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Guerre en Ukraine

"Hitler aussi avait du sang juif": les propos de Lavrov fustigés par les Israéliens ont-ils un fondement historique ?

Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères.
02 mai 2022 à 19:38 - mise à jour 03 mai 2022 à 14:59Temps de lecture3 min
Par AFP

Le ministre des Affaires étrangères israélien Yaïr Lapid a fustigé lundi les propos de son homologue russe Sergueï Lavrov, qui avait affirmé qu’Hitler "avait du sang juif" et convoqué l’ambassadeur russe pour obtenir des "clarifications". Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février, l’Etat hébreu a tenté de maintenir un équilibre délicat entre Kiev et Moscou, mais les propos dimanche de M. Lavrov sur une chaîne italienne ont suscité l’indignation.

Israël demande des clarifications

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky "fait valoir cet argument : "comment le nazisme peut-il être présent (en Ukraine) s’il est lui-même juif", a déclaré M. Lavrov, dont les propos ont été retranscrits sur le site de son ministère. Et d’ajouter : "Je peux me tromper, mais Hitler avait aussi du sang juif".

"Les propos du ministre Lavrov sont à la fois scandaleux, impardonnables et une horrible erreur historique", a condamné dans un bref communiqué Yaïr Lapid. Il a précisé que l’ambassadeur russe en Israël avait été convoqué pour des "clarifications".

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Tout commence par une rumeur

Ces propos du ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov font référence à des rumeurs nées avant la seconde guerre mondiale du fait de la mystérieuse identité du grand-père du dictateur nazi.

Son père Aloïs était "un enfant illégitime et son géniteur était inconnu", explique à l’AFP l’historien autrichien Roman Sandgruber, auteur l’an dernier de la première biographie du patriarche, né en 1837 et mort en 1903 quand Hitler avait 14 ans.

C’est dans les années 1920, au moment de l’ascension du fondateur du parti national-socialiste, que "des spéculations selon lesquelles il pourrait avoir des origines juives ont émergé", nourries par ses adversaires politiques et renforcées par son accession au pouvoir en 1933.

Les mémoires d’un criminel nazi relancent la théorie

Puis, après la guerre, un criminel nazi a relancé la théorie. Dans ses mémoires intitulées "Face à la potence" publiées en 1953, plusieurs années après son exécution, Hans Frank, Reichsleiter (gouverneur) du parti nazi, surnommé le "bourreau de Pologne", affirmait avoir secrètement enquêté sur les origines d’Adolf Hitler à sa demande.

"Ce devait être vers la fin de 1930. J’ai été convoqué" par Hitler qui se disait victime de "l’odieux chantage" d’un neveu au sujet du "sang juif coulant dans ses veines", écrivait-il, selon des extraits diffusés à l’époque par le magazine allemand der Spiegel.

Hans Frank a alors mené son enquête et dit avoir découvert que la grand-mère paternelle du Führer, Maria Anna Schicklgruber, avait donné naissance à un garçon, Alois, alors qu’elle travaillait comme cuisinière dans une famille juive du nom de Frankenberger dans la ville autrichienne de Graz.

Son patron lui aurait par la suite versé une pension alimentaire jusqu’à ce que l’enfant atteigne l’âge de 14 ans, avec échange de lettres prouvant soi-disant une filiation, raconte l’ex-gouverneur nazi.

"Aucune preuve historique"

Selon le récit livré par Adolf Hitler, sa grand-mère et son futur mari, Johann Hiedler, auraient en réalité convaincu l’intéressé de sa paternité pour lui soutirer de l’argent. Les historiens ont pour leur part accueilli ces éléments avec scepticisme.

Quand les faits se sont déroulés, "les Juifs n’avaient pas le droit de résider à Graz", commente Roman Sandgruber qui ne voit "aucune preuve tangible" étayant la thèse d’origines juives d’Adolf Hitler. "Qui était vraiment le grand-père d’Hitler ? C’est une question sans réponse", résume Ofer Aderet, journaliste spécialiste en la matière du quotidien israélien Haaretz, dans un article lundi.

Certains ont rapporté que ces affirmations étaient "une tentative des nazis de fournir une explication pour leur défaite dans la Seconde guerre mondiale", souligne-t-il. "D’autres ont assuré que sa persécution des Juifs résultait de la honte qu’il éprouvait à cause de son ascendance partiellement juive. Mais la réalité est qu’il n’existe aucune preuve historique de tout cela", conclut M. Aderet.

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