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Jacky Leroy est l'invité de Matin Première

Jacky Leroy

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G.Lauwerijs : -            Notre invité ce matin, c'est Jacky Leroy, Directeur du Service Publique Fédéral Personnel et Organisation. Nous allons revenir sur la nomination des top managers de la Fonction Publique, Bertrand Henne.

BH             : - Exactement. Bonjour, Jacky Leroy.

JL              : - Bonjour.

BH             : - Trois ans pour nommer un top manager, la Belgique tient peut-être un nouveau record. Hier, le Comité des Ministres s'est donc mis d'accord sur une série de nominations après ce qu'on peut appeler un marchandage politique quasi sans équivalent. Vincent Van Quickenborne, le Ministre des Pensions, ne voulant pas d'un candidat étiqueté PS, qui sera finalement nommé dans un autre Service Publique Fédéral, l'Economie en l'occurrence et une nouvelle procédure sera relancée pour les Pensions, qui reste donc pour l'instant, sans patron. Jacky Leroy, est-ce que ce marchandage, ce n'est pas un bras d'honneur aux procédures ?

JL              : - Par rapport aux décisions que je ne connais qu'à travers la presse, je ne suis pas au courant du secret des dieux et du Kern. Je suis comme Gargantua, vous connaissez Gargantua, bien sûr, qui à la naissance de Pantagruel, ne savait pas s'il devait pleurer pour Badebec, sa femme morte ou pour Pantagruel né, qui était si joli. Et donc oui, je suis ravi pour l'Inasti, pour Fedasil, qui vont enfin après 2 ans d'attente, avoir un patron et donc là, c'est la toute bonne nouvelle et c'est à pleurer, ce qu'on nous raconte sur ce qui est advenu de la procédure de l'OMP.

BH             : - Oui, donc pour les Pensions, oui.

JL              : - Bien sûr.

BH             : - C'est-à-dire qu'il y avait donc le Selor qui avait classé les candidats, le premier candidat ne plaisait pas à Vincent Van Quickenborne, il sera finalement, on ne pas dire recasé mais en tout cas, avait trouvé un autre poste à l'Economie et qu'est-ce qu'on fait avec la procédure, est-ce que tout cela, c'est légal ?

JL              : - Alors la procédure de l'Economie est parfaitement légale, donc Delporte est aussi lauréat, il est deuxième mais étant donné l'équilibre linguistique, il est le seul candidat qui peut être nommé au SPF Economie, il fallait pour ça,

BH             : - Il fallait un Francophone parce qu'il y a un déséquilibre général ?

JL              : - Bien sûr, il y a 5 Francophones pour 9 Néerlandophones au niveau des présidents du comité de direction, c'est un déséquilibre, la moitié de 14, ça n'a jamais 5 et 9, ça fait 7, donc il y a un déséquilibre.

Donc de ce côté-là, il n'y a pas de souci mais il faudra faire une procédure normale. Du côté de la procédure de l'OMP, soit les 2 lauréats parce qu'il y a 2 lauréats, se désistent, donc disent, ça ne m'intéresse plus, je suis lauréat mais ça ne m'intéresse plus, soit autre, solution, le comité de gestion, on l'oublie complètement, le comité de gestion de l'OMP et donc les patrons et les syndicats ensemble, disent qu'ils ne veulent pas de, ils retirent leurs propositions initiales et deuxièmement, ils ne veulent pas nommer non plus le second lauréat.

Mais hors de ces deux solutions-là, techniquement, juridiquement, il n'y a pas deux solutions.

BH             : - Oui, quand je parlais de bras d'honneur aux procédures, est-ce qu'on n'a pas créé pour le moins de l'insécurité juridique, de jouer comme ça avec des procédures qui existent, de relancer des procédures, je pense que ce sera la troisième fois aux Pensions, est-ce qu'on n'est pas en train de créer, voilà, une insécurité juridique ?

JL              : - Alors non, si les deux lauréats de la sélection précédente, se désistent ; à ce moment-là, aucun problème ; à défaut, oui, il y a insécurité juridique.

BH             : - Il y a 10 ans que la réforme Copernic est entrée en vigueur et que donc, on organise pour les top managers des épreuves de sélection, avec des classements pour éviter la politisation, est-ce que c'est un beau rêve hypocrite qui prend un petit peu fin aujourd'hui quand on regarde ce qui s'est passé ?

JL              : - Mais l'impression qu'a le public, ça ne peut être que tout ça, c'est marchandage politique et donc c'est ça,

BH             : - C'est faux ou c'est vrai, ça ?

JL              : - Je peux vous dire que dans mon cas, j'ai été nommé par une Ministre CD&V, après être arrivé lauréat des épreuves de Selor, je peux vous dire aussi que dans la presse, on avait annoncé une autre nomination auparavant, qui n'a pas eu lieu et je peux vous dire que je n'ai jamais été CD&V ni même CVP dans ma jeunesse.

BH             : - Oui, on a critiqué le jury, à l'époque, vous avez été nommé, certains ont pointé les choses, en disant qu'il y avait des Socialistes dedans, que ce n'était pas juste, bref ?

JL              : - En l'occurrence, le débat pouvait être aussi entre gens, vous dites Socialistes et étiquetés Socialistes. Moi, je ne suis pas un coureur du Tour de France, avec une casaque Faima, mais ça, c'est vieux comme référence, ce n'est plus ça maintenant, je ne suis pas porteur d'eau d'un parti politique.

BH             : - Vous êtes étiqueté Socialiste parce que vous avez travaillé par exemple avec Elio Di Rupo, voilà ?

JL              : - Bien sûr et avec Laurette Onkelinx, après. Ce sont d'ailleurs d'excellents souvenirs pour l'un comme pour l'autre.

BH             : - Oui, mais ce qui est quand même paradoxal et c'est pour ça que je disais le mot "hypocrite" par rapport à Copernic, c'est que finalement, on se rend compte qu'il y a des épreuves de sélection, qu'il y a des gens qui les réussissent mais qu'il y a toujours des étiquettes et que manifestement, c'est ce qui s'est passé ici,

on en tient compte quand même. Quand le Ministre des Pensions, Libéral, ne veut pas d'un Socialiste, c'est parce qu'il y a une étiquette Socialiste. Donc est-ce que ce n'est pas hypocrite ? Voilà, tout le monde a des étiquettes et on en tient quand même compte au final, au Gouvernement, quand il faut trancher ?

JL              : - Il arrive que des situations se bloquent. La situation qui s'est produite à l'OMP, par rapport à ce qui s'est passé dans les 10 dernières années, est rare. Moi, je ne me souviens pas d'un tel marchandage parce qu'ici, mais oui, à nouveau marchandage, parce que et uniquement sous réserve, que les deux lauréats acceptent, s'ils résistent, ça ne marche pas, s'ils vont au Conseil d'Etat, ça ne marche pas !

BH             : - Vous voulez dire que si un des deux candidats par exemple, arrivé deuxième, bon Jean Marc Delporte, il a un autre poste, arrivé deuxième, décide de ne pas se désister, le Gouvernement est encore debout?

JL              : - Eh bien, il devra soit prendre une décision de non-nomination, c'est-à-dire que ce lauréat n'était pas apte, décision qui pourra être querellée au Conseil d'Etat, voilà, c'est aussi simple que ça. Je viens d'utiliser deux fois le terme "Conseil d'Etat", il y a des gens qui détestent le Conseil d'Etat. En général d'ailleurs, c'est ma vu, on considère le Conseil d'Etat, bof, des emmerdeurs qui regardent les virgules, qui ont toujours trouvé un petit détail qui ne va pas, etc, moi, je pense exactement le contraire. Je pense que nous avons une chance folle dans ce pays, d'avoir un Conseil d'Etat totalement indépendant et qui protège et qui a notamment un effet dissuasif. Il y a une série de décisions que l'on n'ose pas prendre parce qu'on pense, que va faire le Conseil d'Etat ?

BH             : - Oui, est-ce que globalement, avec un regard peut-être avec un peu plus de recul, Jacky Leroy, ce qui vient de se passer, ça ne décrédibilise pas l'ensemble de la Fonction Publique Fédérale ?

JL              : - Si et c'est ça qui est insupportable ! Tout à fait ! C'est ça qui m'enrage évidemment, pas qui m'indigne, j'ai déjà dit, qu'indigne, c'est pour des grandes causes, mais qui m'agacent, qui m'enragent, bien sûr ! Cela dit, moi, je dis aux auditeurs, ce n'est pas vrai, il y a aussi un grand nombre de fonctionnaires dirigeants qui sont indépendants, profondément indépendants. Alors ça ne veut pas dire qu'on fait ça par caprice, qu'on fait ça pour, je pense que l'intérêt des citoyens, c'est qu'il y ait à la tête des administrations des gens qui ont la conviction de servir l'Etat.

BH             : - Même s'ils ont des étiquettes, ça passe au second plan, c'est ce que vous dites, oui ?

JL              : - Les étiquettes, elles sont toujours mises par d'autres, franchement, donc je pense que c'est totalement possible, alors c'est vrai qu'il y a toujours une tension avec l'autorité politique, il y a, par exemple, vous avez très rapidement, quand arrive un nouveau cabinet, c'est un classique, vous avez le plus petit attaché de cabinet, qui se permet, qui croit qu'il est devenu pharaon, qu'il peut donner des ordres aux scribes et vous avez, il se met à appeler les gens dans les administrations, il faut remettre un peu, un peu des balises là-dessus, il faut dire non, non, ça ne va pas comme ça. Et puis par ailleurs, il est évident qu'il y a la primauté du politique dans le respect des lois et des réglementations.

BH             : - Oui, ce n'est jamais arrivé, Jacky Leroy, pour vous, je vous pose la question à vous, mais dans votre connaissance de la Fonction Publique, que l'administration bloque un dossier qu'un politique vient de prendre une décision mais que l'administration bloque parce que voilà, l'administration ou la tête de l'administration est d'une autre couleur que son Ministre, ça n'est jamais arrivé ça ?

JL              : - Alors, moi, je n'en ai aucune expérience personnelle et je trouverais ça inacceptable, totalement inacceptable. Au contraire, on doit être au service, mais par exemple aussi, mais je l'ai fait beaucoup de fois dans ma vie, je pense qu'une orientation par exemple en gestion des ressources humaines, n'est pas adéquate mais le Ministre me demande de rédiger ou de faire rédiger ou de rédiger la réglementation qui techniquement, est correcte. Mon devoir, c'est évident que je le fais, est de la rédiger de manière correcte même si je pense que l'orientation n'est pas bonne. Maintenant ce à quoi, le Ministre a droit évidemment, c'est une note dans laquelle je lui exprime confidentiellement pourquoi ça ne doit pas aller dans ce sens-là.

BH             : - Mais freiner la décision politique, jamais ?

JL              : - Non, non, bien sûr que non.

BH             : - Oui, un autre sujet sur lequel, j'aimerais vous entendre, on a beaucoup parlé de politisation, c'est André Flahaut, la semaine passée qui a expliqué dans un rapport à l'Assemblée Nationale Française, que tout l'appareil d'Etat était flamandisé. Est-ce que c'est votre avis aussi, vous êtes vraiment aux manettes là,

pour le coup, vous êtes, vous, Directeur donc à la tête du Service Publique Personnel & Organisation, vous avez tous les chiffres, vous connaissez la situation, est-ce que l'appareil d'Etat est vraiment flamandisé ?

JL              : - Alors moi, je ne vais parler que de l'administration, que de la Fonction Publique Fédérale, donc c'est-à-dire le SPF, les Ministères comme on disait dans le temps, les IPSS, des machins comme l'ONEM, comme l'INAMI, enfin,

BH             : - La Sécurité Sociales, oui.

JL              : - C'est des choses qui sont très, très importantes pour les citoyens et l'AFSCA, l'Agence de Contrôle de Sécurité de la Chaîne Alimentaire. Alors à ce niveau-là, il y a des points d'attention mais globalement, parler de flamandisation, ce serait tout à fait exagéré. Allez, listons les problèmes, il y a un déséquilibre des présidents de comité de direction, 5-9, ça ne va pas. Il faut que ce soit corrigé.

BH             : - Vous, votre niveau de fonction, oui ?

JL              : - Deuxième mobilité, Economie, les managers, il n'y en a qu'un seul, Francophone, déséquilibre total, bon, ce n'est pas la responsabilité du Ministre actuel, c'est évidemment de la responsabilité du Ministre précédent au niveau de l'ouverture des emplois, donc oui, il y a des points d'attention mais parler de flamandisation, non, ça, c'est tout à fait excessif, dans mon secteur.

BH             : - L'accord de Gouvernement prévoit une diminution de 3% du nombre de fonctionnaires ; est-ce qu'il y a trop de fonctionnaires au Fédéral ?

JL              : - Alors le nombre de fonctionnaires en 2010 et en 2011, diminue de 4%, 4% au total, donc 2% par an.

BH             : - Donc déjà avant l'accord de Gouvernement, c'est ce que vous voulez dire ?

JL              : - Déjà avant l'accord de Gouvernement. La diminution était donc sensible et quand on prend des chiffres comme ceux-là, on aboutissait à une diminution sur la législature, enfin, jusqu'en 2015, de l'ordre de 10%. J'ai déjà dit à l'époque qu'il ne fallait pas aller au-delà parce qu'il y a des gens qui voulaient faire du muscle, qui disaient, c'est pas assez, 15.000 en moins, etc. Vous avez des .. de foire, qui vous citent des chiffres extraordinaires. Moi, j'avais dit à l'époque, que les efforts étaient possibles mais qu'il ne fallait pas aller au-delà. Alors pour le moment, c'est paradoxal, mais la diminution du nombre de fonctionnaires, continue, mais,

BH             : - C'est-à-dire, il y en a de moins en moins qui partent à la retraite ou qui peuvent, oui ?

JL              : - Donc il y a, si vous voulez, le nombre, les 3%, ne vont pas être atteints, c'est tout à fait clair, pourquoi?

C'est l'histoire de celui qui a un petit sceau, une bassine d'eau et avec son petit sceau, il vide la bassine d'eau.  S'il ouvre le robinet au-dessus de la bassine d'eau, il va mettre du temps à vider la bassine.

BH             : - Oui, c'est ce qui se passe ; donc l'accord de Gouvernement de 3%, vous n'y croyez pas, quoi ? Cette réduction-là, ce n'est pas possible ?

JL              : - Mais pas à partir du moment où,

BH             : - C'est ce que dit d'ailleurs votre Ministre de tutelle, Hendrick Bogaert a dit qu'on n'y arriverait pas ?

JL              : - Pas à partir du moment où on remet des moyens et ça, c'est des décisions du Gouvernement par exemple sur la politique d'asile, vous verrez que dans quelques semaines, on devra en remettre pour les établissements pénitentiaires, c'est une certitude, donc à ce moment-là bien sûr que non. Cela dit, ne nous trompons pas, il y a, par exemple, dans mon Service Publique, PNO, depuis 2009, donc on est sur une période de 30 mois,  depuis décembre 2009, une période de 30 mois, le nombre d'équivalent de temps pleins, a baissé de 9%, donc c'est très significatif.

BH             : - Merci, Jacky Leroy. On vous retrouve tout à l'heure, donc à 8:35 heures pour toutes les questions que vous voulez poser sur la Fonction Publique Fédérale.

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