Investiture de Joe Biden : "Il devra réconcilier plusieurs Amériques", estime le sociologue Marco Martiniello

Investiture de Joe Biden : "Il devra réconcilier plusieurs Amériques", estime le sociologue Marco Martiniello

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20 janv. 2021 à 10:28 - mise à jour 20 janv. 2021 à 10:28Temps de lecture4 min
Par RTBF

Ce mercredi 20 janvier, Joe Biden va prêter serment et être investi président des Etats-Unis. Mais après quatre ans de gouvernance par Donald Trump et une société américaine qui semble déchirée entre supporters de Trump et le reste, à quoi ressemble l’Amérique dont Joe Biden va hériter ce soir ?

Marco Martiniello sociologue et directeur de recherche FNRS à l’Université de Liège, estime que l’on peut parler de deux voire même de plusieurs Amériques. "La victoire de Joe Biden ne veut pas dire que les idées et le programme de Trump vont disparaître comme par un coup de baguette magique du jeu politique américain", confirme-t-il. Racisme, inégalité sociale, sexisme et isolationnisme ne vont pas disparaître du jour au lendemain.


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Pour le sociologue, les événements du Capitole il y a quelques jours sont considérés par les fans acharnés de Trump comme "le début et pas la fin d’un processus". Le président sortant pourrait avoir créé un morcellement des électeurs avec des gains de voix notamment chez les Afro-Américains et les hispaniques.

Une fragmentation du paysage électoral

Une fragmentation qui prouve bien que les minorités ne sont pas un bloc monolithique. "Ca n’a jamais été le cas", comme le confirme Marco Martiniello.

"Chez les hispaniques, il y a à la fois les Mexicains qui sont arrivés il y a quelques semaines, mais aussi de vieilles minorités qui sont traditionnellement très conservatrices et qui ont soutenu Trump dès le début. Par exemple, une partie de la population cubaine de Floride, un état que connaît bien Trump. Même chose pour une partie de l’électorat d’origine vénézuélienne, qui est en opposition à Maduro, qui est en opposition à Chavez", explique Marco Martiniello.

Une minorité dans un vote minoritaire

Pourtant Donald Trump a nié les manifestations Black Lives Matter. Il n’a absolument pas condamné les suprémacistes, à l’inverse il les a presque encouragés. Mais ce n’est pas la première fois qu’une partie de l’électorat n’entend pas ou ne comprend pas les messages qui sont délivrés. "Je répète, ça reste une minorité dans un vote minoritaire. Même chose pour les femmes. Bien sûr, il y a des femmes qui votent pour Trump, mais la vaste majorité des femmes ne soutient pas ce personnage qui s’est démarqué fortement par un machisme et sexisme assez intolérable".

Il doit réconcilier les deux Amériques

Cette fragmentation handicape aussi le parti démocrate : "Dans le parti de Trump on le voit, mais c’est aussi vrai dans le Parti démocrate où Joe Biden ne représente pas la partie la plus progressiste. Elle est plutôt représentée par des femmes issues des minorités, comme Mme Ocasio qui est vraiment à l’avant-garde dans la politique américaine et qui est générationnellement, celle qui pourrait être l’héritière de Bernie Sanders".

Selon le directeur de recherches, Biden a sur son assiette beaucoup de choses à faire : "Il doit en quelque sorte réunifier le Parti démocrate, mais quand même avoir une politique qui sera attendue sur la gauche de son parti. Il doit réconcilier les deux Amériques".

Produire des effets rapidement pour diminuer les clivages

Le "plan Covid" de Biden s’annonce extrêmement important, il doit mettre en place des politiques qui vont produire des effets rapidement, notamment sur les inégalités sociales, sur les discriminations raciales. Pour Marco Martiniello il faudra des résultats assez tangibles et ne pas s’en tenir à des discours.

"Il me semble quand même que le fait que Biden ait été élu et ouvre au moins une lueur d’espoir pour la société américaine, puisqu’avec Trump on allait vraiment dans le mur, est important non seulement pour les États-Unis mais aussi pour le reste du monde et nous aussi", juge positivement le sociologue et directeur de recherches à l’ULiège.


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Concrètement, les mesures à adopter doivent dépasser le clivage racial derrière lequel se cache un clivage économique extrêmement important. "Une partie importante de la population aux États-Unis se trouve dans un état de pauvreté et de précarité très fort, surtout dans certains États et dans certains centres urbains. Cette précarité doit engendrer plus d’intervention de l’État et c'est ce qui parfois pose problème aux États-Unis, où nombreux sont ceux qui préfèrent que l’État reste en retrait", commente Marco Martiniello.

Quel avenir pour Trump ?

Les 74 millions de votes pour un perdant sont pratiquement du jamais vu dans l’histoire des États-Unis. Marco Martioniello développe plusieurs possibilités d’avenir à court et moyen termes pour Trump : "Est-ce qu’il va rester en course, lancer un parti, essayer de continuer sa même politique de l’extérieur ? Ou bien Trump serait fini, mais derrière il y a Ivanka et son fils qui sont peut-être prêts à prendre le relais".

Cette fin de mandat ne signifie en rien la fin des trumpistes qui sont toujours là et ils risquent de se manifester encore aujourd’hui et dans les semaines ou les mois qui viennent, pour le sociologue : "Ce n’est pas la fin de l’histoire aux États-Unis, loin de là".

Une violence beaucoup plus diffuse dans la société

Malgré ce potentiel plus élevé de manifestations et revendications des supporters de Trump, les évènements du 6 janvier au Capitole ne devraient pas se reproduire à Washington si l’on se fie à Marco Martiniello, sociologue et directeur de recherches FNRS à l’ULiège, à propos de la capitale des Etats-Unis actuellement : "C’est un fort extrêmement protégé. Peut-être qu’il pourrait y avoir des manifestations, des émeutes, d’insurrection de ce genre-là dans d’autres capitales des États et une violence beaucoup plus diffuse dans la société".

Matin Première du mercredi 20 janvier :