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"Je suis le putain de président, emmenez-moi au capitole!" : que retenir des auditions de la commission d’enquête sur le 6 janvier 2021 ?

29 juin 2022 à 16:20Temps de lecture6 min
Par Daphné Van Ossel

"I’m the fucking president, take me up to the Capitol". "Je suis le putain de président, emmenez-moi au Capitole". Ces mots, Donald Trump les a prononcés, selon une ancienne collaboratrice de la Maison Blanche Cassidy Hutchinson, alors qu’il tentait d’arracher le volant de son véhicule à un agent des services secrets.

Ils résument bien le contenu des auditions tenues publiquement par la commission d’enquête de la Chambre des représentants sur l’assaut contre le Capitole, le 6 janvier 2021.

Un cocktail ahurissant de mégalomanie, d’entêtement et de violence qui esquisse le portrait d’un ancien président des Etats-Unis bien décidé à garder le pouvoir.

Chaque audition a connu son lot de révélations, culminant avec le témoignage, ce mardi, de Cassidy Hutchinson. Un témoignage direct de ce qui a pu se passer, et se dire, à l’intérieur de la Maison Blanche le jour de l’attaque du Capitole.

Que retenir de ces auditions ?

Le contexte

Depuis près d’un an, une commission d’enquête parlementaire tente de faire la lumière sur ce qui s’est passé au Capitole le 6 janvier 2021. Elle se compose de 9 élus, 7 démocrates et 2 républicains (rejetés par leur parti), dont Liz Cheney, la fille de l’ex vice-président Dick Cheney.

Depuis le 9 juin dernier, la commission tient une série d’auditions publiques télévisées, au cours desquelles des témoins clés (dont de nombreux républicains) sont interrogés, en direct, ou lors d’entretiens préalables filmés. Chaque séance éclaire un aspect différent de la période agitée qui a suivi l’élection présidentielle de 2020.

Donald Trump tente sans surprise de discréditer les travaux des députés. Son parti a d’ores et déjà promis d’enterrer les conclusions de cette commission s’il venait à prendre le contrôle de la Chambre des représentants lors des législatives de mi-mandat en novembre.

Première audition (9 juin) : "La violence n’était pas un accident"

Dès la première audition, la commission pointe la responsabilité de Donald Trump. "Le 6 janvier a été le point culminant d’une tentative de coup d’État. La violence n’était pas un accident.", affirme Bennie Thompson, Président de la commission d’enquête. "C’était l’ultime effort, la tentative désespérée de Trump de stopper le transfert du pouvoir”, explique Bennie Thompson, Président de la commission d’enquête.

Des images inédites, d’une violence inouïe, de l’assaut du Capitole sont diffusées.

Caroline Edwards, policière du Capitole blessée le 6 janvier témoigne : "C’était une scène de guerre. C’était comme ce qu’on peut voir dans films. Il y avait des officiers à terre, ils saignaient, vomissaient […] Je glissais sur du sang."

Le rôle des Proud Boys, une milice d’extrême droite, est mis en lumière par l’auteur de documentaires Nick Quested, qui dit avoir été choqué par la "colère" présente dans le groupe.

Deuxième audition (13 juin) : "Des conneries"

La commission s’attache à montrer que Donald Trump savait pertinemment que Joe Biden avait bien gagné les élections.

Rudy Giuliani, son avocat personnel, décrit comme ivre par un conseiller du président, l’a conforté dans son obstination mais de nombreuses personnes lui ont expliqué qu’il n’y avait pas de preuve de fraude massive.

Parmi elles, le procureur général de l’époque, Bill Barr. Ce dernier affirme, dans une vidéo retransmise en séance, qu’il a dit à Donald Trump que "soutenir qu’il y a eu des fraudes, c’étaient des conneries." Avant d’ajouter : "Je me suis dit, s’il y croit vraiment, c’est qu’il est détaché de la réalité".

Les députés montrent comment le président et son entourage se sont servis de ces mensonges pour récolter des dons, soit 250 millions de dollars. "Le grand mensonge était aussi une grande arnaque", a fustigé l’élue Zoe Lofgren.

Troisième audition (16 juin) : Une "meute" contre Mike Pence

La commission se concentre sur la pression exercée par Donald Trump sur son vice-président Mike Pence afin qu’il ne certifie pas la victoire de Joe Biden devant le Congrès le 6 janviers 2021.

"Mike Pence a fait preuve de courage, il a dit non et a résisté à la pression de Donald Trump. Nous sommes chanceux qu’il ait eu ce courage. Mais ce celui-ci l’a exposé à un danger immense car Donald Trump a retourné sa meute contre lui", a déclaré le président démocrate de la commission Bernie Thompson.

L’audition du 16 juin montre comment, à travers des coups de téléphone directs mais aussi des tweets, et un discours devant des partisans réunis à Washington, Donald Trump a fait monter la pression sur Mike Pence, dès avant le 6 janvier, l’exhortant à "se battre pour le bien de notre pays".

Un témoin rapport ces propos : "Si tu ne le fais pas, c’est que tu es une mauviette ! Tu n’as pas le courage de prendre une décision difficile".

Dans une lettre publique, le vice-président refuse. Des manifestants pro-trump commencent à se rassembler autour du Congrès. On entend des appels à "pendre Mike Pence".

Il doit être mis à l’abri, le danger est bien réel. Quand le calme revient, il certifie l’élection de Joe Biden.

Quatrième audition (21 juin) : "Je veux juste trouver 11.780 votes"

La commission montre comment Donald Trump a tenté d’envoyer de faux grands électeurs voter pour lui, et comment il a menacé des responsables politiques de Géorgie ou d’Arizona pour qu’ils l’aident à invalider sa défaite. Elle montre aussi les représailles dont ils ont fait l’objet en cas de refus.

"Je veux juste trouver 11.780 votes", a-t-il dit au secrétaire d’Etat de Géorgie Brad Raffensperger. Ce dernier refuse. Son numéro de téléphone est rendu public, il est inondé de messages. Sa femme aussi.

Rusty Bouwers, président de la Chambre des représentants de l’Arizona, explique aussi les conséquences de son refus : des camions diffusent dans son quartier des vidéos l’accusant d’être pédophile et corrompu.

Des citoyens ordinaires ont aussi été victimes des manigances de Trump et de son équipe. Wandrea Moss témoigne lors de cette quatrième audition. Elle et sa mère Ruby Freeman participaient au décompte des votes en Géorgie, le 3 novembre.

Trump et Giuliani l’accusent publiquement d’avoir trafiqué les résultats au bénéfice de Joe Biden. "Ça a chamboulé ma vie. Je ne donne plus ma carte de visite. […] Je ne vais nulle part. J’ai pris environ 20 kilos. Je ne fais plus rien", raconte-t-elle, prise par l’émotion.

Cinquième audition (23 juin) : "Dites juste que l’élection est truquée"

Les députés s’attachent à détailler la manière dont Donald Trump a tenté de mettre au pas le ministère de la Justice, afin qu’il soutienne ses allégations de fraude électorale.

"Le président a dit [à l’ex-procureur général par intérim Jeffrey Rosen] : 'dites juste que l’élection était truquée et laissez le reste entre mes mains et celles des élus républicains'", a expliqué Richard Donoghue, l’ancien procureur général adjoint par intérim, Richard Donoghue.

Face à leur refus d’obtempérer, Donald Trump a voulu nommer un nouveau procureur général, acquis à sa cause. Il a dû reculer face à la menace d’une démission collective.

La commission présente également les preuves que des membres républicains du Congrès ont cherché à obtenir une grâce présidentielle préventive après l’assaut du Capitole. "La seule raison que je connaisse de demander une grâce, c’est de penser qu’on a commis un crime", a déclaré Adam Kinzinger, membre républicain de la commission.

Sixième audition (28 juin) : "J’en ai rien à foutre qu’ils soient armés"

Le témoignage de Cassidy Hutchinson, une ancienne collaboratrice du dernier chef de cabinet de Donald Trump, constitue le point d’orgue de cette série d’audience. Elle a livré son lot de punchlines, et elle tend surtout à montrer que le président savait que les assaillants du Capitole étaient armés, qu’il a demandé que la sécurité soit assouplie et qu’il a essayé de s’y rendre en tentant de s’emparer du volant de sa limousine.

  • "Je suis le putain de président, amenez-moi au Capitole tout de suite" (Donald Trump)

  • "Ça pourrait devenir vraiment très grave le 6 janvier" (Mark Meadows, le chef de cabinet de Donald Trump, quatre jours avant l’attaque du Congrès américain. Ce qui montre que l’exécutif s’attendait à des violences.)

  • "J’en ai rien à foutre qu’ils soient armés, ils ne sont pas là pour me faire du mal” (Donald Trump, quelques minutes avant de les inviter à "marcher vers le Capitole"

La suite : des poursuites judiciaires ? 

D'autres auditions sont encore attendues dans le courant du mois de juillet, mais la question se pose d'ores et déjà : peut-on s'attendre à des poursuites judiciaires à l'encontre de Donald Trump? 

La question de l'inculpation revient, en principe aux autorités compétentes, c'est-à-dire au procureur général Merrick Garland. La commission peut bien entendu transmettre ses preuves à la justice. 

"Le témoignage d'hier lève tout doute sur la responsabilité de Trump dans l'assaut, mais c'est un ancien président, ça ne va pas être simple de le mettre en accusation, analyse Serge Jaumain, professeur à l'ULB et spécialiste des Etats-Unis. D'autant que les élections de mi-mandat arrivent au mois de novembre prochain, les démocrates risquent de perdre leur majorité dans les deux chambres et ce sera d'autant plus difficile. On peut penser qu'il y aura au moins des tentatives visant à entamer des poursuites, mais la perspective qu'elles aboutissent est tout de même limitée.

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