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Inflation à 3,5% : "Un phénomène en grande partie transitoire", estime le gouverneur de la Banque nationale Pierre Wunsch

Le marché matinal de Michel Gassée

L'inflation augmenterait plus vite que prévu

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Depuis quelques semaines, plusieurs indicateurs économiques montrent que le contexte global se dégrade. Mais à ce stade, le gouverneur de la Banque national Pierre Wunsch n’est pas inquiet : "Il faut dire que pendant six mois, on a eu des nouvelles économiques systématiquement bonnes et dans la bonne direction. Un peu avant les vacances, je me suis dit qu’à un moment donné, on allait être confronté à des nouvelles un peu moins bonnes et c’est ce qui arrive aujourd’hui. Elles restent globalement favorables, donc on continue à avoir des indicateurs qui pointent vers une reprise qui sera peut-être un peu moins soutenue qu’on l’espérait il y a un ou deux mois, mais on reste avec des chiffres qui sont plus favorables que ce qu’on espérait il y a six mois. Ce qui est vrai, c’est que l’incertitude sur l’inflation a augmenté. On a donc eu des surprises, comme on dit, avec une inflation plus élevée que prévu et qui a l’air de durer un peu plus qu’on ne le pensait. On continue à penser que c’est très largement temporaire comme phénomène, mais on ne peut plus exclure que ça va durer plus longtemps, avec potentiellement un impact négatif sur le pouvoir d’achat, peut-être un peu moins en Belgique parce qu’on a une indexation automatique. Il faut mettre les choses dans leur contexte : on a eu des nouvelles économiques qui étaient très favorables pendant plusieurs mois et elles le sont un tout petit peu moins aujourd’hui", explique-t-il au micro de la RTBF.

"Être confronté à des pénuries telles qu’on les observe aujourd’hui, on n’avait plus connu ça depuis les années 70, et c’était même un peu différent, c’était les chocs pétroliers. On n’est donc pas habitué à ça et on n’a pas toujours l’instrumentarium nécessaire. On essaie de comprendre mieux ce qui se passe. Le cas de base, c’est quand même de se dire que ce que les gens ne peuvent aujourd’hui pas acheter parce qu’il y a des pénuries, ils vont l’acheter demain. C’est par exemple ce qu’on observe pour le cas allemand : les prévisions de croissance ont été revues à la baisse cette année-ci, mais pratiquement dans une proportion similaire revue à la hausse pour l’année prochaine. Donc, si ce n’est que ça, c’est-à-dire certains biens qui ne sont pas disponibles aujourd’hui, mais qui le seront demain, et donc un petit décalage dans la reprise, ce n’est pas grave. Si ça conduit à une spirale négative qui est plus profonde, ça pourrait être plus préoccupant" poursuit-il.


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Quant aux pénuries en matière d’emploi observées en Belgique, elles "sont à la fois une mauvaise nouvelle parce que ça restreint le potentiel de croissance, mais c’est aussi une bonne nouvelle. Ça veut dire que les jeunes qui arrivent sur le marché du travail et que les gens qui n’y sont pas, mais qui ont envie d’y retourner, ont des opportunités aujourd’hui que les gens de ma génération n’avaient pas parce que le chômage était plus important et touchait peut-être une frange plus importante de la population. Mais ça veut aussi dire que les enjeux en matière de politique économique vont peut-être être moins de soutenir l’économie en général, sans discrimination, et beaucoup plus des politiques ciblées pour essayer d’avoir le plus possible une adéquation entre les profils qui sont recherchés dans l’économie et les formations, les capacités diverses et variées des gens qui se présentent sur le marché du travail ou qui voudraient y revenir".

Pierre Wunsch déclare à propos de l’inflation : "On a été très clairs lors de la révision de notre stratégie, au niveau de la Banque centrale européenne. On veut clairement aller à 2%. Alors, on a tendance à dire qu’on n’y est pas, aujourd’hui on atteint 3,5%. On pense effectivement que c’est un phénomène en grande partie transitoire et qu’aujourd’hui, structurellement, on n’est pas encore sûrs de pouvoir rester à 2% d’inflation de manière durable. Et ça nous conduit à être plutôt attentistes en matière de politique monétaire, de ne par exemple pas augmenter les taux en paniquant, en se disant que l’inflation est à 3,5%. On doit être vigilants. Si l’inflation reste plus élevée que 2%, ce qui est le cas maintenant, pendant une certaine période, peut-être qu’on devra remonter les taux plus tôt que prévu", conclut-il.

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