Imprimantes 3D: un immense vivier d'emplois pour la Belgique?

Imprimantes 3D: un immense vivier d'emplois pour la Belgique?

© AFP PHOTO / CORNELL UNIVERSITY

04 avr. 2013 à 06:48 - mise à jour 04 avr. 2013 à 07:48Temps de lecture4 min
Par Julien Vlassenbroeck

Les imprimantes 3D vont-elles bouleverser le monde? C’est en tout cas l’avis de plusieurs spécialistes dont certains estiment que la démocratisation de ces appareils et leur diffusion de masse représentera une troisième révolution technologique, à l’instar de celle provoquée par l’internet.

D’abord comment cela fonctionne? Comme pour une imprimante classique, on a une petite "tête" qui imprime ce que l’on a demandé.

Seulement, sur une impression classique, cette tête se déplace de gauche à droite et de haut en bas. Sur une imprimante 3D, la tête se déplace également de l’avant vers l’arrière (en "profondeur" donc). Au lieu de déposer de l’encre sur une feuille, l’imprimante dépose un filament de plastique, par couches successives, comme on dépose successivement les couches d’un mille-feuille.

D’autres imprimantes 3D fonctionnent autrement : on dépose un bloc de plastique ou de la poussière de plastique et la tête de l’imprimante "sculpte" la pièce demandée.

Ces procédés existent depuis un certain temps mais le bouleversement auquel on assiste aujourd’hui consiste bien dans la démocratisation de ces appareils.

Aujourd’hui pour un prix autour des 1000 euros, il est possible de se procurer une imprimante 3D. Et en ce qui concerne la matière première, "un kilo de plastique tourne autour des 70€", indique Pierre Carrolaggi actif chez "Droit et devoir", une entreprise de formation par le travail à Mons qui utilise le potentiel de l’impression 3D.

Ces matériaux sont déjà en vente sur le net pour le grand public.

Le changement vient donc du fait que dorénavant, ces imprimantes vont investir les maisons, les écoles, etc. Et ne plus se cantonner aux grandes usines et aux grands laboratoires. Ces imprimantes ne sont plus condamnées à demeurer dans le champ industriel.

Applications concrètes

Pour donner l’ordre à la machine de produire un objet précis, il faut évidemment des plans.

Or, avec un peu de formation, ces plans "on peut les programmer soi-même", explique Pierre Carollaggi.

Ce dernier précise que dans le cadre de son travail de formation avec Bouchaib Samawi, ils apprennent justement aux jeunes à programmer leurs objets. "Le vrai plaisir c’est ça", estime-t-il.

Mais il ajoute que de nombreux plans sont déjà partagés par la "communauté des usagers d’imprimantes 3D".

Thierry Dormal, indique, lui, que ’il travaille dans "tous les domaines : aussi bien l’aéronautique, le spatial, l’automobile, la bijouterie, l’archéologie…".

Pour le spatial, le progrès est parfois frappant. "Dans l’aérospatial, diminuer le poids d’une pièce de un kilo représente une économie de 25 000€. Dès lors, faire des pièces allégées comme l'autorise cette technologie, permet d’avoir des pièces très optimisées et beaucoup plus efficaces", explique le représentant du centre de recherche Sirris qui exploite des imprimantes 3D à Liège pour produire des objets de grande précision pour la chirurgie ou l'aérospatial.

Droits intellectuels et sécurité

Ces plans vont circuler sur internet et vont potentiellement pouvoir être imprimés par tout un chacun. Est-ce inquiétant au niveau de la propriété intellectuelle ?

Oui, "il y a énormément à faire sur le plan juridique" pour réguler tout cela. Outre le problème des brevets et des droits, se pose également la question de la sécurité.

Si un utilisateur imprime un jouet pour un enfant en bas âge dans le mauvais matériel ou si un usager imprime une pièce pour sa voiture et que l’on provoque un accident, il y a évidemment un risque or rien n’est prévu au niveau juridique pour ce type de cas, souligne Thierry Dormal.

Pour ce qui concerne les applications médicales (prothèses,…), la question se pose également avec acuité, même si là, c’est moins le grand public qui est visé. On imagine mal un citoyen lambda tenter de poser lui-même une prothèse intervertébrale qui nécessite une opération chirurgicale très exigeante, ironise l’interlocuteur de Robin Cornet.

Le futur c’est déjà aujourd’hui

Quels bouleversements ces technologies vont-elles induire? "Cela aura surtout une influence sur la délocalisation, puisque l’on aura plus besoin de moule ou d’outillage puisqu’on sort directement les pièces, avec éventuellement une finition dessus par après", explique encore Thierry Dormal.

Ce dernier précise que l’on pourra imprimer à proximité des clients mais également en utilisant des matériaux proches, sans devoir être dépendant de longs transports. On peut déjà imprimer des objets en bois ou en papier aggloméré par exemple.

Emplois et développement durable

"Cette technologie ne peut qu’être porteuse d’emplois", explique Bouchaib Samawi, directeur de "Droit et devoir". Il s’appuie, pour l'affirmer, sur la croissance annuelle de 25% à 30% de ce secteur. "En plus, cela va dans le bon sens en termes de développement durable. Cela répond à la logique ‘do it yourself’ (faites-le vous-mêmes), autrement dit ‘penser global, agir local’", pointe-t-il avec enthousiasme.

Comme il l'indique lui-même, demain, il faudra des personnes capables d’assembler ces imprimantes, des réparateurs, des personnes qui puissent assurer la conception des objets 3D, des personnes qui assurent les procédures post-production… Le vivier d’emploi est donc immense pour la Belgique en général et la Wallonie en particulier, si l’on en croit Bouchaib Samawi.

Ju. Vl.

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