Prix de l'énergie

"Il ne peut pas y avoir de profiteur de crise" : Pierre-Yves Dermagne veut taxer les producteurs pour "redistribuer à la population"

L'invité de Matin Première : Pierre-Yves Dermagne

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19 sept. 2022 à 07:45Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck, d'après l'invité de Matin Première de Thomas Gadisseux

Face à la flambée des prix de l’énergie, le gouvernement a annoncé une nouvelle aide aux ménages et aux entreprises ce vendredi. Le Vice-premier socialiste Pierre-Yves Dermagne est venu détailler ces mesures de soutien au micro de Matin Première. Le ministre de l’économie et du travail est également revenu sur le dialogue plus que tendu avec le patronat, à l’aube d’une manifestation ce mercredi.

L’ensemble de ces mesures d’aide aux ménages et aux entreprises devrait coûter 1,5 milliard d’euros au gouvernement. Alors, qui va financer cette ardoise ? "Comme on l’a dit et comme on le fait depuis le début, la volonté c’est de redistribuer à la population et aux entreprises les surprofits", répond Pierre-Yves Dermagne. "Et donc les surprofits notamment de l’état en matière de fiscalité, de TVA, d’accises liées à l’explosion des coûts… Et puis il faut aussi aller chercher les surprofits réalisés par certains producteurs d’énergie."

Il ne peut pas y avoir de profiteur de crise

Si le gouvernement a plaidé en ce sens au niveau européen, les avancées de ces derniers jours semblent "insuffisamment rapides", selon le ministre. "Et donc si cela ne se fait pas au niveau européen, on doit le faire au niveau belge. J’attends de ma collègue ministre de l’énergie qu’elle puisse effectivement déposer quelque chose de concret pour aller capter ces surprofits réalisés par les producteurs d’énergie pour financer ces mesures."

"Il ne peut pas y avoir de profiteur de crise", lance le Vice-premier.

Un forfait réduit pour tous ?

D’une certaine façon, ces aides aux ménages ressemblent à un forfait réduit pour tous, peu importe le salaire. Ces mesures de soutien oublient-elles les plus précaires ? "Les premières décisions qui ont été prises depuis plus d’un an maintenant avaient pour but d’aider les plus précaires, avec l’extension du tarif social", répond le ministre de l’économie et de l’emploi.

Selon lui, il a fallu trouver un équilibre entre le souci d’aller vite et d’être juste socialement – "et donc de se dire que les plus riches ne doivent pas bénéficier des différentes mesures d’aide", précise Pierre-Yves Dermagne. "Et donc on ira rechercher, chez les 15% des travailleurs les plus riches ces montants perçus, via de la fiscalité."

Pour estimer le profil des travailleurs les plus riches en Belgique, "on a prévu un revenu de 3000 euros net plus ou moins pour un isolé. 5000 euros net pour un ménage, majoré pour des enfants à charge."

Pierre-Yves Dermagne ouvre également la possibilité d’une prolongation de ces mesures d’énergie. "On ne laissera personne au bord du chemin au milieu de l’hiver. Même si ces mesures ont été décidées pour deux mois, elles devront être prolongées si les coûts de l’énergie restent élevés."

Quid des entreprises ?

Les entreprises aussi vont pouvoir bénéficier d’un régime d’aides, et notamment du chômage temporaire "énergie". Pour penser cette mesure, le gouvernement s’est basé sur les critères européens. "Il y a un cadre fixé par l’Europe, qui a par exemple été repris par la France pour ses dispositifs d’aide", note le Vice-premier. "On n’a pas voulu avoir de règles différentes des pays voisins. C’est aussi un souci de compétitivité et d’égalité entre les entreprises."

En bref : une entreprise dont les coûts de l’énergie représentent plus de 3% des coûts de production pourra bénéficier de ce chômage temporaire. Idem pour les entreprises dont la facture a doublé.

Mobilisation ce mercredi 21 septembre

Ce mercredi, les syndicats se mobilisent en front commun. Au cœur de leur mobilisation : la question des salaires. Il faut dire que le gouvernement est justement en train de préparer le budget pour les deux prochaines années.

Alors, le ministre de l’emploi est-il en train de préparer une réforme fiscale pour améliorer les bas salaires ? "On plaide vraiment pour que la fiscalité sur les bas et les moyens salaires soient moins élevés demain, qu’on paie moins vite de l’impôt sur les premières tranches de revenu du travail, et ça passe par un rééquilibrage. Si on baisse la fiscalité sur le travail, on doit l’augmenter sur le capital."

Quant à l’enveloppe bien-être, elle n’a pas pu faire l’objet d’un accord entre partenaires sociaux et syndicats… elle est donc renvoyée au gouvernement. La Vivaldi va-t-elle distribuer 100% de cette enveloppe aux travailleurs ? Ou pourrait-elle aussi bénéficier aux entreprises en difficulté ?

"Les enveloppes bien-être sont des montants prévus dans le budget de l’Etat pour venir en aide aux plus fragiles. Ce serait donc incompréhensible aujourd’hui qu’on leur dise qu’on va garder une partie de cette enveloppe pour la redistribuer aux entreprises", conclut le ministre. "Par ailleurs, notre accord de gouvernement prévoit une utilisation à 100% de ces enveloppes".

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