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Investigation

#Investigation : quelles solutions pour mettre fin aux violences obstétricales vécues lors des accouchements ?

05 mai 2022 à 04:00Temps de lecture4 min
Par Marie Bourguignon

Durant 4 mois d’enquête, les équipes d'#Investigation se sont intéressées à la question des violences obstétricales. Marie Bourguignon et Charlotte Collin ont recueilli les témoignages de femmes ayant subi de la maltraitance durant leur accouchement. Selon une récente étude, en Belgique francophone, 4 femmes ayant accouché sur 10 disent en avoir été victimes.

Elles ont également exploré les pistes de solutions pour mettre fin à ces violences. Le problème est systémique et le chemin à faire est encore long mais des initiatives existent et la volonté de changer les pratiques s’installe de plus en plus. Depuis peu, les partis politiques s’intéressent à la question. Les violences obstétricales font actuellement l’objet d’auditions au Sénat. Elles aboutiront prochainement sur des recommandations à destination des hôpitaux et du personnel soignant.

Quand sages-femmes et gynécologues collaborent sur un même pied d'égalité

Une des clés pour éviter les maltraitances faites aux femmes lorsqu’elles accouchent réside dans un accompagnement optimal tout au long de la grossesse par une équipe soudée et bienveillante. Au CHU Sainte-Elisabeth à Namur, une structure qui propose une autre approche a été créée il y a 5 ans. C’est une petite maison à quelques pas de l’hôpital, ce lieu s’appelle le Nid.

Ici, des femmes enceintes sont accompagnées durant toute leur grossesse, jusqu’à leur accouchement par une sage-femme et un gynécologue qui travaillent main dans la main. "C’est un réel suivi mixte et pas un suivi par un gynécologue et la sage-femme qui vient pour des activités d’appoint" souligne Benoit Moons, gynécologue au Nid. "Les gynécos, sans nous, ils ne font pas grand-chose !" s’exclame en souriant Noémie Morer, sage-femme, "Je me sens pleinement dans mon domaine de compétence et à parfaite égalité avec mes collègues gynécos. Dans le sens où chacun a son domaine et on travaille ensemble. Donc si je ne suis pas d’accord avec quelque chose ou si je trouve qu’il exagère, je lui dis. Et ça c’est très rassurant pour les parents et pour nous aussi parce qu’on sait qu’on va collaborer autour de la maman."

Former le personnel soignant à l’empathie et la bienveillance

Centre de simulation médicale Uliège
Centre de simulation médicale Uliège Marie Bourguignon

De loin, cela ressemble à un vrai accouchement. Le monitoring résonne, l’accompagnant tient la main de la femme qui accouche, la gynécologue demande à sa patiente de pousser. Pourtant, nous sommes en pleine séance de simulation médicale. La maman est une comédienne, son compagnon aussi, le bébé qui sortira dans quelques minutes est en plastique.

A l’Université de Liège, les étudiants en gynécologie participent à des formations de ce type en vue depuis peu. "En obstétrique, les choses très compliquées sont rares, donc on n’en garde pas la pratique." commente Patrick Emonts, gynécologue et professeur à l’ULiège pendant qu’il anime la séance, "C’est un petit peu comme en aviation, l’avion qui se retrouve sans moteur, ça arrive très très rarement. Mais si on veut sauver les passagers, il faut s’y entraîner. Nous, c’est la même chose, un enfant qui coince dans un bassin, ce n’est pas en ayant ça dans la pratique tous les 5,6 ans qu’on peut rester performant."

Quand une situation difficile apparaît, le gynécologue a tendance à oublier qu’il y a la patiente de l’autre côté.

L’objectif pédagogique du jour est le suivant : comment communiquer avec la patiente en situation d’urgence ? Quand on lui demande si des simulations de ce type peuvent aider à éviter les violences obstétricales, Patrick Emonts est très clair : "Je le pense vraiment. Il y a un énorme déficit sur la communication. Quand une situation difficile apparaît, le gynécologue est tunnelisé sur le problème. Il ne voit plus que la tête du bébé et le monitoring qui décélère. Il a tendance à oublier qu’il y a la patiente de l’autre côté. Donc il faut leur enseigner, dans des séances de simulation, à prendre un court instant pour expliquer à la patiente ce qui se passe. Et ça, ça s’apprend, ça n’est pas instinctif !"

Une future mère entourée, un futur père informé

Plus les femmes sont informées, préparées, entourées de personnes de confiance au moment de la naissance de leur enfant, moins elles sont victimes de violences obstétricales. C’est en tout cas ce que l’on pense à Amala, un espace de naissance où travaillent plusieurs sages-femmes à Bruxelles. Ici, on est aussi persuadé que l’accouchement n’est pas que l’affaire des mères. Dans 2 mois, Quentin sera papa. C’est lui qui expérimente les contractions de l’accouchement au travers d’un exercice. Il plonge ses mains dans un bol de glaçons, le froid simule la douleur et permet d’apprendre à mieux la supporter. "C’est une découverte pour moi," commente Quentin, "Ces séances de préparations nous permettent de nous impliquer à nous deux et moi-même, c’est un vrai engagement. A moi, en tant qu’homme, ça me permet de prendre en charge davantage de choses qu’on délègue généralement. Cela nous permet de remettre en question les rôles."

 

Amala espace naissance
Amala espace naissance Marie Bourguignon

Ces futurs parents sont accompagnés par Aline Schoentjes, sage-femme. Elle n’a jamais souhaité travailler en milieu hospitalier alors elle a cofondé Amala il y a plus de 10 ans, un espace d’accompagnement pour femmes enceintes à Bruxelles. "Quand vous arrivez à l’hôpital, l’équipe ne vous connaît pas, ne connaît pas votre histoire." souligne Aline Schoentjes "Un commentaire mal placé, un gynécologue fatigué… Tout ça peut être mal interprété par la femme. On ne sait pas sur quel terrain va arriver ce mot, ce geste. L’institution créée cette violence. Avec tous les protocoles industrialisés, on a oublié qu’il y a individu particulier." Pour elle, une vraie préparation est alors nécessaire : "Quand on se sent, en amont, impliquée dans ce qu’on vit, on est plus active, on subit moins. Et donc c’est moins violent que quand on rencontre cette institution qui, en soi, ne veut pas du mal aux gens."

 

"Accoucher, le mal des mères", une enquête de Marie Bourguignon et Charlotte Collin à voir dans #Investigation sur Auvio.be.

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