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Cinéma - Acteurs

Il y a trente ans Marlene Dietrich, l’ange bleu, s’éteignait à Paris

MARLENE DIETRICH
04 mai 2022 à 12:133 min
Par Belga

Marlene Dietrich, l’une des actrices les plus sulfureuses de l’âge d’or hollywoodien, s’éteignait à Paris il y a trente ans, le 6 mai 1992, à l’âge de 90 ans. La star aux 1001 vies, tantôt actrice, tantôt chanteuse ou égérie de la résistance aux idées nazies, n’aura eu de cesse de briser les tabous et continue à fasciner.

Marlène Dietrich le 11 juillet 1936

L’aventure cinématographique commence en fanfare pour la jeune aspirante actrice. En 1930, alors qu’elle enchaîne les petits rôles dans les théâtres et cabarets berlinois, elle fait la connaissance de son mentor et pygmalion, le réalisateur allemand Josef von Sternberg. Charmé par l’audace du personnage, il lui offre son premier rôle dans un film parlant, et aussi l’un des plus emblématiques, dans "L’ange bleu". Les spectateurs la découvrent dans le rôle de "Lola Lola", danseuse impétueuse évoluant dans le milieu interlope des cafés embrumés d’un Berlin quasi-babylonien.

La danseuse qu’elle incarne n’éprouve que peu de pitié pour le respectable professeur tombé fou amoureux d’elle et l’entraîne, à sa perte, dans un cercle de dépendance et de déchéance. L’image d’une Marlene Dietrich en porte-jarretelles et coiffée d’un haut-de-forme, attribut masculin, chantant "The Naughty Lola", chanson au sous-texte hautement révélateur, reste gravée dans les rétines. Cette première sensation internationale, fonde le mythe Dietrich, subtil mélange de glamour, de provocation et de brouillage des genres.

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Le succès de cette production allemande lui attire les bonnes grâces des studios hollywoodiens. Les studios Paramount lui font alors traverser l’Atlantique, bien décidés à en faire la concurrente directe d’une certaine Greta Garbo… S’ensuivront des productions à grand spectacle, repoussant sans cesse les limites de l’audace.

Difficile d’oublier une Dietrich vêtue d’un costume queue-de-pie et embrassant avec délice une spectatrice dans "Morocco" ("Coeurs brûlés"). Elle impressionne encore dans "Shanghai Express" avec l’interprétation d’une prostituée, otage de révolutionnaires chinois. Dans "Venus Blonde", son rôle de mère de famille bien décidée à reprendre le chemin des scènes de cabaret pour financer le traitement de son époux, suscite l’admiration. Caméléon, elle excelle également dans le rôle d’une Catherine II de Russie implacable.

L’actrice incarne une galerie de personnages féminins surprenants et non conventionnels, qui impressionnent par leur volonté et leur indépendance. Si les spectateurs de l’époque l’ignorent, plusieurs ouvrages consacrés à ce monstre sacré, dont un écrit par sa fille, permettent de découvrir une femme dont la vie privée n’est pas si éloignée de ses frasques sur pellicule. Mariée et jamais divorcée, son union libre lui permet d’enchaîner les amants, hommes comme femmes, artistes, poètes, acteurs et admirateurs.

Marlène Dietrich signe sa naturalisation américaine en 1939.

La deuxième guerre mondiale fait émerger une Marlene Dietrich farouchement opposée au nazisme. En 1939, elle acquiert la nationalité américaine et renonce à être citoyenne allemande. Durant les cinq années du conflit mondial, la star met sa notoriété à profit pour lever des fonds destinés à l’armée américaine et sillonne le monde pour remonter le moral des troupes. De passage en Belgique à l’hiver 1944, elle est témoin de la longue et difficile bataille des Ardennes. "J’ai passé beaucoup de temps en Belgique et j’étais à Bastogne quand tout ça est arrivé", confiait-elle en français à un journaliste de la RTBF en 1963. "J’ai beaucoup souffert avec les Belges car j’avais la chance de voir de près le courage des gens." L’actrice est faite Chevalier de l’ordre de Léopold en 1965.

Si sa carrière est encore émaillée de beaux rôles après-guerre, ses films ne retrouvent plus l’aura d’audace et de fraîcheur qu’ils véhiculaient. La censure américaine toujours plus âpre et la détestation d’Hollywood pour les actrices jugées vieillissantes la pousseront à se tourner vers le chant.

Reprenant certaines de ses performances cinématographiques et des standards de l’époque, elle sillonne le monde entier et fait sensation, comme lors de son passage à l’Ancienne Belgique en janvier 1963. Son timbre de voix si distinctif lui assure le succès jusqu’en 1975, lorsqu’une chute de scène à Sydney signe l’arrêt brutal de cette vie de show-girl.

Désormais recluse dans un appartement parisien, elle se consacre à la rédaction de ses mémoires et prête sa voix à un documentaire qui lui est consacré. La star s’éteint le 6 mai 1992 d’une défaillance rénale. Une messe organisée en l’église de la Madeleine à Paris rassemble plus de 1500 personnes dont de nombreux ambassadeurs. L’actrice est ensuite inhumée près de Berlin, dans la plus stricte intimité.

En 1993, ses archives et de nombreux costumes sont vendus pour cinq millions de dollars au musée du film de Berlin où ils sont aujourd’hui toujours exposés.

Marlene Dietrich a laissé derrière elle une filmographie riche de 35 longs-métrages parlants, réalisés par de grands noms de l’histoire du septième art, comme Josef Von Sternberg, Alfred Hitchcock, Billy Wilder et Orson Welles.

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