Huit ex-ministres bruxellois conservent du personnel payé par la Région

Le gouvernement bruxellois en 2009.

C'est une pratique qui n'est pas neuve: elle consiste à octroyer à des ministres et secrétaires d'Etat bruxellois sortants du personnel financé par la Région. Une mise à disposition qui peut durer jusqu'à cinq ans après la fin du mandat.

"Il est mis à la disposition de chaque ministre et secrétaire d’État sortant deux travailleurs à temps plein", précise Rudi Vervoort (PS), ministre-président. "Certains d’entre eux optent pour deux travailleurs à mi-temps, voire même quatre travailleurs à quart-temps, au lieu d’un seul à temps plein. Ces engagements à temps partiel augmentent le nombre théorique de 16 agents à temps plein. Actuellement, le personnel mis à disposition des ministres et secrétaires d’État sortants s’élève à neuf temps plein, douze mi-temps et deux quart-temps".

En 2015, qui bénéficie de cet avantage? Ils sont huit. 

  • Benoît Cerexhe (cdH), député-bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre, ministre de l'Emploi jusqu'en 2014 conserve un temps plein et deux mi-temps (coût: 33 447 euros).
  • Emir Kir (PS), député-bourgmestre de Saint-Josse, démissionné fin 2012, garde deux temps-plein (coût: 117 430 euros).
  • Charles Picqué (PS), bourgmestre de Saint-Gilles et actuel président du Parlement bruxellois, a été ministre-président jusqu'en mai 2013. Mais il conserve trois employés pour un coût de 97 463 euros.
  • Jean-Luc Vanraes (Open VLD) n'est plus ministre depuis 2012 déjà mais il conserve pour sa part deux temps-plein (156 000 euros).
  • Brigitte Grouwels (CD&V), ex-ministre des Transports, dispose de quatre mi-plein pour un coût de 113 600 euros.
  • Christos Doulkeridis (Ecolo) est aujourd'hui député à la Région et en Fédération Wallonie-Bruxelles, mais comme ancien secrétaire d'Etat au Logement il garde quatre mi-temps (coût: 104 668 euros).
  • Evelyne Huytebroeck (Ecolo) qui n'a plus été ministre après les élections de mai 2014 emploie aux frais de la Région un temps plein et deux-mi-temps (coût: 127 957 euros). 
  • Bruno De Lille (Groen) a été en charge de la Mobilité de 2009 à 2014. Mais en 2015, la Région met à sa disposition deux temps-plein pour un coût de 61 986 euros.

912 000 euros par an

"Le coût annuel du personnel mis à disposition des ministres et secrétaires d’État sortants s’élève à 912 771,84 euros pour une période comprise entre le 1er septembre 2014 et le 31 août 2015", précise Rudi Vervoort en guise de bilan.

Christos Doulkeridis, qui bénéficie du système, ne s'oppose pas forcément à celui-ci. "Il faut bien tenir compte de la philosophie de ce principe qui est de permettre à un ancien ministre susceptible de devoir rendre des comptes de pouvoir le faire de manière efficace", explique l'actuel député Ecolo.

"Ce personnel nous permet donc d'assurer un suivi des anciens dossiers. Mais il est vrai que celui-ci est également mutualisé et sert à autre chose comme du travail parlementaire. Je pourrai faire ce que je veux de ce personnel. Mais dans mon cas, il a toujours été clair qu'il doit exécuter du travail parlementaire afin de préparer des dossiers liés à la complexité de notre mission dans les assemblées et les commissions. Par contre, ce qui aurait été anormal, c'est qu'un ancien ministre qui n'aurait pas été réélu puisse conserver du personnel. Qu'en aurait-il fait? Ceci étant, il y a certainement une réflexion globale à avoir sur les moyens affectés aux parlementaires."

La N-VA veut réformer le système pour réaliser des économies

Précisons que ces informations ont été communiquées en réponse à une question écrite de la N-VA. Avec une arrière-pensée ? Selon l'auteur de la question, le député Johan Vandendriessche, "le système pose de sérieuses questions. Les anciens ministres qui sont toujours parlementaires bénéficient déjà d'attachés parlementaires. Pourquoi bénéficieraient-ils de collaborateurs supplémentaires payés par la Région? De plus, l'ancien ministre Jean-Luc Vanraes n'est lui plus parlementaire depuis 2014 mais conserve deux temps-plein. Enfin, si le système existe à d'autres niveaux de pouvoir, il ne manque pas d'être réformé. En Flandre, un ministre qui quitte sa charge bénéficie désormais d'un collaborateur et non plus deux pendant deux ans, pas cinq ans. Amplement suffisant pour assurer le suivi des dossiers et le secrétariat. Si on réformait le système bruxellois de la même manière, nous pourrions réaliser grosso modo quatre millions d'économies sur une législature. La N-VA envisage donc désormais de prendre des initiatives parlementaires pour revoir le système à Bruxelles."

Bruno De Lille n'est pas opposé à étudier toute initiative qui lui ferait peut-être perdre ses deux collaborateurs "bonus". "Mais ce principe existait avant déjà moi. J'en bénéficie mais qu'on ne s'y méprenne pas: je n'utilise pas mes deux temps-plein pour nettoyer ma maison ou que sais-je... Ils effectuent du travail parlementaire. Groen a toujours été un parti constructif et sera de toutes les initiatives visant à améliorer la bonne gouvernance."

Les collaborateurs des ex-ministres

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