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Investigation

#Investigation sur le Forem : vraies formations, fausses promesses ?

Chaque année, plus de 30.000 demandeurs d’emploi suivent en Région wallonne une formation organisée ou proposée par le Forem. Objectif affiché : permettre à ceux et celles qui s’y lancent de prendre ou reprendre pied dans le monde du travail. Et ça marche, affirme le Forem : au sortir de leur formation, plus de 60% des stagiaires finissent par trouver un emploi.

Pourtant, lorsque c’est à eux qu’on le demande, les ex-stagiaires Forem se montrent moins triomphants : le temps partiel (très partiel parfois…) qui leur est proposé, n’est pas ce qu’ils souhaitaient.

Un réseau dense

Le Forem est un paquebot, et son réseau pour organiser des formations est impressionnant : 4700 salariés dont 700 formateurs, répartis dans toute la Wallonie et une participation à un réseau de centres technologiques mobilisés en permanence (Technifutur par exemple, en région liégeoise, ou le Wan à Gosselies, spécialisé dans le secteur aéronautique).

500 millions d’euros de budget pour plusieurs missions mais parmi celles-ci une essentielle : aider les demandeurs d’emploi inoccupés (les DEI, comme on les désigne…) à trouver ou retrouver un emploi. Outil clé pour cet objectif : les formations. Le Forem en a près de 400 en catalogue (!), organisées en permanence ou quand le besoin s’en fait sentir.

Un objectif affiché

Le Forem est tenu par le contrat de gestion qu’il a signé avec la Région wallonne à une performance exigeante : faire aboutir ses formations à un emploi retrouvé dans plus de 60% des cas. Et les chiffres officiels qu’il communique indiquent "mission accomplie". Dans son rapport annuel 2020 (le dernier d’avant covid), pour les demandeurs d’emploi de 25 à 50 ans le taux d’insertion dans les douze mois qui ont suivi la formation est de 62,55%. Il est même de 69,47% pour les jeunes de moins de 25 ans.

Pourtant le rapport récent d’une société d’audit externe (Roland Berger – novembre 2021), qui n’était pas destiné à être rendu public, sème le doute sur ces bonnes performances : interrogés directement, les demandeurs d’emploi qui ont suivi une formation l’ont généralement appréciée mais… seuls 18% d’entre eux estiment avoir trouvé grâce à elle un emploi. Un sur cinq. Loin des trois sur cinq affichés par le Forem…

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Des témoins prudents

#Investigation a contacté et entendu des dizaines de témoins. Peu étaient prêts à s’exprimer publiquement, parce que le Forem reste un acteur important quand on est demandeur d’emploi. Mais nous les avons écoutés et sans surprise (puisque nous avions lu le rapport Bergé évoqué ci-dessus…), ils sont nombreux à avoir apprécié la formation à laquelle ils ont été admis mais ils sont nombreux aussi à ne pas avoir retrouvé d’emploi stable après celle-ci. Trop souvent, un grain de sable est venu gripper la machine : un manque de suivi sur le chemin d’un stage qui aurait pu ouvrir la voie vers un emploi ; des changements imposés dans un programme de formation qui ont rendu celle-ci inopérante ; une formation montée à la va-vite avec une prestataire qui n’était pas à la hauteur…

Des entreprises qui jouent leur carte

Restait cet important écart à comprendre : 60% de remise à l’emploi annoncée par le Forem, une perception tout autre chez les ex-stagiaires après leur formation… Les entreprises elles-mêmes, qui se plaignent régulièrement des formations du Forem qui ne seraient pas suffisamment adaptées à leurs besoins, ont sans doute leur part de responsabilité. Un tiers seulement des offres d’emploi qui passent par le Forem (dont les stagiaires pourraient être les premiers bénéficiaires) sont une proposition de contrat à durée indéterminée. Beaucoup d’autres ne sont que de l’emploi peu sûr : des engagements temporaires, intérimaires ou saisonniers, qui ne sont pas pour les demandeurs d’emploi ce à quoi ils aspiraient en se lançant dans une formation…

Une évaluation trop floue

C’est finalement une petite phrase du dernier rapport de la Cour des comptes sur le Forem qui va nous donner la clé de l’énigme. La Cour des comptes elle-même met en doute le score de 60% de réussite affiché par le Forem, parce que les demandeurs d’emploi qui ont suivi une formation… "sont considérés comme insérés dès qu’ils effectuent une journée de travail" (La mise au travail des demandeurs d’emploi par le Forem, mars 2020, p. 58).

En clair : pour évaluer le retour à l’emploi, le Forem consulte la banque de données Dimona où les entreprises encodent tout qui a travaillé chez elles. Mais que ce soit toute l’année, ou une semaine, ou même un jour, peu importe : tous les travailleurs se retrouvent sans précision dans cette même liste. Dans ceux que le Forem classe "retournés à l’emploi" figurent donc aussi ceux et celles qui n’ont travaillé que très épisodiquement… Le grand écart entre les 60% annoncés et les 18% de demandeurs d’emploi satisfaits s’explique par cette évaluation trop floue que le Forem s’engage aujourd’hui à affiner.

Les métiers sont de plus en plus techniques, les formations seront dès lors plus importantes que jamais dans les années qui viennent. Le Forem aura son rôle à jouer. Mais aujourd’hui le parcours proposé aux demandeurs d’emploi qui suivent une formation ne tient pas les promesses qui leur sont faites…

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