Economie

iSTAR Medical : une success story wallonne née il y a 10 ans aux Etats-Unis

29 nov. 2021 à 06:47Temps de lecture5 min
Par Michel Gassée

Établie à Wavre, iSTAR Medical est une PME qui développe des techniques innovantes pour proposer des implants ophtalmiques de nouvelle génération dans le traitement du glaucome, une maladie qui provoque une cécité irréversible chez l’adulte et touche environ 100 millions de personnes dans le monde. Au départ, la technologie d’iSTAR Medical a été développée à l’Université de Washington à Seattle, aux Etats-Unis. Mais c’est en Wallonie que cette technologie a pris son essor. Interview avec Michel Vanbrabant, le directeur général d’iSTAR Medical.

Comment se fait-il qu’une technologie imaginée aux Etats-Unis arrive ici et que c’est ici que va être créée la valeur ajoutée ?

Michel Vanbrabant : "C’est vrai que notre histoire est un peu inhabituelle. La Belgique est très attractive pour les entreprises du domaine de la santé avec des aides appréciables quand on est au début du développement d’une technologie. Et c’est ce qui s’est passé pour iSTAR Medical. Les aides de la Région wallonne ont permis à la société de faire ses premiers pas. Au départ, iSTAR Medical était la filiale d’une société-mère localisée aux Etats-Unis. Et puis, au fil du temps, des investisseurs locaux sont entrés dans le capital de l’entreprise en Belgique pour en soutenir le développement et, au fil des augmentations de capital successives, cette entreprise est devenue belge."

La Banque européenne d’investissement vient de vous accorder un financement de 20 millions d’euros. A quoi cet argent va-t-il servir ?

"Aujourd’hui, on a passé trois cycles de financement avec des investisseurs reconnus dans le domaine de la santé. Des investisseurs belges mais aussi hollandais, allemands ou français. Et effectivement, nous venons de conclure un accord avec la Banque européenne d’investissement, qui nous octroie une facilité de prêt qui peut monter jusqu’à 20 millions d’euros. Je pense que c’est une formidable assurance dans le contexte actuel. Dans le cas où, par exemple, une dégradation de la situation pandémique nous empêche de progresser aussi vite qu’on le souhaite. Avoir cette assurance, c’est quelque chose d’extrêmement positif pour des entreprises comme la nôtre parce que ça permet de faire face à des aléas éventuels qu’on n’aurait pas prévus".

Est-ce qu’on peut dire que 2021 et 2022 sont deux années charnières pour l’entreprise ?

"2021 a été une année exceptionnelle pour iSTAR Medical. D’une part, nous avons obtenu une autorisation de la FDA (NDLR : la Food and Drug administration) aux Etats-Unis pour y démarrer une étude clinique. Il s’agit d’une étude pivot qui va générer les données nécessaires pour pouvoir obtenir ensuite l’autorisation de mise sur le marché aux Etats-Unis. C’est un point extrêmement important puisque le marché américain est un des marchés les plus importants pour le traitement du glaucome et, donc, pour un dispositif de chirurgie micro-invasive du glaucome comme le nôtre. Le deuxième événement très important qui s’est produit cette année, c’est qu’on a obtenu la certification européenne, la conformité européenne pour être plus exact, qui nous permet de démarrer la commercialisation en Europe. Nous avons obtenu ce marquage CE après de longs mois d’efforts, après avoir conduit une série d’études cliniques, bien évidemment, et après avoir pu répondre positivement aux questions de l’Autorité de santé qui a revu notre dossier. Nous avons obtenu ce marquage CE en octobre et, maintenant, nous commençons la commercialisation."

Est-ce que le fait qu’un produit comme le vôtre soit – ou pas – remboursé par la Sécurité sociale est un facteur déterminant au moment de lancer sa commercialisation ?

"Le remboursement est effectivement un élément essentiel pour permettre à une technologie nouvelle de se développer. Les disparités de remboursement sont malheureusement très grandes en Europe, puisque les systèmes sont nationaux et non pas européens. Et donc, la situation va être différente dans chaque pays européen. Pour ce qui concerne notre dispositif de chirurgie micro-invasive du glaucome, la situation est particulièrement favorable en Allemagne, c’est pour cela que nous avons décidé de commencer la commercialisation là-bas."

Et en Belgique ? Est-ce que ce dispositif est déjà remboursé par l’Inami ?

"Malheureusement, le remboursement pour ce type de dispositif n’est pas extrêmement favorable en Belgique et, donc, il faudra que le système puisse être amélioré avant qu’on puisse déployer de façon significative l’adoption de cette technologie dans notre pays."

Quel est le marché potentiel pour votre technologie ?

"Le marché potentiel est relativement semblable à celui de la chirurgie de la cataracte, qui est déjà beaucoup plus développée en Europe comme aux Etats-Unis. On pourrait arriver dans les dix années à venir à trois ou quatre millions de patients traités par an, aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis."

Est-ce qu’il y a beaucoup de concurrence dans ce domaine des technologies mini-invasives pour le traitement du glaucome ?

"Il existe déjà des dispositifs de chirurgie micro-invasive du glaucome mais tous sont issus de technologies traditionnelles, soit des stents venant d’autres domaines médicaux et qui ont été adaptés pour l’œil, soit d’autres technologies qui également ont été adaptées pour le besoin. Avec notre technologie, c’est la première fois qu’on introduit sur le marché un dispositif qui a été pensé dès le départ pour être performant dans l’œil. Il faut savoir que l’œil y a une réaction naturelle qui consiste à essayer d’encapsuler l’implant parce qu’il est traité comme un corps étranger. L’innovation que nous apportons fait que justement, l’implant n’est pas considéré comme un corps étranger, mais plutôt comme un ami. Et les cellules des tissus avoisinants vont gentiment migrer et s’installer confortablement dans l’implant. Ça, c’est la grande nouveauté qui fait que le taux de rejet, en fait, est quasiment nul. Et c’est la différence par rapport aux systèmes qui existent déjà sur le marché."

Avec le financement de la BEI et les différentes augmentations de capital réalisées ces dernières années, avez-vous les moyens de fiancer votre croissance dans les deux ou trois prochaines années ?

"En termes de financement, on a eu un tour de financement en 2019, dans lequel on a pu obtenir 40 millions d’euros avec des investisseurs solides qui nous soutiennent et qui ont encore les moyens de nous soutenir dans l’avenir. Aujourd’hui, nous opérons toujours sous le financement de ces 40 millions d’euros et on peut encore le faire pendant toute l’année prochaine. Bien évidemment, une fois qu’on envisage une accélération de la commercialisation et qu’en même temps, on fait une grosse étude pivot aux Etats-Unis, on a besoin de moyens financiers importants et clairement, les 20 millions d’euros de la BEI sont une source indéniable de ce financement. Mais on est toujours à la recherche de capitaux complémentaires. On est déjà bien avancé pour toute une série de pistes, que ce soit des capitaux privés ou des capitaux publics."

Des pistes de financement qui restent nécessaires parce qu’à ce stade, vous n’avez pas encore de chiffre d’affaires, c’est bien ça ?

"Aujourd’hui, nous faisons nos premiers pas dans la commercialisation de notre technologie donc, effectivement, nous n’avons pas encore de chiffres d’affaires historique. On va commencer à avoir un chiffre d’affaires en 2022. Une dizaine d’années après notre création, puisque la société a été créée en 2011. La technologie dont nous parlons aujourd’hui et que nous lançons actuellement (MINIject®) a été finalisée en 2016 et implantée pour la première fois dans des études cliniques en 2017".

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