RTBFPasser au contenu
Rechercher

"Je gagne moins qu'au CPAS alors que je travaille 12 heures par jour" : des agriculteurs manifestent contre la réforme de la PAC

Ils sont venus dire leur colère, manifester leur agonie. Devant le Parlement Européen, des dizaines de représentants d'agriculteurs, d'organisations paysannes et d'ONG se pressent, pancartes à la main. Sur l'une d'elles, on peut lire "Une PAC aussi creuse qu'une COP, on n'en veut pas!". Le ton est donné. 

© Tous droits réservés

Simulant l'enterrement de la biodiversité, des manifestants déguisés en abeilles feignent de mourir sous les jets de pesticides, pour protester contre la réforme de la Politique Agricole Commune. 

Cette réforme doit être votée mardi, pour la période 2023-2027. Montant ? 387 milliards d'euros, soit 40% du budget de l'Union Européenne. L'enjeu est donc de taille. 

Mais pour les agriculteurs, l'Europe est loin d'être à la hauteur. Ils reprochent à cette nouvelle mouture de la PAC d'encore et toujours favoriser l'agriculture intensive, accordant des primes selon le nombre d'hectares cultivés. 

"On encourage toujours les plus gros, ceux qui ont le plus de terres"

Agriculteur retraité depuis 6 mois, si Guy Francq se mobilise aujourd'hui, c'est pour ses enfants. "Cette PAC s'annonce dévastatrice (...) On a déjà perdu 70% des fermes depuis 1980. Il est grand temps qu’on remette en place une ferme familiale qui puisse faire vivre décemment une famille" explique celui qui est aussi président du MIG, associations de producteurs de lait belge. 

© Tous droits réservés

"Il faut donner une prime par agriculteur, et pas par hectare" conclut Guy Francq. "Des agriculteurs sont tellement dans la misère qu'ils n'ont plus d'autre choix que de s'enterrer!"


A lire aussi : Des paysans bios à poil à cause de la nouvelle PAC ? "À peu près 80% des aides attribuées au bio vont disparaître"


Parmi les manifestants, Tijs Boelens, lui-même jeune agriculteur, confirme la grande précarité dans laquelle lui et ses collègues vivent. "J’ai une ferme collective avec d’autres jeunes gens. Nous n’avons pas accès à la terre, car mes grands parents se sont tellement endettés qu’ils ont vendu leur champ".

On touche un salaire qui n’est pas digne. Notre horaire est horrible. On travaille 12 heures par jour, 6 jours sur 7.

 Pour gagner combien? "Moins que ce que j'aurais au CPAS" lance Tijs. 

© Tous droits réservés

"Oui, je le dis, ce serait mieux pour moi de vivre du CPAS que de vivre du travail à la ferme. Ca met une pression financière sur ma vie personnelle qui n’est pas saine". 

Tous les espoirs qu'il mettait dans la réforme de la PAC sont anéantis. "C'est pire que mieux. Je ne suis même plus en colère, je suis déçu. L’Europe n’est pas là pour les humbles, elle est là pour les riches, pour le fric". 

L'Europe est là pour les riches

"Je comprends que la plupart de mes collègues arrêtent. Même si moi, je n’arrêterai jamais mon combat. Je suis né avec ce combat, et je mourrai comme ça".

Pour ces agriculteurs, cette réforme de la PAC va à l'encontre du Green Deal, le pacte vert proposé par la Commission Européenne elle-même. 

© Tous droits réservés

Au cœur du cortège, Sabine Renteux du Mouvement d'Action Paysanne, milite pour une véritable valorisation de l'agriculture de proximité.

Il y a des maraîchers qui vivent avec 800 euros par mois en travaillant 60 heures/semaine. 

"Ces gens travaillent pour nous nourrir, vous nourrir. Ils font le maximum pour faire une agriculture saine mais ne touchent aucune prime ! Ceux qui touchent des primes, ce sont ceux qui exportent, ceux qui polluent ! C'est ça qu'il faut arrêter". 

A coups de slogans "Change the cap", ces différentes organisations espèrent influencer les députés européens. Ils demandent que la réforme de la PAC ne soit pas votée. 

Reportage dans notre 13h :

Sur le même sujet

PAC wallonne : l’équilibre entre revenus et écologie qui satisfait les agriculteurs

Agriculture

Les agriculteurs protestent dans toute la Flandre

Articles recommandés pour vous