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Immersion à l'Institut Sainte-Marie : pourquoi le système scolaire est-il aussi inégalitaire ?

Le mode d'emploi : la mixité sociale à l'école

JT 19h30

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24 avr. 2019 à 06:10 - mise à jour 24 avr. 2019 à 15:123 min
Par Elisabeth Groutars

Cette immersion à l'Institut Sainte-Marie de Fontaine-l’Évêque part d’un constat: le système scolaire belge est inégalitaire. Ce n’est pas nous qui le déclarons mais bien l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Dans son rapport publié en octobre 2018, l’OCDE classe l’enseignement en Belgique parmi les plus inégalitaires d’Europe. L’écart continue même de se creuser entre les performances des élèves socialement favorisés et les résultats des plus défavorisés.

24% terminent un cursus d’études supérieures

Si nous devions illustrer cette étude avec un chiffre, ce serait celui-là: 24% de jeunes adultes (26-35 ans) issus de milieux défavorisés en Belgique terminent un cursus d’études supérieures. En comparaison, le Canada, par exemple, est à 39%.

En se basant sur des études PISA, l’OCDE constate que ce phénomène d’inégalités à l’école est en effet très souvent lié au statut socio-économique de l’élève. On le voit principalement pour le cours de sciences. Chez nous 19,3% des écarts entre élèves en sciences peuvent s’expliquer par leur statut socio-économique. La moyenne est de 13%.

Immersion : pourquoi le système scolaire est-il aussi inégalitaire ?

Immersion à l'Institut Sainte-Marie : Pourquoi le système scolaire est-il aussi inégalitaire?
Immersion à l'Institut Sainte-Marie : Pourquoi le système scolaire est-il aussi inégalitaire? © Tous droits réservés

Pour comprendre pourquoi notre système scolaire est aussi inégalitaire, nous sommes allés à la rencontre de la direction, des professeurs et des élèves de l’Institut Sainte-Marie de Fontaine-l’Evêque, près de Charleroi. Cette école fait partie des écoles dites à « discrimination positive ». Elle reçoit donc notamment une aide financière pour donner toutes les chances de réussir aux élèves socialement défavorisés. Mais elle manque de stabilité, de professeurs ou d’aides financières supplémentaires pour que les élèves aient les mêmes chances d’évoluer que ceux d’autres écoles plus favorisées.

Pour Françoise Thirion, directrice adjointe au sein de l’établissement, les inégalités scolaires sont directement liées à l’instabilité que créent tous les changements imposés aux écoles ces dernières années: "Même si les réformes ont des objectifs légitimes à long terme, cela perturbe énormément l’organisation d’une école" , analyse-t-elle. "On a besoin de créer une stabilité pendant plusieurs années. C’est difficile à gérer au quotidien parce que c’est continuellement des changements, surtout pour une école comme la nôtre où on a différentes filières".

La direction et les enseignants multiplient les projets pour encourager les élèves à se dépasser. Mais le défi est d’autant plus difficile à relever lorsqu'il manque des professeurs. Suite à la réforme des titres et fonctions, la direction peine à trouver des candidats car elle ne peut souvent pas leur offrir un temps plein: « Parfois on ne peut proposer que 10 heures, 12 heures aux candidats parce qu’on a moins d’élèves que d’autres écoles. Et cela intéresse forcément moins les candidats ».

Immersion à l'Institut Sainte-Marie : Pourquoi le système scolaire est-il aussi inégalitaire?
Immersion à l'Institut Sainte-Marie : Pourquoi le système scolaire est-il aussi inégalitaire? © Tous droits réservés

Ce besoin de professeurs, les élèves nous expliquent le ressentir tous les jours. Il n’est pas rare qu’ils aient étude faute de candidat pour remplacer un enseignant malade. Certains cours ont même été fusionnés: « Ici, dans cette école, il y a par exemple les options Sciences fortes et Sciences sociales. A partir de la cinquième année, il n’y a plus l’option Sciences fortes par ce qu’il n’y a pas assez de professeurs pour garder les deux options », nous détaille Shannen, une élève de quatrième.

Nicolas, lui, a demandé des remédiations: « On m’a répondu que ce n’était pas possible », nous explique-t-il. « Il manque beaucoup de choses pour travailler. »

Françoise Thirion nous explique perdre aussi beaucoup de temps à chercher ces candidats, car le site de la Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas toujours mis à jour : « Quand on contacte les candidats mentionnés sur le site, parfois ils sont déjà pris dans une autre école ».

La direction met aussi son énergie dans la recherche de budgets supplémentaires. L’école a ainsi trouvé les fonds pour rénover l’une des salles de gym ou pour équiper les classes de tableaux interactifs. « Certains élèves n’ont pas de bureau ou d’ordinateur à la maison. C’est donc un outil pour leur permettre de développer un maximum leurs compétences digitales. On ne nous aide pas pour les avoir mais on se bat. »

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