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Iran : vive émotion après la mort d’une jeune femme arrêtée par la police des mœurs

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18 sept. 2022 à 15:28 - mise à jour 19 sept. 2022 à 19:57Temps de lecture2 min
Par Agences, édité par Paul Verdeau

"Chère Mahsa, ton nom va devenir un symbole", proclame dimanche, sous la photo de sa tombe, la une du journal économique Asia, comme une grande partie de la presse iranienne choquée par la mort de la jeune femme arrêtée par la police des mœurs.

Cette unité de police, chargée de faire respecter le code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes, dont le port obligatoire du foulard en public, a été plusieurs fois critiquée ces derniers mois pour des interventions violentes.

Originaire de la région du Kurdistan, Mahsa Amini, âgée de 22 ans, a été arrêtée mardi alors qu’elle était à Téhéran en visite avec sa famille. Elle est décédée vendredi à l’hôpital après trois jours dans le coma.

Jeudi, la police de Téhéran avait indiqué qu’elle avait été arrêtée avec d’autres femmes pour recevoir des "instructions" sur les règles vestimentaires. "Elle a soudainement souffert d’un problème cardiaque […] et a été immédiatement transportée à l’hôpital."

"Malheureusement, elle est morte et son corps a été transféré à l’institut médico-légal", a indiqué vendredi la télévision d’Etat. La jeune femme a été inhumée samedi dans sa ville natale, Saghez, où des habitants en colère ont jeté des pierres contre le siège du gouverneur et crié des slogans hostiles aux autorités.

Une manifestation a eu lieu dimanche soir à Sanandaj, capitale de la province du Kurdistan dans le nord-ouest du pays, d’où la jeune femme est originaire et d’autres protestations se sont déroulées lundi dans plusieurs universités de la capitale, selon les médias locaux.

Lundi soir, dans la rue Hejab ("voile musulman" en persan) au centre de Téhéran, "plusieurs centaines de personnes ont scandé des slogans contre les autorités, certaines d’entre elles ont enlevé leur hijab", a annoncé l’agence Fars.

Iran : vive émotion après la mort d'une jeune femme arrêtée par la police des mœurs

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La mort jugée "suspecte"

En Iran, se couvrir les cheveux est obligatoire en public. Cette police interdit en outre aux femmes de porter des manteaux courts au-dessus du genou, des pantalons serrés et des jeans troués ainsi que des tenues de couleurs vives, entre autres.

La jeune femme est tombée dans le coma après son arrestation et est décédée le 16 septembre à l’hôpital, selon la télévision d’Etat et sa famille.

Des militants ont jugé sa mort "suspecte" mais la police de Téhéran a affirmé qu’il n’y avait "pas eu de contact physique" entre les policiers et la victime. Le décès de la jeune femme a suscité une vague de colère en Iran. Et le président iranien Ebrahim Raïssi a demandé l’ouverture d’une enquête.

"De nombreux manifestants sont convaincus que Mahsa est morte sous la torture", a écrit Fars. Dans la capitale iranienne, des étudiants ont lancé des mouvements de protestation dans plusieurs universités, dont celles de Téhéran et Shahid Beheshti, d’après Tasnim.

Le chef de la police de Téhéran, le général Hossein Rahimi, a de nouveau rejeté les "accusations injustes contre la police". "Il n’y a eu aucune négligence de notre part. Nous avons mené des enquêtes […] Et toutes les preuves montrent qu’il n’y a pas eu de négligence, ou de comportement inapproprié de la part des policiers", a-t-il dit. "Il s’agit d’un incident regrettable et nous souhaitons ne jamais plus être témoins de tels incidents", a-t-il ajouté.

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