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Jean-François vit dans une maison autonome… malgré lui

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Depuis 2017, Jean-François vit dans une maison non raccordée aux réseaux d’eau et d’électricité. Mais détrompez-vous, ce mode de vie plus sobre et indépendant n’est pas une volonté, mais plutôt une nécessité. Cinq ans plus tard, à l’heure où les prix de l’énergie flambent et où les risques de pénuries d’énergie inquiètent, ce Wallon parvient à produire sa propre électricité et à récupérer et traiter l’eau dont il a besoin pour vivre. Aujourd’hui, il ne regrette rien et ne changerait sa nouvelle façon de vivre pour rien au monde.

Tout commence en 2014. Jean-François a 29 ans et tombe sous le charme d’une petite maison en pierre datant de 1850. Celle-ci est entourée d’un vaste terrain à l’orée des bois dans la commune d’Havelange. "L’ancien propriétaire est français. C’était sa résidence secondaire." Au moment de l’achat, Jean-François sait que la maison n’est pas raccordée. "Mais, il était précisé sur les certificats d’urbanisme que la maison avait été construite sur une voie solide où passent l’eau et l’électricité." Il se lance alors dans cette aventure les yeux fermés et s’offre la maison "de ses rêves".

Quelques semaines après l’achat, bien décidé à raccorder sa nouvelle maison, Jean-François contacte ORES pour analyser sa situation. "L’expert est venu le 13 janvier 2015. Je n’oublierai jamais cette date ! Il m’a tout de suite affirmé que rien ne passait proche de chez moi…" Stupéfait, Jean-François lui montre les certificats d’urbanisme… qui s’avèrent en réalité être erronés. Le jeune propriétaire ne veut pas y croire.

116.400€ pour l’électricité et 130.000€ pour l’eau

"ORES m’a fait une proposition à 116.400€ pour me raccorder à l’électricité. C’est presque le prix de la maison. À ce moment-là, je me suis dit que j’avais foutu ma vie en l’air." Au même moment, la SWDE lui remet un devis à 130.000€ pour se raccorder à l’eau. "Ils ont ajouté : "il existe de superbes citernes d’eau de pluie…" J’avais compris que j’allais devoir me débrouiller autrement." Toutes ses économies étaient passées dans l’achat de la maison. À ce moment-là, Jean-François vit encore chez ses parents et tombe dans une dépression. "Tous les jours, j’allais travailler pour rembourser une maison dans laquelle je pensais ne jamais pouvoir habiter."

Pour se redonner un peu d’espoir, il passe des heures et des heures sur internet à la recherche de solutions. "Très franchement, je n’y croyais pas." Petit à petit, il découvre les histoires de personnes vivant en autonomie en France et au Canada. "J’ai alors conscientisé que c’était faisable." Sans aucune compétence particulière, mais forcé à s’adapter, il se lance dans la course à l’autonomie. "À la base, j’ai une formation artistique et je ne suis pas spécialement débrouillard. Mais, j’ai découvert que l’être humain avait une incroyable capacité d’adaptation. Quand on est vraiment dans le pétrin, on est capable de développer des facultés que l’on ignorait."

Un parcours bien agité

Pendant de longs mois, cette maison, il l’a haïe. "Comme tout le monde, j’avais l’habitude de rentrer chez moi et d’allumer les lumières, tourner la vanne thermostatique, faire couler de l’eau chaude, etc." Tout cela, sans se tracasser du moindre manque, car cet accès à l’énergie nous semble presque infini. "En hiver, la première chose que je faisais en arrivant chez moi, avant même de sortir de ma voiture était de regarder si mon téléphone captait le Wifi. S’il le captait, ça voulait dire que j’avais encore du courant dans la maison. S’il restait en 4G, ça voulait dire que j'étais à sec."

Ce nouveau mode de vie nécessite beaucoup de réflexions et d’adaptations. "Les gens ne se rendent pas compte de toutes les difficultés auxquelles j’ai été confrontées. Car ils ne voient que le travail accompli." Mais Jean-François a traversé des périodes plutôt compliquées…

"J’ai une fois passé 91 jours, en plein hiver, sans courant… Mes batteries m’ont lâché au plus mauvais moment et il y avait un délai de 90 jours pour les remplacer. J’ai caillé. J’avais juste quelques bougies pour m’éclairer ainsi qu’une lampe de poche que je rechargeais dans ma voiture. Pour me doucher, je devais sortir de la maison, casser la glace en surface de ma citerne de récupération d’eau de pluie. Je la faisais ensuite bouillir sur le feu avant de la transvaser dans un arrosoir pour me laver dans mon bain. Je stockais ma nourriture à la cave car il y avait là une température constante de 4 degrés. C’était la débrouille totale !" 91 jours dans le noir et le froid. 91 jours à dormir blotti contre le poêle à bois qui lui permettait de se chauffer et de cuisiner.

Des anecdotes comme celle-là, il peut en raconter des dizaines. "Eh oui, tout ne peut pas fonctionner du premier coup." Mais au fur et à mesure, il est parvenu à s’offrir tout le confort de vie nécessaire.

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Un système bien rodé

Aujourd’hui, il peut se vanter d’être autonome en électricité et en eau. "J’ai 15 panneaux solaires de 320 watts en monocristallin avec onduleur hybride. Grâce à mes quatre batteries, je suis 100% autonome de mi-mars à mi-octobre." Durant la période hivernale, l’ensoleillement étant moins important, il s’appuie parfois sur un groupe électrogène pour recharger ses batteries afin de ne jamais manquer de jus. "Il tourne trois heures. Pendant ce temps-là, il alimente la maison en électricité et recharge les batteries. Après je l’éteins et je repars sur les batteries." Pour passer l’hiver en minimisant l’utilisation de son groupe électrogène, Jean-François a également un projet d’éolienne.

Concernant l’eau, l’Havelangeois a installé différentes citernes de récupération d’eau de pluie qui est ensuite redistribuée dans la maison via une pompe hydrophore. Il s’en sert pour la douche, la vaisselle, les toilettes et même pour l’eau potable, via un système de filtre Berkey. "Toute l’eau est ensuite évacuée vers une petite station d’épuration qui se trouve dans mon jardin. Après un passage dans différentes "chambres" pour être traitée, elle termine dans ma pelouse. Donc, en période de sécheresse, j’ai quand même une très belle végétation !" Afin de ne pas rejeter de solvants dans la nature, il utilise des produits avec le label ECO pour le traitement de l’eau.

Pour se chauffer, il brûle le bois de sa région. Enfin, pour cuisiner et avoir de l’eau chaude, il utilise quelques bonbonnes de gaz par an. "En moyenne une bonbonne de 16kg tous les deux mois. Parfois, en hiver, pour économiser du gaz, je cuisine directement sur le poêle à bois qui est de toute façon allumé pour chauffer la maison."

Quel coût financier ?

Il ne faut pas se leurrer, le prix de toutes ces installations n’est pas bon marché. Il estime la facture totale à plus de 30.000€. "C’est toujours moins cher que de me raccorder au réseau. Et puis, je n’ai pas de factures d’électricité et d’eau à payer."

Inspirer et aider d’autres citoyens vers plus d’autonomie

Bien que son mode de vie induit forcément une plus grande sobriété et une indépendance énergétique, Jean-François tient tout de même à préciser que son impact sur l’environnement est loin d’être nul. "J’ai un groupe électrogène. Je me chauffe au bois, cela implique de couper des arbres. J’ai des panneaux photovoltaïques et des batteries qui polluent énormément à la production, etc. Mais c’est vrai, je suis autonome et probablement moins gourmand qu’un autre en énergie domestique."

­Jean-François ne soutient pas que sa manière de vivre est plus vertueuse qu’une autre. Cela dit, si certaines personnes veulent tendre vers plus de sobriété et d’indépendance énergétique, que ce soit pour des raisons écologiques ou économiques, sa porte est toujours ouverte. "Avant, les gens se moquaient ouvertement de ma manière de vivre. Aujourd’hui, avec la hausse des prix de l’énergie, beaucoup de gens viennent vers moi pour des conseils afin de tendre vers plus d’autonomie tout en étant raccordé au réseau."

Ce qui est certain, c’est que ce mode de vie, Jean-François l’a adopté et ne voudrait pas revenir en arrière. "Je m’y suis habitué. C’est ma vie. Je suis heureux comme ça."

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