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"Hyperpolyglotte" : que révèle le cerveau de Vaughn Smith, capable de parler 24 langues ?

16 avr. 2022 à 08:40 - mise à jour 18 avr. 2022 à 07:23Temps de lecture4 min
Par A. Dulczewski

A 46 ans, l’Américain Vaughn Smith est ce qu’on appelle un "hyperpolyglotte". L’homme est capable de parler 24 langues différentes comme le russe, le français, l’islandais ou encore le slovaque. Dans le détail, il en maîtrise parfaitement 8, est capable d’avoir une longue conversation dans 24 et possède au minimum les bases de 41 langues. A quoi ressemblent la vie et le cerveau d’une personne si exceptionnellement douée pour les langues ? Le Washington Post a consacré un long format à cet Américain atypique et son histoire a de quoi surprendre.

Un nettoyeur de tapis hyperpolyglotte

Vaughn Smith parle donc anglais, espagnol, bulgare, tchèque, portugais, roumain, russe et slovaque couramment. Il est capable de raconter des histoires en finnois et en italien et peut soutenir une conversation en français ou encore en norvégien. Mais quel métier peut donc bien faire une personne avec de telles capacités ? La réponse peut sembler étonnante. Vaughn Smith est en effet nettoyeur de tapis. Au cours de sa vie, Vaughn a aussi travaillé comme videur, livreur ou encore peintre en bâtiments. Soit des métiers pas vraiment en lien avec sa faculté de parler un nombre impressionnant de langues.

Né d’une mère hispanophone et d’un père anglophone, Vaughn a découvert l’existence d’autres langues lors d’une visite d’un cousin lointain venu de Belgique. Frustré de ne pas comprendre les mots utilisés par cet homme, "je me suis dit que je voulais avoir ce pouvoir", explique Vaughn au Washington Post. Motivé par cette soif d’apprendre, il a ensuite passé un temps incalculable à la bibliothèque pour s’adonner à cette nouvelle passion.

Il n’a jamais été compris par ses professeurs

Mais comment se fait-il qu’il n’ait jamais utilisé cet atout exceptionnel au niveau professionnel ? Comme l’explique le Washington Post, Vaughn n’avait pas forcément de facilités à l’école. Ses professeurs se plaignaient même de son manque d’attention et de son incapacité à suivre certaines instructions. Fin d’adolescence, Vaughn a posé sa candidature dans une école supérieure pour devenir assistant médical, mais a vu sa demande refusée. Il a ensuite essayé d’obtenir un travail qui pouvait lui permettre d’utiliser son potentiel. Mais "rien n’a jamais fonctionné", explique-t-il au Washington Post.

Avec de tels atouts, comment est-ce possible ? Le journal évoque la piste de l’autisme. "C’est peut-être pour ça qu’il n’a jamais été compris par ses professeurs […] pour cette raison qu’il n’a jamais su comment chercher et quelles étapes suivre pour obtenir un job plus qualifié", écrit le Washington Post.

Quoi qu’il en soit, Vaughn a assimilé un océan de vocabulaire et de règles grammaticales par pur plaisir, sans vouloir impressionner quiconque. "Vaughn ne révèle ses capacités linguistiques à quasi-personne. Ce n’est pas lui qui est venu voir le Washington Post, il a juste accepté qu’on vienne passer du temps avec lui. Un des amis de Vaughn avait mentionné son histoire à un collègue journaliste. En l’espace de deux mois passés avec lui, j’ai pu constater l’étendue de ses capacités linguistiques de Vaughn", explique le journaliste.

 
 

Pour Vaughn, chaque langue apprise est une histoire propre, une histoire à propos des gens qui l’ont connecté à cette langue. Ainsi, apprend-on, il a commencé à apprendre le japonais en faisant la plonge une fois par semaine dans un restaurant. Il a commencé à apprendre la langue des signes avec des étudiants rencontrés dans une boîte de nuit. Il se souvient aussi du bonheur d’une femme russe lorsqu’il lui a demandé "Здравствуйте, как поживаете?", soit "Bonjour comment allez-vous ?" dans sa langue maternelle. "Elle a été comme éclaboussée de bonheur", explique Vaughn.

Une différence qui se voit dans l’activité du cerveau

Mais à quoi ressemble le cerveau d’un tel génie des langues ? Qu’est-ce qui distingue un hyperpolyglotte comme Vaughn du reste de l’humanité ? C’est la question également posée par le Washington Post. Le journaliste rédacteur de l’article, qui ne parle que l’anglais, a décidé de comparer son cerveau de monolingue à celui de Vaughn.

Ils ont tous les deux passé un IRM pour mesurer l’activité de leur cerveau. Le journaliste explique alors qu’il pensait que les zones du cerveau de Vaughn consacrées au langage seraient probablement énormes et très actives, et les siennes en comparaison "pathétiquement chétives". Mais surprise : l’IRM montre exactement l’opposé. "Les zones du cerveau de Vaughn consacrées au langage étaient beaucoup plus petites et calmes que les miennes. Même quand nous étions en train de lire les mêmes mots en anglais. J’utilise beaucoup plus mon cerveau et je fais beaucoup plus d’effort que lui, même en anglais", explique le journaliste.

En conclusion, les zones du cerveau de Vaughn consacrées au langage fonctionnent de façon beaucoup plus efficace et ont besoin de moins d’oxygène. Mais Vaughn est-il né comme ça ? Ou serait-ce sa détermination à apprendre des langues qui a finalement transformé son anatomie ? Selon le Washington Post, cela pourrait être les deux. Mais tant que les chercheurs n’auront pas scrupuleusement suivi l’évolution de l’activité du cerveau d’une personne apprenant à parler de nouvelles langues, il ne sera pas possible d’en être sûr.

En attendant, Vaughn, lui, garde intacte sa passion pour les langues. Son prochain objectif est de perfectionner sa maîtrise de l’écossais et du lituanien.

 

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