Chroniques

Il y a une couille dans le potage flamand

Les coulisses du pouvoir

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Le gouvernement flamand est en crise ouverte. Pour la première fois depuis qu’elle existe, la déclaration de septembre devant le parlement a dû être reportée. Les trois partenaires N-VA, CD&V et VLD ne parviennent plus à s’entendre. C’est le CD&V qui est à l’origine du blocage.

All-in sur le 26 septembre

Oui et donc cet officiel, il n’y a pas qu’au gouvernement fédéral qu’on prend son temps pour se diviser malgré les urgences.

Les crises ouvertes au sein du gouvernement flamand sont plutôt rares. Et quand il y en a, elles sont très commentées parce que la N-VA qui tient ce gouvernement fait toujours passer le message que ce que le gouvernement flamand fait, il le fait mieux que le fédéral, qui lui ne fait que se disputer. Là-bas tout est vieux et tout est sauvage alors que la Flandre est un libre océan sans grillage. Et donc quand il y a une couille dans le potage, on ne voit plus que ça.

C’est d’autant plus remarquable que le gouvernement flamand est pressé de toute part pour venir en aide aux entreprises et aux particuliers face à la crise de l’énergie. Pour se différencier de la cacophonie fédérale, Jan Jambon avait promis une réponse forte et ordonnée le 26 septembre. On allait voir la différence avec ces Wallons indigents et ce gouvernement fédéral négligent. Et puis finalement, ça bloque.

Met Sammy

Le nouveau patron du CD&V en a marre que son parti baisse son pantalon, cette expression est de lui. Le CD&V souhaite que comme à Bruxelles et en Wallonie les allocations familiales soient indexées sur l’indice santé. En Flandre elles sont augmentées à taux fixe, une fois par an. En l’occurrence 2%, soit bien moins que l’inflation. Le CD&V exige donc une indexation. Sammy Madhi explique que le CD&V à des principes, il fixe donc une ligne rouge. Il tranche avec Wouter Beke. Avant sa démission le ministre des affaires sociale acceptait assez facilement les coupes claires dans son budget.

Il est allé expliquer sur les plateaux de VTM hier pourquoi la déclaration de septembre était reportée. Il était le seul politique à s’exprimer. Il a mis ses couilles sur la table. Il assume la crise Sammy Madhi, c’est sa stratégie. Le CD&V est à 8% dans les sondages. Il est proche de la disparition. En Bête blessée, le nouveau président choisit de durcir ses positions.

C’est déjà lui qui avait donné l’ordre à Annelise Verlinden, la ministre de l’intérieur de solliciter l’avis de l’agence de contrôle nucléaire en urgence quelques jours avant la fermeture de Doel. En vain, c’était du brassage d’air. Mais cette demande, sans concertation avec ses partenaires a été très mal prise par plusieurs partenaires et par le Premier ministre. Pas grave, Sammy Madhi doit faire exister son parti.

Exister

Plusieurs médias flamands se demandent jusqu’où pourra aller cette crise ? Certains prêtent au CD&V l’envie de quitter le gouvernement. Car il a devant lui d’autres dossiers sur lesquels il est très exposé. En particulier le projet de ligne à haute tension Ventilus qui traverse de nombreuses communes dirigées par des CD&V et le dossier de l’azote dans l’agriculture qui horrifie le Boerenbond, historiquement lié au CD&V.

Mais ce scénario n’est pas le plus probable. Retirer la prise en pleine crise de l’énergie, sans mauvais jeux de mots, risque de jeter un froid. Cela pourrait aussi conduire à une guerre des barons au sein du parti.

La stratégie de Sammy Madhi se comprend. Le CD&V n’a plus grand-chose à perdre. Avec ce que prédisent les sondages, le CD&V ne sera plus incontournable en 2024. Le partenaire privilégié de la N-VA dans le futur sera certainement Vooruit de Conner Rousseau qui signe une véritable remontada dans les sondages.

Mais cette remontada des socialistes flamands est aussi le signe qu’il existe un espace au centre gauche alors que le centre droit et la droite sont saturés. En polarisant autour des allocations familiales et du social, Sammy Madhi choisit aussi une forme de recentrage. Recentrage sur l’ADN du parti (les familles), recentrage au centre gauche aussi.

Les prochains mois diront si ce recentrage tactique est confirmé, en particulier dans les dossiers fédéraux comme la réforme fiscale et le budget. Mais il est à peu près certain que chaque mois qui passe va rendre le CD&V plus nerveux.

 

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