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Italie : la crise énergétique influence le vote

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19 sept. 2022 à 04:00Temps de lecture3 min
Par Valérie Dupont

Comme partout en Europe la crise énergétique et par conséquent économique frappe l’Italie. En pleine campagne électorale, cette crise ouvre déjà des scénarios compliqués pour le prochain gouvernement.

A Florence, la pâtisserie Sieni, dans le quartier de San Lorenzo, est une institution. Fondée en 1909, elle fait partie intégrante de la vie de ce quartier populaire connu des touristes pour son marché d’objets en cuir. Mais à la fin de l’année, son actuelle propriétaire, Andreine Mancini, menace de mettre la clef sous le paillasson. "Si la facture énergétique ne diminue pas, c’est décidé, je ferme le 31 décembre, se lamente-t-il. Car pour payer mes factures je devrai mettre mes petits gâteaux à 10 euros pièce, alors qu’actuellement ils coûtent 1,20 euro…"

Ces deux derniers mois, sa facture de gaz et d’électricité est passée de 1000 à plus de 10.000 euros. La septuagénaire dynamique vient de recevoir la dernière, celle du mois d’août. Plus de onze mille euros ! "Au mois d’août, j’avais coupé l’air conditionné dans le magasin, pour tenter d’épargner, mais rien à faire. J’ai déjà trente mille euros de facture énergétique à payer", dit-elle, "je vais faire un recours, mais je lance un appel aux politiciens, celui qui ira au gouvernement devra résoudre ce problème."

L’énergie au cœur de la campagne

Un peu partout dans la ville, les bars et les restaurants affichent leur 'bollette', le nom donné aux factures énergétiques. A la fin de la saison touristique, début novembre, un commerce sur trois pourrait décider de fermer l’hiver pour éviter les coûts. "Nous allons perdre un modèle productif et distributif de notre pays, un modèle qui a fait l’histoire et qui rend l’Italie un pays unique où tout le monde vient pour goûter à notre style de vie", estime Aldo Cursano, le président de l’association des commerçants de Florence.

Les coûts de l’énergie sont devenus l’argument principal de la campagne électorale, confirme Alessandra Ghisleri, de la société Euromédia qui fait des sondages politiques et analyse les intentions de vote et ce qui joue un rôle dans le choix des électeurs. "Les thèmes qui déplacent les votes en ce moment sont ceux liés aux coûts de l’énergie, à l’inflation et aux taxes, tout cela pousse les familles à repenser à leur budget, et donc à repenser aussi à la signification politique de leur vote", explique-t-il.

Les partis politiques préfèrent renvoyer la patate chaude au gouvernement de Mario Draghi : ce dernier vient de débloquer plus de cinquante milliards pour affronter l’urgence. Mais les problèmes énergétiques de l’Italie ne sont pas clairement expliqués aux électeurs, estime Raul Caruso, professeur d’économie à l’université catholique de Milan : "Les politiciens dans tous les partis ont certainement cherché à minimiser les sacrifices que les citoyens devront faire mais l’hiver s’annonce très compliqué !"

Les marges de manœuvre

Les commerçants, les familles mais aussi les grandes entreprises sont inquiètes. Dans le nord-est de l’Italie, la région des fabricants de meuble tire la sonnette d’alarme. Pierluigi Zamò dirige une entreprise qui exporte dans le monde entier des portes d’armoires de cuisine, le savoir-faire du 'made in Italy', mais les coûts sont désormais multipliés par cinq. "L’énergie c’est comme la pandémie, il faut utiliser les mêmes critères, ceux que nous avons utilisés alors pour sortir du problème, distribuer des liquidités aux entreprises, et il y a urgence", affirme-t-il.

L’Italie est le deuxième pays manufacturier d’Europe : partout dans la péninsule, le risque de récession préoccupe. Si les coûts de l’énergie restent élevés, 582.000 emplois pourraient disparaître selon la fédération des entreprises. "Il faut bien comprendre qu’au moment ou une entreprise, petite ou grande, doit fermer, la rouvrir devient très difficile", confirme le chef d’entreprise qui emploie plus de trois mille ouvriers.

Le prochain gouvernement va devoir affronter ces défis économiques. Sans oublier que l’inflation dépassera 7,4% cette année et malgré une croissance économique inespérée de 3%, la marge de manœuvre est fortement réduite à cause de la dette publique italienne, qui approche les 2800 milliards d’euros ! La crédibilité économique de l’Italie est désormais directement liée aux résultats des urnes, car jouer la carte souverainiste dans un moment aussi délicat pourrait s’avérer suicidaire pour un pays qui vit d’exportations et de tourisme.

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