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Le 8/9

Jacques Pradel : "Chaque crime, chaque fait divers, a quelque chose à nous dire sur l’état de la société"

Jacques Pradel, pour son livre "Mes archives criminelles"

Le 8/9

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28 avr. 2022 à 08:513 min
Par François Saint-Amand

Jacques Pradel était l’invité du 8/9 pour présenter son nouveau livre, Mes archives criminelles. L’ancien animateur des émissions judiciaires se penche sur la psychologie des criminels à travers les affaires classées et non classées qui l’ont le plus marqué.

Homme de radio et de télévision, Jacques Pradel a sélectionné des affaires connues et moins connues qui ont toutes quelque chose à nous dire sur leur époque. Derrière l’affaire Violette Nozière : le tabou et l’inceste. Avec le gang de Roubaix : la radicalisation des nouveaux convertis et les premiers attentats terroristes. L’attentat de Jean-Paul II : les opérations spéciales des services secrets.

Ces affaires sont dignes des plus grands polars mais ici, c’est bien la réalité qui dépasse la fiction et touchent chacun de nous pour des raisons différentes.

Comprendre la psychologie des criminels

Le célèbre animateur de Perdu de vue et de Témoin numéro 1 plonge dans ses archives professionnelles avec son nouveau livre.

Cet ouvrage lui permet de répondre à une question qu’on lui pose souvent : quelle histoire criminelle l’a le plus marqué parmi toutes celles qu’il a racontées dans ses émissions télé et radio. "Dans ma vie personnelle, je garde, je ne jette rien : les notes, les articles de journaux,… J’ai donc eu envie de faire une plongée dans ces archives pour me dire à moi-même quelles sont les affaires que je n’oublierai jamais : j’ai fait une première sélection" justifie-t-il.

Jacques Pradel aurait été psychiatre dans une autre vie et ce livre lui permet justement de plonger dans la psychologie des criminels pour comprendre leur passage à l’acte. "Ce qui m’intéresse c’est le décryptage, comprendre pourquoi il ou elle a choisi cette victime, a franchi cette ligne jaune" explique-t-il. Autre ligne directrice de son livre, le profil des criminels. "Ce ne sont pas les professionnels du crime qui m’intéresse, qui font un hold-up comme on va à l’usine le matin. C’est monsieur et madame tout le monde, ce sont des gens qui nous ressemblent. Cela peut être un voisin de palier, un collègue de travail, quelqu’un de notre famille".

Des affaires non élucidées

Outre les événements ou les raisons psychologiques qui font basculer des personnes 'normales' dans un meurtre, Jacques Pradel s’intéresse aussi aux affaires non classées dans Mes archives criminelles.

La tentative d’assassinat de Jean-Paul II ? "On n’a pas voulu aller au bout (de l’enquête)" estime-t-il. "Tout le monde sait maintenant avec le recul du temps que c’est vraisemblablement une opération du KGB qui a sous-traité avec la Bulgarie, qui a elle-même sous-traité avec la Turquie qui est allée chercher le fameux Ali Ağca qui est un illuminé total et un malade mental. Il vit toujours et se prend pour le nouveau Messie : il annonce la fin du monde tous les trois jours".

"On sait que vraisemblablement le KGB voulait tuer Jean-Paul II le pape polonais pour ensuite créer du désordre en Pologne et peut-être envahir le pays. Mais ce sont des suppositions" ajoute-t-il.

Autre affaire non résolue, et qui a une certaine résonance avec la guerre en Ukraine, l’histoire du parapluie bulgare. Il s’agit d’une méthode d’assassinat des opposants du dictateur Todor Jivkov, chef de la république populaire de Bulgarie. Le dissident politique Georgi Markov est tué à Londres par un gadget. "Il attendait tranquillement le bus pour aller travailler, et puis il a senti une petite piqûre. Un monsieur l’avait bousculé avec un parapluie, et qu’on a appelé plus tard le parapluie bulgare, une arme dissimulée dans le parapluie qui propulsait une petite fléchette remplie de poison très violent".

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Des affaires parfois touchantes

Jacques Pradel dresse le constat que "chaque crime, chaque fait divers, a quelque chose à nous dire sur l’époque où cela s’est passé, sur l’état de la société".

Il prend en exemple le gang de Roubaix, premier acte d’une radicalisation sur le territoire français, influencé par la guerre en Bosnie.

Mais l’animateur et écrivain de 75 ans a aussi de l’empathie pour certains criminels comme Hélène Castel. Cette jeune femme quitte ses études et sa famille pour vivre en marge de la société. En 1980, elle monte un casse avec des amis à Paris. Le hold-up ne se passe pas comme prévu et tous les malfrats finissent par être arrêtés sauf elle. Le procès qui se tient 4 ans après les faits la condamne à la peine maximale. "La prescription est de 20 ans. En 2004 on ne peut donc plus en vouloir. Elle est partie au Mexique avec la complicité de sa famille. Elle a eu un enfant, une histoire d’amour, elle est psychologue. En 2003 on a fondé la brigade des fugitifs pour rattraper les gens en cavale. Son dossier est sur le haut de la pile : elle est arrêtée 19 ans, 11 mois et 25 jours après. Elle avait donné rendez-vous à sa fille 4 jours après pour lui dire la vérité. Ma tendresse est double parce qu’elle a vécu 20 ans de prison sans barreaux et c’est ce que l’avocat général Philippe Bilger a dit : 'Je crois qu’elle a accompli sa peine'. Il a demandé une peine de principe elle a été libérée le soir de son procès".

Du lundi au vendredi, retrouvez l’invité du jour dans Le 8/9 à suivre sur VivaCité et en télé sur La Une. Pour connaître le programme de la semaine, c’est par ici.

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