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#Investigation : les secrets du palais de justice de Bruxelles, comment l'intérieur sera-t-il remis en état?

Les architectes Thierry Henrard et Thomas Greck explorant les espaces oubliés du Palais de Justice

© RTBF

23 sept. 2021 à 04:00Temps de lecture3 min
Par Emmanuel Allaer

Si le lancement prochain de la restauration des façades délabrées du Palais de Justice de Bruxelles est abondamment commenté, en revanche, le plus grand flou subsiste quant à la manière dont l’intérieur du bâtiment pourrait être remis en état. Au fil du temps, les transformations intervenues sont telles que l’on ne sait plus très bien ce qui est d’origine et ce qui découle des transformations successives. Pour éclaircir la question, deux architectes étudient en profondeur l’histoire de ce bâtiment à nul autre pareil. Des travaux complexes qui relèvent presque de l’archéologie.

Derrière les façades, le grand mystère

Pour percer les mystères du Palais conçu par l’architecte Joseph Poelart (1817-1879), seule une étude scientifique minutieuse permet de comprendre l’évolution de cette Babel de pierres depuis son inauguration en 1883. C’est le travail de titan que Thierry Henrard et Thomas Greck ont entrepris. Et pour mener à bien ce défi, ces deux architectes ont dû déployer des compétences d’historien et d’archéologue.

Après avoir passé des mois à ausculter le bâtiment, à étudier les plans, les archives et les informations écrites, Thomas Greck constate : "L’un des principaux enseignements de notre travail concerne l'importance qu’il convient d’accorder aux liaisons entre les différents quartiers qui constituent cette gigantesque ville qu’est le Palais de Justice. On ne peut pas traiter une zone indépendamment d’une autre. Tout est interconnecté avec des articulations qui sont splendides à la fois sur le plan architectural et sur le plan fonctionnel. Poelart a réalisé une œuvre totale ! "

Thomas Greck et Thierry Henrard penchés sur les plans d’origine de Joseph Poelaert
Thomas Greck et Thierry Henrard penchés sur les plans d’origine de Joseph Poelaert © RTBF

Si après des décennies d’abandon, les façades du Palais de Justice vont finalement être rénovées, la réflexion est en revanche toujours en cours pour ce qui est de la restauration de l’intérieur du bâtiment. " Rendre à Poelaert ce qui est à Poelaert ", c’est l’intention de Laurent Vrijdaghs, l’administrateur délégué de la Régie des Bâtiments, l’organisme public responsable de l’édifice. Ce souhait légitime devra toutefois composer avec la situation d’aujourd’hui. Car pour retrouver l’agencement de 1883, il y aurait tant de choses à déconstruire que bien vite on se retrouverait face à un mur.

Une perpétuelle mutation

On pourrait croire que le Palais Poelaert, aujourd’hui prisonnier de son sarcophage d’acier, est resté figé depuis le règne de Léopold II. Il n’en est rien. En fait, la démographie galopante de la capitale belge a vite fait exploser le nombre d’affaires à traiter par les cours et tribunaux, si bien que l’énorme palais s’est rapidement retrouvé trop petit . Dès le début du XXème siècle, l’édifice a donc connu des transformations considérables. Ces mutations, parfois radicales, répondaient à des besoins impérieux d’espaces de bureaux et de salles d’audience supplémentaires.

Progressivement des alignements de colonnes sont devenus des parois de pierres, de quoi abriter de nouveaux services. Des étages de bureaux ont été rajoutés par-dessus les ailes intérieures de l’édifice. Les puits de lumière ont été comblés par de nouveaux locaux, comme des greffes ou la cantine du personnel. Même la majestueuse coupole n’est plus pareille à l’originale.

Les ravages de la guerre

Il faut savoir qu’en septembre 1944, les troupes allemandes ont bouté le feu à la coupole. L’incendie fut tel que l’ensemble de la structure s’est effondré dans la salle des pas perdus. La coupole sera reconstruite avec un profil moins aplati et aussi rehaussée de deux mètres.

Ce grand chantier de remise en état du Palais a été confié à l’ingénieur-architecte-conservateur Albert Storrer (1894-1977). Une énorme entreprise au cours de laquelle il a fallu trouver des solutions d’urgence pour permettre à la Justice de poursuivre son cours, quitte à perturber en profondeur le délicat équilibre voulu par Poelaert.

L’architecte Thierry Henrard devant l'une des ses découvertes. Derrière ces colonnes murées, il y avait autrefois un grand espace inondé de lumière, semblable à une nef d’église, permettant de desservir la cour militaire et la cour d’assises depuis la rue
L’architecte Thierry Henrard devant l'une des ses découvertes. Derrière ces colonnes murées, il y avait autrefois un grand espace inondé de lumière, semblable à une nef d’église, permettant de desservir la cour militaire et la cour d’assises depuis la rue © RTBF

L’incendie de 1944 n’a pas ravagé que la coupole. Les flammes ont aussi dévoré la salle de la cour d’assises. Celle-ci a dû été transférée à la place de la salle solennelle de la cour d’appel, de l’autre côté du bâtiment, près de l’entrée. Pour Thierry Henrard, il s’agit d’une modification très importante. Dès lors, "La richesse de composition du Palais a été appauvrie par ce déplacement. Est-ce qu’un retour en arrière est possible ? Je ne le sais pas ! Est-il impossible ? Je ne le pense pas, mais complexe, très certainement ".

L’ouvrage des architectes Henrard et Greck, qui doit paraître prochainement, sera un outil incontournable pour retrouver l’essence du chef-d’œuvre de Poelaert et permettre au glorieux temple de Thémis de symboliser, pour encore des siècles, la très haute fonction qui est la sienne.

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