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Belgique

Inondations en Wallonie : un an après, Chaudfontaine tente de se reconstruire

05 juil. 2022 à 08:39Temps de lecture4 min
Par Belga, édité par Maud Wilquin

A la mi-juillet 2021, un véritable torrent ravageait tout sur son passage dans plusieurs communes de Wallonie, faisant 39 morts et causant d'énormes dommages matériels. Un an après, l'heure est encore à la reconstruction dans des communes wallonnes traumatisées. A Chaudfontaine, seules 26% des habitations endommagées ont été entièrement restaurées.

Chaudfontaine, en province de Liège, conserve les stigmates des inondations meurtrières des 14 et 15 juillet 2021. Dans cette commune, au moins 3.800 habitants et habitantes ont été impactés par les inondations et plus de 1.800 maisons endommagées. Quatre personnes ont également perdu la vie.

Maisons détruites, vides ou en rénovation, conteneurs, travaux sur les berges de la Vesdre... Les traces de la catastrophe restent visibles dans cette commune, qui n'a pourtant pas fait partie des plus touchées. Chaudfontaine est en effet répartie entre la vallée, ravagée, et le plateau de l'Ardenne, qui a lui été épargné, ce qui fait qu'un cinquième environ de la population calidifontaine a été sinistré.

La catastrophe débute le 14 juillet, vers 14h00, avec les premiers appels à évacuer. Quelques heures plus tard, l'eau emporte tout sur son passage. "C'était un véritable torrent", se souvient Didier Grisard, président du CPAS de Chaudfontaine.

"C'est devenu incontrôlable en quelques heures, tout le monde s'est réfugié le plus haut possible", raconte Emmanuel Radoux, directeur général du CPAS de Chaudfontaine. "On a connu des inondations par le passé et donc les gens ne se sont peut-être pas alarmés suffisamment par rapport au degré de dangerosité. Lorsque l'eau a continué à monter, c'était trop tard" pour évacuer, souligne. Didier Grisard.

Face à ce déferlement, il faut parer au plus pressé: sauver des vies. La population se mobilise, notamment celle qui vit sur les hauteurs de la commune, pour rapatrier les habitants de la vallée. "Les premières heures, les personnes prenaient leur voiture, descendaient dans la vallée et remontaient au sec les personnes coincées", témoigne Emmabuel Radoux. "J'ai vu des gens qui en rapatriaient d'autres dans des bennes de camion, c'était hallucinant. (...) Il y a vraiment eu un élan de solidarité spontané de la population locale."

"Finalement, on s'en est bien sortis parce que tous ces bénévoles se sont lancés sans trop réfléchir pour intervenir avec des jets-skis, des barques, etc., là où les secours ne voulaient pas aller. On déplore finalement peu de victimes", pointe Manuela Catot, coordinatrice de la cellule inondations de la commune de Chaudfontaine.

"C'était beaucoup d'improvisation parce que c'était complètement invraisemblable", ajoute Emmanuel Radoux. Lui qui habite depuis toujours à Chaudfontaine n'avait jamais vécu une inondation d'une telle ampleur auparavant. "On avait déjà eu quelques inondations mais c'étaient des pipis de chat, excusez-moi l'expression, par rapport à ce qu'on a vécu."

"Les voitures passaient et tapaient dans les maisons, des arbres déracinés emboutissaient les voitures... Ça laisse des traces, on a encore beaucoup de suivi psychologique actuellement", souligne le directeur général du CPAS de Chaudfontaine. En tout, 248 demandes de suivi psychosocial ont été reçues sur la commune liégeoise.

Les premières heures n'ont "pas été faciles à gérer" tellement la catastrophe a été "immédiate et violente", explique Emmanuel Radoux. Dès le 14 juillet, deux centres d'accueil sont ouverts, permettant d'accueillir près de 1.000 personnes. Ils ferment le 18 juillet, la commune ne souhaitant pas se lancer dans la gestion compliquée d'un centre d'hébergement. "Dès le dimanche soir, tout le monde était rapatrié quelque part", que ce soit dans des institutions telles que des maisons de repos ou chez des habitants.

Un centre de crise est mis en place au niveau communal, "c'était le nerf de l'action", souligne Emmanuel Radoux. "On était relativement seuls dans un premier temps, avec les fonctionnaires communaux, le CPAS et la police. Malheureusement, les pompiers étaient complètement débordés. La Protection civile et l'armée absentes", dénonce-t-il.

L'armée interviendra finalement le 24 juillet pour proposer des repas, déblayer les gravats, pomper l'eau dans les caves... tandis que la Croix-Rouge arrivera à la mi-août. Avec l'arrivée de ces mastodontes, l'aide se structure et les bénévoles peuvent souffler, mais en attendant, c'était le règne de la débrouille.

Lorsque l'eau se retire, l'étendue des dégâts se révèle. "C'était le chaos. Les gens disaient que c'était pire que la guerre. On n'avait jamais vu ça, toute la vallée était dévastée", raconte Emmanuel Radoux. "À ce moment-là, il y a une gigantesque mobilisation de la famille, des amis, des proches, des voisins... Puis on a vu débarquer des troupes venant de communes voisines et des bénévoles de Bruxelles, de Flandre..."

L'aide afflue de toute part et doit être canalisée. "On a dû se répartir les postes, mettre un poste d'accueil dans les centres pour éviter que les bénévoles n'entrent à tout-va", témoigne Manuela Catot. "Il fallait tout improviser."

Un centre de récolte des dons s'ouvre à Embourg et deux de distribution à Vaux-sous-Chèvremont et à Chaudfontaine-sources. Trois centres de distribution de repas, d'accueil, de douches et de WC ouvrent également leurs portes. À partir du 17 juillet, trois repas par jours sont distribués, soit plus de 1.000 par jour.

Une aide alimentaire a été prodiguée jusqu'au 18 avril, même si elle a été réduite progressivement, tout d'abord avec la rentrée scolaire et ensuite avec le retour du gaz fin novembre.

Un an après, la cellule inondations de Chaudfontaine a fait le point auprès de 1.262 ménages aidés, dont 920 ont répondu à ses sollicitations. Un quart n'ont pas encore réintégré leur habitation et 26% des maisons seulement ont été entièrement restaurées.

Des besoins se font encore ressentir pour évacuer des gravats, pour du matériel tel que des conteneurs ou des remorques, pour aménager les extérieurs, réaliser des travaux de peinture... Quinze pour cent des habitants rencontrent des difficultés avec leur assurance tandis que 12% n'ont pas entamé ou ont dû interrompre leurs travaux, en raison de l'attente d'indemnités, d'un montant final du chantier plus élevé que le devis approuvé par les assurances ou d'un manque de disponibilité des entrepreneurs.

L'objectif pour la commune est de poursuivre le plus rapidement possible les travaux de rénovation "pour montrer qu'elle vit. On ne veut pas de villes fantômes sinon les habitants vont partir", prévient Didier Grisard. Jusqu'à présent, la commune a compté 9% de déménagements définitifs.

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