candidat centriste du Modem. Ensuite parce que Marine Le Pen "veut la mort de l'UMP", "elle fera tout pour les faire battre". Et le journaliste à la retraite d'ajouter que parmi les votes de l'extrême-droite, "il y a un vote de rage qui n'ira jamais sur la droite bourgeoise".

En d'autres termes, même si la majorité des personnes qui ont voté Marine Le Pen vote pour Nicolas Sarkozy au second tour, cela ne dépassera pas 55% et donc "ce n'est pas jouable", dit-il.

José-Alain Fralon estime lui qu'il faudrait "un miracle" pour qu'il passe au second tour.

Car "la base est anti-Sarkozy", ajoute Jean-François Kahn qui s'est présenté aux élections européennes pour le Modem de François Bayrou. D'ailleurs, "(François, ndlr) Bayrou ne va pas annoncer de voter Sarkozy, plutôt (François, ndlr) Hollande, mais peut-être personne", dit-il.

"Il est dans la merde, voilà la vérité", conclut-il.

"Le problème c'est Sarkozy"

"C'est un échec personnel de Sarkozy, plus de Sarkozy que de la droite, c'est la personne de Sarkozy qui a subi un échec terrible", explique Jean-François Kahn. "Il a fait toute une campagne axée complètement sur la récupération des voix du Front National (...) elle n'a pas empêché que ce cri de rage, que j'appelle plutôt un vote crachat, aille vers Marine Le Pen".

Pour José-Alain Fralon, c'est vraiment la personne qui pose problème. "Il est temps que Nicolas Sarkozy s'en aille". Il regrette d'ailleurs qu'il n'y ait pas de proportionnelle comme en Belgique, pour former "un socle", dans lequel on retrouverait François Fillon, François Bayrou et François Hollande, qui "peut faire une équipe gouvernementale sérieuse".

En attendant, il y a deux vainqueurs de cette élection présidentielle, dit-il, et ils sont "antinomiques" : François Hollande et Marine Le Pen.

"Si Sarkozy perd, l'UMP éclate"

Interrogé dans Questions Publiques sur le risque de scission de l'UMP (le parti de Nicolas Sarkozy) en cas de défaite au deuxième tour, Jean-François Kahn déclare ceci : "Si Sarkozy perd, l'UMP éclate certainement".

"Les médias (...) ont été extrêmement conformistes", dit-il, "des choses auraient pu être dites et n'ont pas été dites". Et de prendre en exemple la décision de Nicolas Sarkozy de nommer le président de France Télévisions où "les journalistes auraient dû descendre dans la rue par milliers". "Mais quand il sera battu, tout ce qui a été dit, sera dit, cela va être terrible".

Car beaucoup ont été humiliés, "il a des qualités mais il est très méprisant", surtout avec son entourage. Ces gens "se sont refoulés, ils se sont réfrénés". "Une fois qu'il sera battu (...) il va y avoir un lynchage".

"Il est chiant donc il est pas dangereux"

Jean-François Kahn a entendu quelqu'un dire de François Hollande : "Il est chiant mais il n'est pas dangereux" et  il trouve ça très juste.

"Il était plus dangereux avec (Jean-Luc, ndlr) Mélenchon avec 17-18%", précise José-Alain Fralon. "Ici, il est seul à bord, il fait ce qu'il veut".

"Un duel terrible"

Pour José-Alain Fralon, "le deuxième tour va amener à un duel terrible, dangereux pour l'Europe et la force de la France dans le Conseil européen".

Quant à savoir si la campagne sera agressive, Jean-François Kahn répond ceci : "Je crois qu'il (Nicolas Sarkozy, ndlr") va faire l'erreur du premier tour, c'est à dire qu'alors qu'il avait compris qu'il devait montrer qu'il était un autre, qu'il se transforme, il va montrer qu'il est resté le même avec une campagne droitière, une campagne agressive, une campagne de clivages, une campagne de narcissisme ('Je suis le plus fort donc je vais gagner, l'autre est nul')".

Et celui qui s'énervera perdra, estiment ces deux spécialistes de la politique française qui rappellent la défaite de Ségolène Royale lorsqu'elle s'est emportée face à Nicolas Sarkozy en 2007.

"Là il va s'énerver face à (François, ndlr) Hollande qui va rester sur son nuage donc je crois que la campagne du deuxième tour va être très très difficile pour (Nicolas, ndlr) Sarkozy", déclare José-Alain Fralon.

"Mais c'est catastrophique", ajoute Jean-François Kahn, "cette élection est catastrophique". "C'est ça la conclusion. Moi je ne suis pas content des résultats pour mon pays", surenchérit José-Alain Fralon.

 

C. Biourge

 

La carte de France des résultats.

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