Ibiza s'apprète à vivre l'été le plus calme de son histoire : voici le plan d'associations pour tenter de rouvrir les discothèques

Ibiza s'apprète à vivre l'été le plus calme de son histoire : les associations baléares présentent un plan pour tenter de rouvrir les discothèques

© JAIME REINA - AFP

18 juin 2020 à 15:45 - mise à jour 18 juin 2020 à 15:45Temps de lecture5 min
Par Elisabeth Groutars

C’est l’un des lieux de vacances incontournables des clubbers. Ibiza accueille tous les ans plus de 3 millions de touristes; des fêtards, pour la plupart, qui se retrouvent dans les discothèques et les bars. Mais avec la crise du coronavirus, celle que l'on surnomme "l’île qui ne dort jamais" s’apprête à vivre l’été le plus calme de son histoire. Car alors que les discothèques et autres salles de fêtes sont désormais autorisées à rouvrir sous conditions en Espagne, le gouvernement des Baléares a quant à lui décidé de garder ces établissements fermés jusque fin 2020, voire 2021 si un vaccin ne voit pas le jour d’ici là. Une décision motivée par un souci de sécurité mais qui pourrait bien provoquer un séisme économique sur l'île. 


Des associations proposent un plan de déconfinement 

Alors que plusieurs représentants du secteur ont expliqué comprendre cette décision, l'Association des loisirs et divertissements nocturnes des Baléares (ABONE) a tenu une réunion avec la Confédération des associations professionnelles (CAEB) pour proposer une autre solution au gouvernement. Ensemble, ils ont élaboré un plan de déconfinement pour les discothèques et autres salles de fêtes, espérant ainsi faire changer d'avis les autorités.

Selon ce plan, un test pilote pourrait être mis sur pied pendant 10 jours : du 21 juin au 1er juillet. Durant cette période, ces établissements pourraient rouvrir à 30% de leur capacité à condition d’installer des chaises et des tables sur les pistes de danse pour respecter les règles de distanciation sociale. Les clients ne pourraient donc pas danser mais plutôt se retrouver, un peu comme dans un bar. Ils seraient également identifiés à leur entrée dans le club pour permettre le traçage des personnes infectées et avertir les clients qui seraient entrés en contact avec un malade. Si ce test pilote est un succès, les représentants des associations réunies proposent, à partir du 1er juillet, d'autoriser les clients à danser dans les établissements tout en respectant les mesures de sécurité : soit en gardant 1m50 de distance comme le recommandent les précautions sanitaires, soit en portant un masque si l’infrastructure ne permet pas de garantir cette distanciation sociale. Cette proposition a été transférée à la directrice générale du tourisme, Rosa Ana Morillo.

Ce plan est assez similaire à celui des autorités espagnoles pour la réouverture des discothèques dans le reste du pays : "La réouverture au public des discothèques et des bars de nuit peut avoir lieu pour autant qu’ils ne dépassent pas un tiers de leur capacité et que les conditions énoncées dans le présent chapitre soient remplies. En tout état de cause, les terrasses en plein air de ces établissements peuvent être ouvertes au public dans les mêmes conditions et avec les mêmes exigences que celles énoncées dans les articles", indique l’arrêté publié au Journal officiel de l’État. Les autorités locales ont dès lors l'occasion d'accepter ou de refuser cette réouverture. 

Ce plan précise également que "lorsqu’il y a un espace dans les locaux pour une piste de danse ou similaire, il peut être utilisé pour installer des tables ou des groupes de tables, et cet espace ne peut pas être utilisé pour son usage habituel".

Par ailleurs, d’autres représentants du secteur à Ibiza ont énoncé des idées supplémentaires pour assurer la sécurité des clients : alors que l'organisation Spain Nightlife propose que les vêtements des clubbers soient protégés par des housses dans les vestiaires, d’autres évoquent la possibilité d’installer des panneaux visuels sur le sol pour guider le public, voire même de délimiter une zone de danse pour chaque client. Cette dernière idée est par contre balayée par des nombreuses fédérations qui la jugent irréalisable. Dans les plus grands clubs, certaines pistes de danse peuvent en effet accueillir plus de 10 000 personnes.

Reste à voir également ce qu'il en sera des traditionnelles pool party... 

Ibiza s'apprète à vivre l'été le plus calme de son histoire : les associations baléares présentent un plan pour tenter de rouvrir les discothèques
Ibiza s'apprète à vivre l'été le plus calme de son histoire : les associations baléares présentent un plan pour tenter de rouvrir les discothèques © Victor Chavez - AFP

4.000 emplois menacés 

Pour l’île, ces fermetures sont une réelle catastrophe économique. Selon une étude de l'Université des Baléares, les clubs génèrent 800 millions d’euros par an et représentent 35% du PIB d’Ibiza. "À Ibiza, il y a actuellement huit très gros clubs, et dans chacun d’eux travaillent entre 300 et 350 personnes, 100 autres de manière plus indirecte", indique José Luis Benítez, responsable de l’association de loisirs d’Ibiza au média local Diaro de Ibiza. Avec la crise du coronavirus, ce sont près de 4.000 emplois qui sont actuellement menacés. "C’est un coup dur ", affirme José Luis Benítez alors que l’île a déjà connu une baisse du nombre de touristes en 2018. "Je ne sais pas si nous reviendrons un jour à la normale et si nous allons retrouver le tourisme tel que nous l’avons connu jusqu’à présent ". 

Ibiza s'apprète à vivre l'été le plus calme de son histoire : voici le plan d'associations pour tenter de rouvrir les discothèques
Ibiza s'apprète à vivre l'été le plus calme de son histoire : voici le plan d'associations pour tenter de rouvrir les discothèques © JAIME REINA - AFP

11.000 Allemands déjà autorisés à rejoindre leur résidence secondaire aux Baléares 

Si les autorités des Baléares ont décidé de laisser les discothèques portes closes pour le moment, l'Espagne a choisi l'archipel pour effectuer un premier test de réouverture de leurs frontières. Pour réamorcer le tourisme, Madrid fait une exception et a autorisé l’entrée de 11.000 touristes allemands aux Iles Baléares à partir du 16 juin et pour une durée de 15 jours. Des touristes qui ont une résidence secondaire sur place. Ce projet pilote appelé "corridors sûrs", organisé en partenariat avec le tour-opérateur TUI, a pour objectif de roder le protocole sanitaire avant le lancement retardé de la saison. Un projet que les associations de professionnels de la vie nocturne sur l’île ne voient pas forcément d’un très bon œil. S’ils applaudissent le retour des touristes, ils craignent que cela ne soit l’occasion pour les autorités de promouvoir un tourisme familial plutôt qu’un tourisme festif. Dans cette optique, le gouvernement des Baléares a récemment approuvé la loi controversée anti-excès. Dans certaines localités côtières, cette loi interdit la promotion de la consommation d'alcool, les open-bars, les "happy hours", toute réduction sur les boissons alcoolisées ainsi que les excursions éthyliques connues sous le nom de "pubcrawling", qui consistent à faire la tournée des bars.

 

Saisie de 100.000 comprimés d'ectasy avant le retour des touristes

Même en pleine épidémie, la réputation d’Ibiza comme île de tous les excès n’a pas faibli, au contraire. Alors que les 11.000 Allemands étaient attendus sur place, la police espagnole a annoncé lundi dernier avoir saisi 100.000 comprimés d'ecstasy destinés à la consommation des touristes qui s’apprêtent à retourner sur l’île après le confinement. Cinq trafiquants ont été interpellés. 

"Les enquêteurs ont pu établir que les 100.000 comprimés d'ecstasy avaient pour destination Ibiza pour coïncider avec le début de la saison estivale", indique un communiqué de la police. Le gang de cinq trafiquants a été démantelé près de Barcelone le 5 juin, alors que l'Espagne se prépare à rouvrir ses frontières aux touristes le 21 juin.

En plus de l'ecstasy, les policiers ont saisi 160 kilos de marihuana, 71 kilos de haschich et un kilo de kétamine. 

Les autorités espagnoles ne seront d'allleurs pas moins vigilantes cet été vis-à-vis du trafic de stupéfiants incluant Ibiza. Si la fermeture des discothèques est maintenue, les associations professionnelles de la vie nocturne craignent en effet que l’organisation de fêtes clandestines, sans aucun respect des règles sanitaires, n'augmente de façon exponentielle.

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