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Il y a 35 ans disparaissait Dalida

03 mai 2022 à 11:43Temps de lecture4 min
Par RTBF La Première

Dalida, par sa façon de traverser l’histoire, d’en illustrer les changements, est une véritable héroïne de notre temps. La petite fille née dans un faubourg populaire du Caire devient Miss Egypte, puis “Mademoiselle Bambino”, la reine des juke-boxes. Son répertoire s’élargit aux grandes chansons à textes, ce qui lui vaut le surnom de “Callas des variétés”. Son suicide est un événement qui en fait une icône, par-delà la mort. Ce mardi 3 mai marque les 35 ans de sa mort.

Catherine Rihoit est la biographe officielle de Dalida,
elle publie une nouvelle édition de "Mourir sur scène" (avec Orlando), chez Plon.
Retour sur le parcours d’une légende.

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"Je crois que j’ai été surprise par la quantité d’émotions que le personnage de Dalida a provoqué en moi, confie Catherine Rihoit. […] Je me suis aperçue que c’est un personnage qui est absolument poignant et qui a une grande profondeur. […] D’un bout à l’autre de sa vie, elle va à chaque fois rencontrer l’Histoire."

Dalida traverse en effet l’histoire : son enfance en Egypte dans les années 30, après la fuite d’Italie du Sud ; la nécessité de quitter l’Egypte lorsque Nasser arrive au pouvoir ; l’arrivée à Paris, au moment de la naissance des radios périphériques, etc.

Des documents inédits

"Mourir sur scène" est écrit en collaboration avec le frère de Dalida, Orlando, qui a puisé dans des documents très privés de la star : sa correspondance, ses annotations en lien avec son analyse psychanalytique…

"Personne n’avait lu ça avant moi, explique Catherine Rihoit. C’était dans un coffre […] J’ai ouvert ça, c’était une très grande émotion. Orlando craignait qu’elle y dise du mal de lui. Or elle disait qu’elle l’aimait profondément. Mais évidemment, entre frère et soeur comme dans toute famille, il y a forcément quelques désaccords."

Dans ses notes, Dalida révèle qu’elle vit dans un état d’angoisse et d’anxiété permanent, et que c’est seulement quand elle est sur scène que cette angoisse disparaît et qu’elle se sent véritablement elle-même. Catherine Rihoit explique cette angoisse par ces terribles 40 jours où on avait bandé les yeux de la petite Dalida âgée de 18 mois, la plongeant dans le noir, parce qu’elle avait une maladie de l’oeil. Ou encore par un autre traumatisme : pendant la seconde guerre mondiale, son père est interné dans un camp près du Caire et en revient transformé, violent.

Du Caire à Paris

Au Caire, Dalida s’essaie au mannequinat, à la chanson. Elle fait un peu de cinéma : elle joue des rôles de vamp, elle est entre autres la doublure de Rita Hayworth pour Terre des Pharaons. Très impressionnée par Hollywood et ses stars magnifiques, elle adopte la façon de s’habiller de l’actrice américaine, qu’elle reprendra plus tard dans sa période disco, avec ses grands fourreaux pailletés et ses longs gants. 

Elle monte à Paris à 18 ans, en 1951. Elle loge dans une chambre de bonne, voisine de celle d’Alain Delon. Ils resteront amis tout au long de leur vie. Delon sera en quelque sorte son protecteur. Plus tard, ils chanteront ensemble Paroles paroles.

Elle compte faire du cinéma à Paris, mais c’est vers la musique qu’elle se dirigera rapidement, elle montre un réel talent pour le music-hall. C’est Lucien Morisse, directeur des programmes à Europe 1, qui va lancer sa carrière de chanteuse.

Dalida traverse les époques

1956 est l’année du premier grand succès de Dalida, avec Bambino, qui fait d’elle une superstar. C’est encore la mode de la chanson méditerranéenne : dans l’après-guerre, les Français ont envie de soleil et de sud !

1957 et 1958 sont des années importantes : elle aura jusqu’à 5 chansons simultanées dans le top 10 du hit-parade français !

Dans les années 60, c’est plutôt l’Amérique qui sera la tendance. Dalida parvient à rebondir constamment à travers les modes. Elle va s’adapter aussi aux années yé-yé.  Elle comprend que c’est la seule chose à faire pour durer.

"Elle a cette idée que, plus elle dure, plus elle s’affirme en tant que star, et plus elle aura la possibilité de chanter le genre de chansons qu’elle aime, c’est-à-dire les belles chansons à texte qu’elle va chanter dans la dernière partie de sa vie. Elle comprend ça. Elle a une sorte d’humilité aussi", explique Catherine Rihoit.

Elle ne ratera pas non plus l’ascenseur de la vague disco, avec par exemple Laissez-moi danser.

Dalida, la quête de l’amour

La quête amoureuse est pour Dalida la quête de sa vie. Culpabilisant d’avoir souhaité la mort de son père violent, elle cherche en quelque sorte à le retrouver à travers ses compagnons. Mais elle connaîtra une vie privée marquée par les drames et les déceptions sentimentales.

Les années d’insouciance se terminent pour elle en 1967, quand elle retrouve mort son compagnon Luigi Tenco. Il s’est suicidé après une prestation médiocre au Festival de San Remo. Il y aura un avant et un après : la dépression chronique va s’installer chez elle. Elle fera peu après une première tentative de suicide.

Constatant que ses trois principaux compagnons (Luigi Tenco, Lucien Morisse et Richard Chanfray, dit Saint-Germain) se sont suicidés, Dalida déclarera " porte [r] malheur aux hommes qu’[elle] aime ". Même si les deux derniers se sont suicidés très longtemps après leur rupture, tout à fait indépendamment de leur relation.

Elle comprend que l’amour ne peut pas tout, elle devient plus sombre, même s’il y a encore des périodes où elle est extrêmement vivante, solaire et heureuse.

Elle sombre dans la dépression et se suicide le 3 mai 1987 à Paris, à l’âge de 54 ans. Elle laisse deux lettres, l’une à son frère Orlando, l’autre à son compagnon, ainsi qu’un mot, sans doute à l’attention de son public : " La vie m’est insupportable. Pardonnez-moi. "

Catherine Rihoit raconte Dalida, écoutez ici

Les 35 ans de la mort de Dalida

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