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Il y a 30 ans, Bruxelles rêvait d’organiser les Jeux olympiques

Justine Henin aurait pu présenter sa médaille d’or lors des JO de Bruxelles mais non pas d’Athènes, en 2004.

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"Pour les Jeux de 2004, Bruxelles pourrait bien poser sa candidature. Et ce n’est pas un canular." Le 30 août 1992, au JT de la RTBF, Paul Germain lance un sujet relatif à un projet fou : celui d’organiser une prochaine édition des Jeux olympiques d’été dans notre capitale. Un rêve ? Une utopie ? En tout cas, ce n’est pas poisson d’avril. Des personnalités planchent sur le dossier et de manière très sérieuse.

Un stade olympique à Tour et Taxis

Le premier, c’est José Vandevoorde, directeur de la section urbanisme de l’ULB. Il a tout prévu dans ses ébauches. Pour lui, il faut concentrer le site olympique le long du canal. Quelques jours plus tôt, dans le Soir du 6 août 1992, il expliquait déjà : "A la place de "Tour et taxis" où l’activité se réduit, on pourrait, par exemple, ériger le stade olympique et dans le quartier des abattoirs, un palais des sports pour les disciplines en salle." Le projet prévoit en outre de créer un centre de presse au Heysel et de dresser le village olympique à Molenbeek.

"Il s’agirait aussi d’aménager des espaces verts qui font cruellement défaut le long de cet axe maritime tout en élevant une série de logements. Il faudrait sans doute raser certaines parties habitées de ce parcours, mais les expropriés recevraient une priorité de recasement une fois les bâtiments évacués par les délégations olympiques. Leurs habitations seraient plus décentes qu’aujourd’hui."

Avantage de la concentration des sites sportifs le long du canal : réduire les embouteillages puisque les déplacements se feraient sur la voie d’eau. Pas bête ! Objectif aussi : revitaliser cet axe fluvial auquel peu de décideurs prêtent attention.

JT de la RTBF du 30 août 1992

Bruxelles, candidate à l'organisation des Jeux olympiques de 2004?

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Un autre projet est sur la table, il est signé par l’architecte Philippe de Bloos, rappelle aussi la RTBF à l'été 1992. Pour lui, le meilleur emplacement pour réunir l’ensemble des activités olympiques est celui de la gare de Schaerbeek-Formation et ses 80 hectares (là même où on envisagera plus tard d’implanter un stade national).

Mais en 1992, quel décideur croit aux chances de Bruxelles d’accrocher l’organisation des JO ? Un député régional bruxellois (alors baptisé conseil régional), Stéphane de Lobkowicz introduit une proposition visant à déclarer Bruxelles candidate aux JO de l’an 2000.

On a discuté, on a rêvé

Dans le reportage de la RTBF, Charles Picqué, ministre-président régional PS depuis trois ans déclare au sujet d’une éventuelle candidature pour 2004 : "Nous avons envie de travailler avec une ville comme Lille mais aussi travailler avec les autres grandes villes belges. Il s’agit d’une série de pôles urbains qui peuvent être très complémentaires les uns des autres, ici au nord de l’Europe. Et un grand événement mondial pourrait évidemment renforcer l’image de cette zone centrale de l’Europe dont Bruxelles est le pivot."

Une étude de faisabilité est lancée. Mais Charles Picqué l’admet : "On a discuté, on a rêvé. Ceci dit, ce projet a évidemment des limites et il sera extrêmement difficile de le réaliser."

Difficile de le réaliser, d’abord en raison de la lasagne institutionnelle du pays, qui se fédéralise de plus en plus à cette époque, où chaque niveau de pouvoir a son mot à dire. Ensuite, en raison du coût exorbitant de l’opération. Qui va payer l’organisation des Jeux olympiques ? Et avant cela, qui va financer le dossier de candidature à introduire pour avril 1996 ?

La quête du consensus

"Manchester, candidat pour l’an 2000, a consacré quelque trois milliards de francs en lobbying sans la moindre garantie de succès", rappelle notre collègue Erik Libois, auteur du reportage diffusé le 30 août 1992.

"Il est permis de rêver si nous avons un consensus politique pour soutenir ces jeux tant au niveau des communautés que du gouvernement national", note dans le même sujet Adrien Vanden Eede, secrétaire général du Comité olympique international belge. "Les jeux, c’est enthousiasmé toute une nation, c’est avoir tout un peuple derrière soi. Cela pose des problèmes de transports, de sécurité, de visas, de frontières… Cela ne peut se faire qu’avec le consensus d’une nation entière."

L’interlocuteur conclut quant à la faisabilité du projet : "Connaissant nos difficultés communautaires, pour l’instant, je me permets d’en douter."

La suite de l’histoire, on la connaît. Bruxelles n’introduira jamais de dossier de candidature et les Jeux Olympiques de 2004 auront lieu à Athènes, en Grèce, berceau de la compétition.

Les seuls et uniques Jeux olympiques organisés dans notre pays remontent en 1920, à Anvers. Le dernier grand événement sportif qui s’est tenu en Belgique a été l’Euro de football en 2000, coorganisé avec les Pays-Bas. Le fiasco de la (non-)construction d’un grand stade sur le parking C du Heysel pour l’Euro 2020 reste encore symptomatique de l’absence d’adhésion à un projet d’envergure internationale.

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