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Belgique

Incidents au Capitole à Washington : comment la sécurité est-elle assurée au Parlement fédéral belge ?

Incidents au Capitole à Washington : comment la sécurité est-elle assurée au Parlement fédéral belge ?
07 janv. 2021 à 17:245 min
Par Jean-François Noulet, avec R. Crivellaro et F. Van Eeckhaut

Que des manifestants ou des opposants pénètrent dans un parlement est un fait rare dans une démocratie. Le Parlement fédéral belge est situé dans une zone neutre et bénéficie d’un statut particulier. La protection de ce lieu et de ses activités est assurée par différents moyens. La présidente de la Chambre, Eliane Tillieux, a fait le point sur la sécurité du Parlement. 

La zone neutre, une première garantie

Le Parlement fédéral, où siègent les députés de la Chambre et les sénateurs se trouve dans ce qu’on appelle la " zone neutre ". A Bruxelles, cette zone est un périmètre où il est interdit de manifester. On y retrouve, d’un côté du Parc royal, le Palais Royal et, de l’autre côté du parc, le Parlement. 

Dans cette zone se trouvent aussi des cabinets ministériels. On y trouve, par exemple le 16 rue de la Loi, du Premier ministre, le cabinet du ministre de l’Intérieur, celui des Finances, celui de la Défense ou encore la Chancellerie, la résidence du Premier ministre. La zone neutre est délimitée par la rue de Louvain, la rue Ducale, la rue Bréderode et la rue Royale.

La création de la zone neutre remonte à 1890. Ce fut une idée du bourgmestre de Bruxelles de l’époque, Charles Buls. L’idée était d’empêcher toute atteinte à l’exercice des pouvoirs constitutionnels.

En général, à part le prestige des bâtiments qui s’y trouvent, rien ne permet au passant de distinguer qu’il se trouve dans une zone au statut particulier. Pas de barrières, pas de contrôles à l’entrée. Tout au plus des représentants des forces de l’ordre ou de la police militaire à l’entrée de certains bâtiments. 

Mesures de protection particulières

En revanche, lorsque des manifestations sont annoncées, la zone neutre fait l’objet de mesures de protection particulières. Toutes les rues permettant d’y accéder sont alors barricadées à l’aide de chevaux de frise, gardées par des effectifs de police. Les autopompes ne sont alors jamais loin pour éloigner les manifestants qui tenteraient de pénétrer dans la zone.


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Lorsqu’une manifestation non autorisée se produit, le défi des forces de l’ordre est d’installer au plus vite un dispositif de protection de la zone neutre. Cela n’empêche pas toujours les manifestants de s’installer devant des bâtiments de cette zone. C’est arrivé plusieurs fois:

  • En 1998, 200 personnes s’étaient rassemblées dans la zone pour protester contre la politique d’expulsion du ministre de l’Intérieur.
  • En 2012, des pompiers et leurs véhicules sont parvenus, malgré les chevaux de frise, à pénétrer dans la zone neutre pour s’opposer à la réforme des pensions.
  • Plus récemment, en mars 2019, 300 personnes qui manifestaient pour le climat ont occupé la rue de la Loi, devant le Parlement. 

Ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres.

La sécurité sur le site du parlement

Sur le site du parlement, la sécurité est assurée en partie par des civils et en partie par la police militaire, les MP’s. Une cinquantaine de MP’s sont affectés à la protection du Parlement. En cas de présence inopportune dans le parlement, ces militaires sont habilités à réagir.

"Une invasion est imprévisible mais elle est aussi irréaliste", estime Axel Desfossés, Commandant en charge de la police militaire. "Dès qu’il y a une masse de gens qui se rassemblent, on ferme carrément les grilles. Dans ce cas-là, la police de Bruxelles sera également en place pour empêcher ces gens d’envahir le parlement" estime le Commandant Desfossés. Le Parlement est en effet entouré de hautes grilles.


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Au cas où un individu pénétrerait malgré tout dans le bâtiment, la police militaire, armée, "peut réagir, toujours en respectant le principe de légitime défense, avec proportionnalité et uniquement quand ils sont attaqués", précise Axel Desfossés. Ce dernier est confiant dans le dispositif existant, notamment le principe de la zone neutre.

Aux entrées du parlement, la sécurité est aussi assurée par des gardes civils. Ils ne sont pas armés. Leur travail consiste, entre autres, à vérifier l’identité des personnes qui entrent dans le parlement et à contrôler qu’elles n’entrent pas avec des objets interdits. Des portiques de détection de métaux et des scanners à bagages sont utilisés dans ce but.

Cela suffit-il pour empêcher l’intrusion de personnes déterminées ?

On l’a dit, le responsable de la police militaire est confiant. Les grilles existantes qui permettent de fermer complètement les accès au parlement sont, selon lui, une bonne protection. Au cas où un individu déterminé pénétrerait malgré tout dans le bâtiment, le Commandant Desfossés est aussi confiant. "Il faut déjà trouver son chemin ici. Si on ne connaît pas son chemin dans le bâtiment, l’intrusion est vite terminée", explique le Commandant Desfossés, faisant allusion aux nombreux couloirs et dédales que l’on retrouve au Parlement.


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Il est déjà arrivé, dans le passé, que des manifestants pénètrent dans le Parlement. En 1998, par exemple, lors de la manifestation improvisée en zone neutre devant le cabinet du ministre de l’Intérieur, 23 manifestants étaient parvenus à rentrer dans le Parlement et en avaient été assez vite refoulés.

En novembre 2018, des manifestants de "Time for climate, time for people" étaient parvenus à franchir les grilles du Palais de la Nation et à se rassembler pacifiquement dans la cour arrière, rue de Louvain, pour y dénoncer l’inaction du gouvernement précédent en matière climatique. Il n’y avait eu aucun incident.

Et s’il fallait évacuer les parlementaires et le personnel ?

La présidente de la Chambre, Eliane Tillieux, après les incidents du Capitole à Washington, a tenu à faire le point sur la sécurité du Parlement. Elle se dit "rassurée avec ce qui a été mis en place par ses prédécesseurs", que ce soit les grilles, les portiques de sécurité ou encore la surveillance de la zone neutre.


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En cas d’invasion du Parlement, il pourrait s’avérer nécessaire d’évacuer les occupants du Parlement, les parlementaires et le personnel. Là aussi, au Parlement, on se veut rassurant : "Pour tous ceux qui ont déjà visité ce parlement, il y a énormément de couloirs, de portes d’accès. Donc, même dans l’enceinte parlementaire, il y a une série de portes qui permettront aux députés d’être évacués très facilement, très rapidement en fonction de là d’où vient le risque", explique Eliane Tillieux. Ce serait alors à la police militaire de coordonner l’évacuation et de donner ses instructions.

Et s’il fallait mettre des personnes en sécurité. "Nous avons ici une série de salles qui peuvent évidemment servir de salle d’accueil pour mettre en sécurité nos parlementaires et le personnel ", explique Elian Tillieux. "Il y a plusieurs possibilités, plusieurs itinéraires et il y a plusieurs endroits où l’on sait se cacher pour préparer une évacuation", complète le Commandant de la police militaire Axel Desfossés. Mais il se gardera bien de donner plus de détails.

Reportage dans notre journal télévisé :

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