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Belgique

Inondations de juillet 2021 : bénévoles de la première heure, le Brugeois Filip et la Liégeoise Charlotte sont toujours là

Les invités de Matin Première: deux bénévoles mobilisés depuis un an

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14 juil. 2022 à 07:40Temps de lecture3 min
Par Ambroise Carton (RTBF Info) sur la base d'une interview menée par Thomas Gadisseux

Ce jeudi, la Belgique se souvient des inondations de juillet 2021. Des commémorations auront lieu dans plusieurs communes touchées, notamment à Chênée où une cérémonie d’hommages se tiendra en présence du roi Philippe à 11h15.

Un an après la catastrophe, des bénévoles sont toujours actifs dans les régions sinistrées. Parmi eux, il y a Charlotte Depierreux et Filip Vanden Berghe. La première est restauratrice à Liège, le second est professeur de français à Bruges. A deux, ils incarnent la solidarité et la volonté de centaines de volontaires au service des victimes des inondations.

"Je remarque qu’il y a encore plein de sinistrés qui sont dans la pénurie, chez qui les travaux n’ont pas du tout avancé", dénonce Filip Vanden Berghe qui souligne la situation financière "très précaire" de certains. Dans ce contexte, il a voulu dans les jours qui ont suivi la catastrophe "donner du réconfort aux gens".

"Je veux aider mes amis francophones"

"Je suis venu pour la première fois le 24 juillet. Je me suis dit : 'Ou bien je reste dans mon canapé ou bien j’agis', raconte le Brugeois. Il faut montrer qu’on est solidaires. Les Flamands et les Wallons, on est un pays et je veux aider mes amis francophones dans la pénurie."

Il poursuit : "J’ai contacté plein de marques pendant l’été dernier. J’étais surpris des résultats. Il y en a qui m’ont offert 25 palettes. Ils ont vu que je remettais les colis dans les mains des sinistrés, dans les quartiers impactés. Je n’avais pas pensé que je recevrais des tonnes de dons. Ça m’a vraiment surpris."

Une chaîne de solidarité s’est d’ailleurs aussitôt mise en place. Un ami de Filip Vanden Berghe a par exemple prêté un dépôt pour stocker les marchandises et est allé lui-même chercher des dons avec son camping-car et sa remorque.

"Une expérience humaine incroyable"

Un an après, Filip Vanden Berghe est toujours là. "En voyant et en écoutant toutes ces histoires dramatiques, j’ai dit que je devais continuer. Mes distributions, c’est une goutte d’eau. Mais je peux quand même aider les gens concrètement. […] C’est superbe, c’est une expérience humaine incroyable."

Sur place, il reste d’ailleurs beaucoup à faire. "Les gens pensent que là-bas tout a été résolu. Je veux montrer que ce n’est pas le cas", insiste le professeur de français. Il évoque alors "les problèmes psychologiques des gens, les suicides, les problèmes de santé qui sortent maintenant, l’humidité qui va ravager beaucoup de maisons dans le futur".

Pour Filip Vanden Berghe, les victimes gardent un sentiment d’abandon. "Les gens n’ont pas eu l’aide administrative, judiciaire et mentale nécessaire", regrette-t-il.

Charlotte Depierreux fait le même constat. La chaîne de solidarité lancée en juillet 2021, et dont elle fait partie, est toujours active aujourd’hui. "On essaye d’aider sur tout ce qu’on peut : administratif, soutien moral", énumère celle qui a été élevée au grade de chevalier du Mérite wallon.

Lourdeurs administratives

"Les communes n’ont pas toutes les mêmes aides. Il faut aider les gens à trouver les aides là où elles sont", poursuit-elle. Et la chaîne de solidarité ne fait que se prolonger. Une fois que les sinistrés ont été aidés, "ils veulent rendre ce qu’on leur a donné. Quand on a réussi à faire avancer leur dossier, ils viennent aider les autres".

Les lourdeurs administratives ne viennent rien arranger. "Il y a beaucoup d’aides, mais il faut les connaître. Les gens qui sont en train d’essayer de retaper leur maison ne sont pas au courant. Vous ne vous rendez pas compte du nombre de papiers qu’il faut remplir pour avoir de l’aide", lance Charlotte Depierreux qui évoque l’obligation de remplir "des dossiers de dix pages pour des broutilles".

"Si j’ai le droit à la parole, je pense que ça ne plaira pas à tout le monde"

Elle critique au passage les autorités. "L’Etat, les villes et les communes se reposent trop sur les citoyens qui ont aidé et continuent à le faire. Ce n’est pas normal qu’on arrive à réagir en 24h et pas eux. Ce n’est pas normal qu’on est toujours là un a après et pas eux. Je trouve ça dérangeant."

La restauratrice sera présente aux commémorations, mais celles-ci auront pour elle un goût amer. "J’ai été invitée, je trouve ça un peu surfait. C’est tellement dommage de ne pas inviter les sinistrés eux-mêmes. On invite juste les politiciens et les gens qui ont aidé." Et de glisser : "Si j’ai le droit à la parole, je pense que ça ne plaira pas à tout le monde."

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