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Santé & Bien-être

Intolérance au gluten, maladie cœliaque : focus sur ces affections qui touchent près de 100.000 Belges

13 mai 2022 à 04:00Temps de lecture5 min
Par Anthony Roberfroid

C’est un mal, ou plutôt des maux, qui touchent de nombreuses personnes : diarrhées, douleurs abdominales, amaigrissement, constipations, fatigue chronique, problèmes de peau, aphtes … des symptômes parfois contradictoires qui peuvent être signes de la maladie cœliaque ou d’une "intolérance au gluten".

Alors que certains craquent pour la mode du "sans gluten" – prônant un mode de vie plus sain -, d’autres sont obligés de retirer cette protéine de leur alimentation sous peine de voir leur santé se dégrader.

C’est notamment le cas des personnes atteintes de la cœliaquie, une maladie auto-immune affectant les villosités situées sur la paroi de l’intestin grêle.

La maladie cœliaque, trop rarement détectée

Concrètement, en cas d’exposition au gluten, l’organisme des personnes cœliaques va produire des anticorps entraînant une réaction inflammatoire du duodénum (la partie de l’intestin grêle située à la sortie de l’estomac). Ces anticorps vont s’attaquer à la paroi intestinale, empêchant alors les différents composants des aliments d’être correctement absorbés par le corps.

"Les personnes atteintes de maladie cœliaque et qui mangent du gluten risquent principalement une carence alimentaire", prévient Françoise Smets, doyenne et professeure de la faculté de médecine l’UCLouvain, spécialiste de la cœliaquie. "À cause de leurs villosités intestinales dégradées, ces personnes peuvent manquer de nutriments. Cela peut mener à une ostéoporose au niveau des os (à cause d’un manque d’absorption de calcium et de vitamine D), une anémie, des dépressions, une infertilité ou encore une augmentation du risque de cancers intestinaux", détaille l’experte.

Une grande partie des malades ne savent pas qu’ils sont atteints

En Europe, on estime qu’une personne sur cent est touchée par cette maladie. Ce sont donc plus de 100.000 Belges qui pourraient être impactés dans notre pays "mais une grande partie d’entre eux ne savent pas qu’ils sont atteints" précise Françoise Smets.

Les symptômes classiques de la maladie sont diarrhées, douleurs abdominales ainsi que des signes de malabsorption comme un amaigrissement ou une fatigue chronique.

Néanmoins, la maladie ne provoque que peu de symptômes dans la plupart des cas, ce qui complique sa détection. Elle est d’ailleurs souvent suspectée lors d’examens sérologiques, quand les prises de sangs indiquent des carences.

Dans les faits, seule une personne malade sur cinq est diagnostiquée, ce qui peut représenter un problème de santé : "Certains ne sont pas au courant de leurs carences car elles ne sont pas toujours visibles de l’extérieur. Ces carences sont souvent avancées lorsque l’on se rend compte de celles-ci", explique la professeure.

Il semble également que la maladie apparaisse plus régulièrement chez les personnes prédisposées génétiquement. Selon l’association des Gastro-entérologues du CHC (sites clinique CHC MontLégia et clinique Notre Dame à Waremme), "les apparentés au premier degré de patients cœliaques (parents, frères, sœurs, oncle, tante et enfants) ont en moyenne de 10% de risque de développer la maladie."

La maladie ne peut cependant être validée que par une biopsie, qui est réalisée par gastroscopie chez un gastro-entérologue. Elle peut se déclencher à tout âge et les femmes sont 2 à 3 fois plus touchées que les hommes.

Handicapant dans la vie et impossible à traiter

La cœliaquie ne connaît aujourd’hui aucun traitement. La seule solution pour les personnes cœliaques est de retirer entièrement le gluten de leur alimentation, sous peine de voir leur santé se détériorer. Une mesure compliquée à tenir, autant socialement que d’un point de vue pratique.

"Il est difficile de se dire 'je ne mange pas de gluten' quand on sort entre amis, qui eux profitent d’un repas qu’on ne peut pas manger", témoigne Gaëlle Dodeur, administratrice de la Société Belge de la Scoeliaquie (SBC). "C’est difficile au niveau social parce que les personnes cœliaques n’ont pas droit à l’écart. Elles paient cher la moindre incartade, accidentelle ou non. Elles sont tout de suite dans l’inconfort d’un point de vue intestinal et elles perdent tous les efforts qu’elles ont faits précédemment car leurs villosités vont devoir se régénérer".

Trouver des aliments est aussi tâche ardue. Les produits sans-gluten, reconnaissables au logo représentant un épi de blé barré, sont encore rares dans les grandes surfaces. Il est souvent nécessaire de se rendre dans des magasins spécialisés pour s’en procurer.

La grande distribution s’améliore cependant sur ce point. Elle s’est adaptée ces dernières années et de plus en plus d’alternatives sont disponibles sur le marché.

Inconvénient de taille à noter cependant : ces produits sont souvent plus chers que ceux contenant du gluten.

En Belgique, la Société Belge de la Scoeliaquie et la Vlaamse Coeliakie Vereniging (Association flamande de la maladie cœliaque) ont obtenu auprès de l’INAMI une intervention des mutuelles à hauteur de 38 € par mois pour aider les personnes atteintes.

Une intervention que saluent les deux associations mais qui est insuffisante pour Gaëlle Dodeur : "Cette intervention de 38€ a été décidée en 2008. Depuis, le coût de la vie a augmenté et la guerre en Ukraine a tiré encore plus les prix vers le haut. Ces 38€, c’est une petite indemnisation mais ça ne compense pas le surcoût entraîné par ce régime".

La SBC a néanmoins indiqué vouloir lancer avec le soutien du conseil scientifique des démarches auprès de l’INAMI pour augmenter cette intervention.

Symptôme ne veut pas forcément dire maladie cœliaque

La maladie cœliaque concerne 1 à 2% de la population, mais le nombre de personnes ressentant des indispositions dues au gluten pourrait être plus élevé.

En effet, de nombreux Belges subissent les mêmes symptômes, sans forcément être atteint de cœliaquie.

Pour Françoise Smets, il est important de ne plus utiliser le terme général d'"intolérance au gluten" mais de distinguer quatre formes de pathologies :

  • La première et la plus grave est la maladie cœliaque, comme développé précédemment. On ne parle pas ici d’une allergie ou d’une intolérance.
  • La seconde concerne les personnes allergiques au gluten. L’allergie au gluten provoque une réaction immunitaire immédiate, au travers notamment de problèmes respiratoires, d’urticaire ou de problèmes de peau. Cette allergie peut facilement être détectée via une prise de sang réalisée chez un allergologue. Seule solution pour les patients atteints de cette allergie : retirer le gluten de leur alimentation pour éviter les incommodations.
  • La troisième pathologie reprend les personnes ayant une sensibilité non cœliaque au gluten. Cette sensibilité se manifeste par les mêmes symptômes que la maladie cœliaque : des symptômes digestifs (douleurs abdominales, crampes, ballonnement, diarrhée, constipation) et extra-digestifs (maux de tête, fatigue, douleurs articulaires ou musculaires, dépressions). Néanmoins, on ne constate pas de carence chez ces personnes. Tout se rapproche donc de la maladie cœliaque mais la communauté scientifique n’est pas arrivée à un consensus pour confirmer que cette sensibilité est liée à celle-ci : "Si l’on réalise une biopsie chez ces personnes sensibles, les villosités intestinales ne sont pas touchées. Néanmoins, avec des analyses très poussées, il serait peut-être possible de détecter une anomalie au niveau de l’immunité", précise Françoise Smets. Pour détecter une intolérance, les médecins vont essayer différents régimes pour déceler le problème, en arrêtant par exemple le gluten un certain temps avant de le réintroduire et de vérifier si les troubles resurgissent.
  • La dernière pathologie est celle du "côlon irritable". Il s’agit ici d’un trouble fonctionnel de l’intestin entraînant une mauvaise digestion du gluten. Les personnes touchées n’ont que des symptômes digestifs. Elles se sentent mieux en excluant le gluten de leur alimentation mais en manger n’a pas d’impact sur leur santé.

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