Interdire les écrans aux jeunes? "Penser comme ça, c'est mal parti"

Interdire les écrans aux jeunes? "Penser comme ça, c'est ma parti"

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03 janv. 2018 à 15:06 - mise à jour 03 janv. 2018 à 15:06Temps de lecture2 min
Par Maxime Dumoulin

Doit-on interdire à nos enfants de regarder la télévision sans arrêt? Doit-on rythmer et organiser des plages horaires pour les laisser regarder la télé? Penser de cette façon, "c’est mal parti”, dit Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’Université de Mons.

Comment ne pas prendre peur en voyant nos enfants jongler avec les écrans tactiles et passer leurs soirées à surfer, jouer? Avoir peur, justement, diaboliser les écrans, c’est ce qui pose problème dans une relation adulte-enfant, et plus spécifiquement dans une relation adulte-adolescent, explique Bruno Humbeeck. “L’écran en lui-même n’est pas un problème”. Une expérience a été réalisée, à Mons. Deux adultes proposent à leur adolescent d’aller faire un tour, le dimanche après-midi. Mais l’ado dit qu’il préfère jouer avec ses jeux vidéo. C’est le drame, les deux parents s’emportent et diabolisent sa préférence pour les écrans. Un autre couple propose à un autre ado la même promenade. Cette fois, l’ado dit qu’il préfère lire Les Misérables de Victor Hugo. “Là, personne ne s’insurge”, décrit Bruno Humbeeck.

L’écran n’est pas un problème, c’est ce que l’on y fait qui est problématique. Il vaut mieux dire que les réseaux sociaux sont une chose fascinante, mais qu’en cas de problème, il est important que l’enfant ose en parler. Car dire que c'est catastrophique laissera penser au jeune que le sujet est tabou, et qu’en cas de harcèlement, par exemple, il sera seul contre tous.

Non aux parents-hélicoptères

À partir de quel âge peut-on lâcher les chiens et ne plus se préoccuper de cette problématique? Une réponse qui ne prend finalement pas l'âge en compte: opter pour l’autorégulation. En quoi cela consiste? Ne pas faire le “parent-hélicoptère”, dit le psychopédagogue. Garder à l’esprit qu’il est important de parler de ce que vit l’enfant. Mais de l’autre côté, lui donner un chiffre de réussite scolaire imposé. Si l’enfant ou le jeune reste au-dessus de ce chiffre, il a le droit de gérer son usage des écrans. En dessous, il faut en parler.

Une chose à rappeler aussi, souligne Bruno Humbeeck, c’est qu’il n'y a pas d’addiction aux écrans chez l'adolescent. Chez l’enfant et l’ado, on parle d’aliénation. C’est-à-dire, une tendance à avoir du mal à se passer de quelque chose. Pour ce qui est de l'addiction, cela est valable uniquement chez le jeune adulte ou chez l’adulte en péril d’inscription sociale. La dépendance, c’est un besoin très puissant et dangereux.

La technique québécoise 

Pour se sortir d’une éventuelle aliénation, ou simplement pour l’éviter, les Québécois ont une pratique savante. Une fois par semaine ou par mois, la famille entière décide de se passer d’écran. “C’est là qu’on se rend compte que l’aliénation est assez générale finalement. La famille passe une très bonne journée et finit la journée par une activité commune. Un cinéma par exemple (sic!)”.

Les écrans tactiles font partie de leur monde. Ce n’est pas négatif. Mais l’outil numérique doit être compris. C’est un outil pédagogique, qui a des dérives (harcèlement, etc.) et qui doit s’adapter à chacun.

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