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Jean-Claude Juncker: "Je ne suis pas intéressé par un poste européen"

"J'ai envie de travailler pour le Luxembourg et c'est vrai", a déclaré Jean-Claude Juncker, à qui l'on reproche d'avoir délaissé son pays au profit de l'Europe.

© Thierry Charlier

13 juil. 2013 à 12:40 - mise à jour 13 juil. 2013 à 14:51Temps de lecture3 min
Par AFP

"Je ne suis plus intéressé par un poste européen", a déclaré à la radio luxembourgeoise RTL Lëtzebuerg Jean-Claude Juncker qui a présidé l'Eurogroupe, le forum des ministres des Finances de la zone euro, de 2005 à 2013. Il avait été pressenti en 2009 pour la présidence du Conseil européen, avant d'être récusé notamment par le président français Nicolas Sarkozy. Les mandats du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et du président du Conseil de l'UE, Herman Van Rompuy, se terminent en 2014.

Or Jean-Claude Juncker a reçu récemment le soutien appuyé du Parti populaire européen (PPE), qui regroupe les partis de centre droit européens dont le sien, les chrétiens sociaux (CVS). Il "a toute ma confiance et mon soutien pour les échéances électorales nationales et européennes à venir", a affirmé dans un communiqué Joseph Daul, le président du groupe au Parlement européen. Une déclaration en forme d'ouverture éventuelle vers un poste européen en 2014 pour celui qui avait été pressenti en 2009 pour la présidence du Conseil européen, avant d'être récusé notamment par le président français Nicolas Sarkozy.

Tenté autrefois... mais plus aujourd'hui

Jean-Claude Juncker, 58 ans, a reconnu qu'en 2004 il avait pu être tenté par le poste de président de la Commission européenne puis en 2009 par celui de président de l'UE, mais qu'il n'était depuis lors "plus du tout intéressé par un poste européen". "J'ai envie de travailler pour le Luxembourg et c'est vrai", a-t-il dit. Un des grands reproches qui lui sont faits est d'avoir délaissé son pays au profit de l'Europe, notamment ces dernières années lorsqu'il s'est battu pour sauver l'euro à la tête de l'Eurogroupe.

Le Premier ministre luxembourgeois, dont la responsabilité a été engagée dans un scandale sur les dysfonctionnement du Service de renseignement du pays (SREL), a été contraint jeudi de demander au Grand-Duc Henri, chef d'État du Luxembourg, d'organiser des élections anticipées pour éviter à son gouvernement de démissionner et affronter une motion de censure de son partenaire socialiste.

Jean-Claude Juncker, inamovible Premier ministre luxembourgeois depuis 18 ans, espère pouvoir se succéder à lui-même. Il a été désigné jeudi chef de file du parti chrétien social pour les élections législatives anticipées qui se dérouleront en principe le 20 octobre prochain.

Jeudi soir, le parti des chrétiens-sociaux (CVS), convoqué en congrès extraordinaire, lui a renouvelé sa confiance en le confirmant comme candidat pour rempiler comme chef du gouvernement. "Je ne suis pas puni, donc je veux encore me présenter aux élections", avait-il déclaré dès mercredi soir. "J'ai quelques indications que le parti voudrait me voir me porter candidat", a-t-il insisté jeudi.

Après un conseil de gouvernement dans la matinée, le Premier ministre sortant s'était rendu dans l'après-midi chez le Grand-Duc Henri pour lui demander de dissoudre la chambre des députés et de convoquer des élections anticipées. Le chef de l'Etat "se réserve un délai de réflexion et procèdera à une série de consultations", a indiqué le Palais dans un communiqué à l'issue de la rencontre.

Le ministre de l'Economie a précisé que le Parlement devrait rester en fonction jusqu'au 8 octobre et les élections devraient avoir lieu le 20, sept mois avant l'échéance normale de mai 2014. En attendant, le gouvernement reste en place et le conseil des ministres hebdomadaire aura lieu vendredi comme d'habitude. Au terme d'un débat de sept heures mercredi à la chambre des députés sur sa responsabilité dans un scandale impliquant le service de renseignement, Jean-Claude Juncker avait dû constater que le parti socialiste lui retirait son soutien.

Le site internet du CSV affiche une photo de Jean-Claude Juncker tout sourire avec ce slogan : "Ensemble avec le Premier" ministre.

Au pouvoir depuis... 1944 !

Ce parti de centre droit, au pouvoir sans discontinuer depuis sa création en 1944, à l'exception d'une brève période d'opposition au milieu des années 70, domine la vie politique locale. Avec 38% des voix en 2009, il avait obtenu 26 des 60 sièges de députés, contre 13 pour les socialistes et 9 pour les libéraux. Il devrait donc rester le premier parti du pays.

Une future coalition incertaine

Dès jeudi, Viviane Reding, la grande rivale de Jean-Claude Juncker au sein du parti, qui effectue à Bruxelles son troisième mandat de commissaire européen, a semblé lui faire allégeance en déclarant à l'AFP via sa porte-parole que "Jean-Claude Juncker est la meilleure personne pour diriger notre pays" et qu'elle "espère vraiment qu'il sera la tête de liste du parti pour les prochaines élections".

L'incertitude règne davantage sur la future coalition : les chrétiens-sociaux vont-ils repartir avec leur traditionnel allié socialiste, ou tenter une nouvelle configuration avec les libéraux, avec lesquels ils ont déjà gouverné entre 1999 et 2004 ? De leur côté, les socialistes pourraient tenter une nouvelle coalition à trois avec les libéraux et les Verts pour chasser les chrétiens-sociaux du pouvoir.

AFP

 

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