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Inondations en Europe, chaleur et incendies en Amérique du Nord, y a-t-il un lien ?

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17 juil. 2021 à 05:30Temps de lecture3 min
Par Corentin Laurent

Les épisodes de précipitations extrêmes qui ravagent la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Grand-Duché du Luxembourg et le dôme de chaleur qui a pesé sur la côte ouest de l’Amérique du Nord et qui laissent maintenant place à une saison des incendies sans précédents, font écho aux avertissements des climatologues. Ces deux évènements sont en apparence diamétralement opposés et presque inédit. Accorder un lien de cause à effet sans nuances est scientifiquement incorrect, il est donc nécessaire de faire le tri entre ce qui rapproche et ce qui différence ces deux phénomènes atmosphériques extrêmes.

Le point commun : un phénomène de "blocking"

D’un côté, des trombes d’eau qui n’en finissent plus de tomber du ciel jusqu’à faire sortir de leurs lits les fleuves, lacs et cours d’eau d’Europe. De l’autre, de l’air sec et des températures extrêmes. Dans les deux cas, on a à faire à un phénomène qui dure dans le temps, un phénomène de "blocking", "c’est-à-dire une structure atmosphérique qui ne se déplace pas, qui reste sur place pendant plus longtemps qu’une structure atmosphérique normale", explique Fabian Debal, météorologique principal à l’Institut royal météorologique (IRM). Les conditions pour la vie sur terre sont donc extrêmes, et cela est amplifié par une durée prolongée de ces conditions.


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C’est un point commun donc, mais il ne permet pas d’établir un lien entre les deux intempéries. "L’un aurait pu se produire sans l’autre. Ce sont des évènements isolés et indépendant", dit le météorologique, qui explique que d’un point de vue atmosphérique, rien n’indique que ces évènements se produisent en même temps pour une autre raison que le hasard. Reste donc une hypothèse, celle du climat.

Le réchauffement climatique comme dénominateur commun ?

Pour Jean-Marc Van Ypersele, professeur de Climatologie à l’UCLouvain, invité sur le plateau du Journal télévisé de 13 heures de ce jeudi pour analyser les inondations dans notre pays, cela ne fait aucun doute : "on ne peut pas expliquer ce qui s’est passé en Belgique sans le dérèglement climatique". Brandissant, le premier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) datant 1990, il citait "l’effet de serre accentuera les deux extrêmes du cycle hydrologique, c’est-à-dire qu’il y aura plus d’épisode de pluie extrêmement abondante et plus de sécheresse prononcée".

Un effet du réchauffement de l’atmosphère sur le cycle des pluies que corrobore Fabian Debal, "le premier point est que réchauffement permet à l’atmosphère de capter plus d’eau et donc en cas de dépression quand l’air se condense, on observe des précipitations plus importantes. Le second point c’est que le réchauffement assèche naturellement l’air et peut donc mener à des épisodes de sécheresses", comme c’est le cas en ce moment en Amérique Du Nord.


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Cela dit, pour le météorologiste, les fortes pluies qui ont balayé la Belgique et ses voisins ne sont pas forcément à imputer au réchauffement climatique. "On aurait pu connaître les mêmes évènements s’il n’y avait pas de réchauffement climatique", explique-t-il. Le dérèglement que connaît notre planète et ces épisodes ne sont pas nécessairement liés et il "faut observer la fréquence et l’intensité de ces épisodes" pour affirmer sans équivoque qu’ils sont une conséquence du réchauffement, "c’est encore à l’étude pour le moment, on manque encore de recul", conclut-il.

En clair, on sait que le réchauffement climatique "donne lieu à une hausse de la probabilité d’évènements extrêmes de manière générale", mais on ne sait pas encore si ce que l’année 2021 en est une conséquence et une tendance à la hausse de la fréquence de ces évènements est en marche.

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Intempéries : le point de vue de Jean-Pascal van Ypersele - Climatologue

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